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lundi 12 décembre 2011

Saint-Pol-Roux entre à la Comédie Française

Voilà un petit lustre que metteurs en scène et comédiens audacieux s'intéressent à Saint-Pol-Roux. On se souvient que Claude Merlin monta Le Fumier en 2007, à La Guillotine de Montreuil d'abord, puis au Hangar de Montpellier ; on se souvient que Christophe Maltot, dans les premiers jours de l'été, cette même année, fit représenter par ses élèves du conservatoire d'Orléans, La Dame à la Faulx. Théâtres à côté, non subventionnés, théâtres expérimentaux, autant d'espaces qui n'auraient pas déplu au poète, qui ne fut, de son vivant, joué que par le vaillant et téméraire Théâtre Idéaliste de Carlos Larronde. Toutefois, son  souhait profond, avoué, était de donner l'Hernani du Symbolisme, et un tel coup n'était possible qu'à la Comédie Française. Malheureusement, cette dernière lui demeura obstinément fermée, sinon pour quelque matinée poétique où furent récités deux ou trois de ses poèmes. Mais, voici que, grâce à Émilie Prévosteau, qui interprétait le rôle de Divine dans la mise en scène de Christophe Maltot, le spectre de Saint-Pol-Roux va, très-prochainement, s'asseoir sur le fauteuil de Molière. La jeune comédienne, élève à la Comédie Française, consacrera en effet sa carte blanche de fin d'année, les mercredi 21 décembre à 10h et vendredi 23 décembre à 11h, au Magnifique. Le programme, qui nous a été aimablement communiqué par Émilie Prévosteau, est prometteur. Qu'on en juge :
  1. Texte d'ouverture : conclusion de la conférence "Le Verbe total et vivant"
  2. "Apocalypse"
  3. Début de "La Solitude et le Symbolisme"
  4. Extrait de l'Enquête sur l'évolution littéraire : "Ô le Drame, expression capitale de la poésie..."
  5. La Dame à la Faulx (Acte II, scène 3) - Magnus et Elle
  6. Improvisation critique : colloque autour de La Dame à la Faulx, comme un fantasme du banquet de 1909
  7. Le refus du Comité de Lecture en 1910, le projet avorté du Théâtre des Arts
  8. "Je vis dans 50 ans" (extrait)
  9. La Dame à la Faulx (Acte V, scène 3) - Magnus et Elle ("Je suis l'Impératrice de l'Univers...")
  10. "Ma rencontre capitale" (extrait)
  11. "Le Désir"
  12. La Dame à la Faulx (Acte V, scène 7) - Magnus et Elle
  13. Petit traité de déshumanisme (extrait)
  14. "Oraison"
Si La Dame à la Faulx sert naturellement de fil rouge à cette carte blanche magnifique, la jeune comédienne a choisi de ne sacrifier aucune des autres facettes de l’œuvre idéoréaliste, sans doute pour faire apparaître davantage encore combien Saint-Pol-Roux fut, hanté de dramaturgie, l'homme du Verbe. Souhaitons un beau succès à Émilie Prévosteau et aux autres élèves-comédiens qui concrétiseront, lors de ces deux matinées à la Comédie Française, un rêve de poète.

vendredi 1 avril 2011

Vient de paraître : SAINT-POL-ROUX, Passeur entre deux mondes (Actes du Colloque de Brest, 27-28 février 2009)

C'est le printemps du cent-cinquantenaire magnifique. On ne pouvait rêver meilleure date pour la parution de ces Actes du Colloque de Brest, organisé il y a deux ans par Mme Marie-Josette Le Han à l'UBO, les 27 & 28 février 2009. J'en revins enchanté : Saint-Pol-Roux faisait enfin - et très joliment - son entrée à l'Université. J'aurai l'occasion d'y revenir plus en détails. Aussi, trop pressé de retrouver, dans la lecture, le charme de ces deux journées, me contenterai-je d'en reproduire le sommaire et la présentation.
"Saint-Pol-Roux occupe, à la charnière du XIXe siècle et du XXe siècle une position particulière : héritier du Romantisme, disciple du Symbolisme, il participe de "l'esprit nouveau" et prépare les recherches de la modernité poétique. Dans sa solitude bretonne il se fait l'écho des recherches esthétiques de son temps, dans le domaine de l'écriture (Surréalisme), de la musique (Beethoven, Wagner, Meyerbeer) et de la peinture (Gauguin et les nabis). C'est sa situation privilégiée de "passeur" et de médiateur que ce colloque a voulu étudier : passage du monde méditerranéen au monde celtique, de l'humble réalité aux images les plus audacieuses, de l'instant à l'éternel, du monde visible au "seuil du mystère"... Il s'agissait surtout de faire entendre la voix singulière qui fit résonner "un chant d'étoile et d'argile ensemble".
SOMMAIRE
  • Marie-Josette LE HAN : "Avant-propos" - p. 9-13
  • Jean ROUDAUT : "Avenir et souvenir" - p. 15-20
Fragments d'une vie
  • Georges REYNAUD : "Les années de formation de Saint-Pol-Roux (1861-1882) ; Expériences vécues et magnifiées" - p. 23-35
  • Marcel BUREL : "Breton et bretonnismes dans les poèmes roscanvélistes de Saint-Pol-Roux" - p. 37-43
  • Dominique BODIN : "Entre Iroise et Émeraude : Saint-Pol-Roux et Théophile Briant" - p. 45-57
  • Jean-Louis DEBAUVE : "La correspondance de Saint-Pol-Roux" - p. 59-75
  • Jean-André LE GALL : "La correspondance de Saint-Pol-Roux-Victor Segalen" - p. 77-85
  • Renée MABIN : "Camaret : Saint-Pol-Roux, frère des peintres (De Gauguin à Jim Sévellec)" - p. 87-94
Affinités littéraires et rencontres esthétiques
  • Jean-Louis MEUNIER : "La Dame à la faulx : lire/jouer les didascalies" - p. 97-107
  • Patrick BESNIER : "L'Univers sonore de Saint-Pol-Roux" - p. 109-120
  • Jean-Luc PESTEL : "Fils du Soleil, Saint-Pol-Roux lecteur de Rimbaud" - p. 121-131
  • Julien SCHUH : "Saint-Pol-Roux symboliste ? Les avatars de l'idéoréalisme" - p. 133-149
  • Dominique MILLET-GÉRARD : "Mystère des êtres, mystère des choses, mystère du verbe : Saint-Pol-Roux, Francis Jammes, Armand Godoy" - p. 151-165
  • Mikaël LUGAN : "Le Magnifique & les Surréalistes : un malentendu poétique ?" - p. 167-186
Ambitions d'une œuvre
  • Jacques GOORMA : "La poésie comme force d'union et d'émancipation. Schéma de l'idéoréalisme" - p. 189-201
  • Odile HAMOT : "Portrait du poète en Ézéchiel" - p. 203-212
  • Nicolas TOCQUER : "Saint-Pol-Roux, Jean Royère : correspondance" - p. 213-226
  • Jean-Michel KERVRAN : "Ébauche d'une réflexion autour des notions d'éthique et d'esthétique chez Saint-Pol-Roux" - p. 227-234
  • Françoise DANIEL : "Saint-Pol-Roux et le primitivisme" - p. 235-241
  • Marie-Josette LE HAN : "Le poète, pèlerin de la charité..." - p. 243-249
  • Bibliographie sélective - p. 251
  • Index - p. 253-258
Pour toute commande : rendez-vous sur le site des Presses Universitaires de Rennes. Les membres de la "Société des Amis de Saint-Pol-Roux" devraient pouvoir bénéficier d'une remise significative. Que ces derniers me contactent pour réserver un exemplaire.

jeudi 5 août 2010

Retour sur l'hommage de Camaret-sur-Mer à Saint-Pol-Roux

La municipalité, entraînée par le dynamisme de David Pliquet, et les associations culturelles de Camaret (les Amis du Quartier de Saint Thomas, Nautisme Arts Culture) avaient bien préparé l’événement. Les trois jours d’hommage à Saint-Pol-Roux, qui adopta le petit port finistérien en 1905 pour ne plus le quitter, furent denses, généreux et festifs. Le prétexte de cette célébration, le 70e anniversaire de la mort du poète, eût pu solenniser excessivement l’atmosphère, mais, si quelques-unes des manifestations ne manquèrent pas d’émouvoir, c’est la vitalité de l’œuvre magnifique qui occupa surtout la scène.

Vendredi 30 juillet


A dix heures, eut lieu l’opportune assemblée générale de la « Société des Amis de Saint-Pol-Roux ». Le Café de la Marine, l’ex-Hôtel de la Marine, de Rosalie Dorso, hospitalière aux artistes et écrivains en villégiature, initialement choisi pour accueillir la réunion, étant fermé, les quatre membres, qui avaient fait le déplacement, optèrent pour le bistrot voisin. On pouvait donc voir, autour d’un café et discutant de l’avenir de l’association, MM. Jean-Louis Debauve, Alistair Whyte, Marcel Burel & Mikaël Lugan. Le temps viendra plus tard, pour les adhérents, du compte rendu de cette restreinte mais conviviale AG. Aussi, éloignons-nous du quai Gustave Toudouze et engageons-nous sur la place Saint Thomas qui accueillit, à 14h30, la première des conférences programmées. Marie-Françoise Bonneau, guide et historienne, retraça la vie de Saint-Pol-Roux devant un public nombreux, relativement, et curieux. L’échange, qui suivit, fut nourri et intéressant. Le Club des Poètes donna ensuite un récital de poèmes de contemporains du Magnifique : Mallarmé, Verlaine, Max Jacob, Apollinaire, etc. C’est le Club des Poètes – dont on sait qu’il prend traditionnellement ses quartiers d’été sur la presqu’île de Crozon – qui devait clore cette première journée, avec un bel & émouvant spectacle poétique, hommage couplé à Jean-Pierre Rosnay, décédé en décembre dernier, et à Saint-Pol-Roux. Le lieu de cette manifestation ne pouvait être plus approprié puisque la scène naturelle et nocturne en était le Manoir ruiné de Cœcilian, formidablement illuminé pour l’occasion.


Samedi 31 juillet

Le lendemain, deux nouvelles conférences : Mikaël Lugan parla d’abord de l’amitié de Saint-Pol-Roux & d’André Antoine, citoyens de Camaret ; le premier, certes, méritait ce titre, qui y demeura trente-cinq ans ; mais le second y villégiaturait seulement et vendit ses villas en 1935. Pourtant, Saint-Pol-Roux avait ainsi baptisé le fondateur du Théâtre-Libre dès 1903 : « Antoine, citoyen de Camaret » ; et, malgré les réticences de l’ogre dramatique, le poète n’eut pas tort, sans doute, puisqu’Antoine y réside désormais, voisin perpétuel de son improbable ami, au petit cimetière marin de Camaret. Marcel Burel entretint ensuite le public, venu plus nombreux, relativement, que la veille, des années roscanvélistes (1898-1905) du Magnifique. Roscanvéliste lui-même, professeur de lettres classiques et historien incontournable de la Presqu’île, il sut admirablement montrer, à partir des textes composés dans cette période, comment Saint-Pol-Roux, charmé par ce village, se dépouilla de son costume parisien pour se faire ou devenir roscanvéliste. Là encore d’intéressants échanges. Le reste de l’après-midi ne fut pas moins dense en manifestations que la précédente : des mises en musique de poèmes du Magnifique, un spectacle composé de textes de Jean-Pierre Rosnay dont la vie dédiée aux poètes et à la poésie méritait qu’on lui rende hommage aussi pendant ces trois jours. La nuit, deux concerts animèrent la lande, emmi les menhirs de Lagatjar.

Dimanche 1er août

C’est au tour d’Alistair Whyte de prendre la parole. Les lecteurs de Saint-Pol-Roux le connaissent : il prépara, avec Jacques Goorma, l’édition, chez René Rougerie, de la plupart des volumes publiés à partir des années 1980. Olivier Rougerie, initialement prévu, n’ayant pu venir, Alistair occupa les deux heures de conférence, animant, dans un premier temps, un café-philo en plein air sur le thème : « A quoi sert la poésie ? ». On quittait là Saint-Pol-Roux – encore qu’à peine – pour y mieux revenir. Alistair connut très bien Divine, et c’est tout naturellement qu’il décida de consacrer sa deuxième intervention à la fille du poète, que ce dernier avait sacrée l’ange de ma solitude. Il parla de la femme qu’elle fut, de son dévouement pour son père, de son humour aussi ; puis il laissa la parole à Jacques Goorma qui, empêché de participer à ces trois jours, avait enregistré une lecture du beau poème, « Ma Divine a vingt ans », écrit par Saint-Pol-Roux en 1918. L’émotion, dans l’assistance, alors que, sur un écran, défilaient, accompagnant la voix magnifique du poète Jacques Goorma, des photos de Divine, était sensible. Ainsi s’achevait le cycle de conférences de la place Saint Thomas. Il revint au spectacle musical, « Saint-Pol-Roux, poète oublié ? », de Céline Caussimon & Cécile Girard de clore les festivités saint-pol-roussines. Il fut donné dans la chapelle Rocamadour, qui accueillit l’exposition inaugurée le 10 juillet ; la chapelle était comble. Mêlant textes du Magnifique, dits par les deux comédiennes-musiciennes et par Loïc Baylacq, qui incarnait le poète, intermèdes musicaux (accordéon, violoncelle et tuba qu’embouchait Jean-Yves Lacombe), reconstitutions d’épisodes biographiques importants (la lecture de la Dame à la Faulx à la Comédie Française, le banquet de 1925), le spectacle, bien documenté et bien construit (de sorte que le travail de documentation n’apparaisse pas sur scène), connut un beau succès.

Oui, Camaret avait décidément bien fait les choses. Ces trois jours furent un beau succès. Pour la ville et pour le poète. Et j’espère que l’an prochain, pour le cent-cinquantenaire de la naissance de Saint-Pol-Roux, inscrit aux célébrations nationales, d’autres villes – Marseille où il naquit, Paris où il vécut et combattit au temps du Symbolisme, Brest où il mourut – sauront rendre leur juste hommage au Magnifique. Il leur suffira, pour cela, avec leurs moyens, autrement plus conséquents, de suivre le dynamique exemple camarétois.

samedi 2 janvier 2010

Vient de paraître : LES HISTOIRES HETEROCLITES suivi du DESTRUCTEUR, de Remy de GOURMONT (Les Âmes d'Atala éditions)

L'an X s'ouvre sous les meilleurs auspices éditoriaux puisque vient de paraître un nouveau volume de Remy de Gourmont : Histoires hétéroclites suivi du Destructeur, qu'il est juste et professionnel de décrire synthétiquement comme une édition collective en partie originale. C'est une bonne nouvelle pour les amateurs de l'ours à écrire, et c'est une bonne nouvelle pour les amis de Saint-Pol-Roux qui savent en quelle estime le Magnifique tenait Remy de Gourmont, ce contemporain capital auquel il semblerait qu'on rende enfin la place décisive qui lui revient. Mais de quoi s'agit-il exactement ?
"Ces textes de Remy de Gourmont, réunis par Christian Buat & Mikaël Lugan, — et postfacés par ce dernier, — ont pour commun d’avoir connu une édition pré-originale, journal ou revue, et de n’avoir jamais été, — à quelques exceptions près, — recueillis par la suite. L’ordre suivi est chronologique, sauf pour sept textes révélés être les chapitres d’un roman inédit, — et incomplet : le Destructeur."
Autant dire que c'est tout le talent du conteur, jamais très-éloigné du penseur, qui nous est offert ici, dans sa formidable variété.


Le mot s'impose en effet ; il apparaît dès l'avis au lecteur, dû à Christian Buat, maître-gourmontien et maître-entoileur du site dédié à l'auteur ; et le postfacier ne manque pas de le reprendre comme un sésame de l'oeuvre :
"Variété, tel est, en effet, le mot qui ne manquera de s’imposer au lecteur de ce recueil ; car ces histoires hétéroclites, qui empruntent à tous les genres fictionnels — nouvelles, contes, traductions, dialogues, faits divers, etc. — ou en inventent, sont à l’image de la curiosité et du génie de leur auteur, infatigable promeneur dans le jardin anarchique et luxuriant des lettres. Si Remy de Gourmont, — poète, dramaturge, romancier, théoricien du symbolisme, — compte parmi les grands érudits de son temps, son érudition, jamais, ne put s’attacher à un domaine culturel, artistique ou scientifique particulier. Aussi, nul ne fut moins spécialiste que cet amateur ; et nul ne fut moins dilettante. Sa curiosité guette les transformations des hommes et de l’époque ; elle place le penseur, l’écrivain au cœur même de son siècle. On sait que, souffrant d’une difformité faciale, Remy de Gourmont ne quittait qu’occasionnellement son appartement de la rue des Saints-Pères ; pourtant, cet ermitage n’avait pas l’allure hautaine des tours d’ivoire sur les parois desquelles les soubresauts du monde viennent généralement mourir. Curieux de toutes les histoires et de toutes les actualités, Remy de Gourmont ne fut pas l’homme d’une école ; et si sa fidélité au symbolisme, qui lui procura en 1886 le « frisson esthétique » qui devait orienter durablement son œuvre, ne se démentit jamais, il sut évoluer, à l’instar de ses amis poètes, Henri de Régnier, Francis Vielé-Griffin, Saint-Pol-Roux et quelques autres, se libérant des tics, tics et tics qui menaçaient de scléroser le mouvement et de l’ériger en fabrique de littérature fin-de-siècle."
Est-il besoin de préciser que je conseille vivement la lecture de Remy de Gourmont et, parmi beaucoup d'autres, de ce volume-ci qui condense trente années d'écriture, et dont la moindre des qualités est de nous donner à lire l'évolution d'un style, des premières nouvelles d'inspiration naturaliste aux contes destinés aux lecteurs des feuilles quotidiennes, en passant par les proses symbolistes à haute densité poétique et par le maldororien Destructeur ?
On s'informe ou on passe commande auprès de l'éditeur : les Âmes d'Atala, qui nous avait déjà fait bien terminer l'an IX en nous adressant la troisième opération d'AMER, revue finissante.
HISTOIRES HETEROCLITES suivi du DESTRUCTEUR, textes recueillis par Christian Buat & Mikaël Lugan, Les Âmes d'Atala éditions, 2009 (168 p., tiré à 200 exemplaires, 5 €).

mardi 22 décembre 2009

Un petit reportage de France 3 sur Saint-Pol-Roux

Une fois n'est pas coutume : taisons-nous et laissons parler les images. Il s'agit d'un petit sujet d'août 2008, réalisé pour le journal de France 3 Bretagne, qui fut apparemment recyclé à l'occasion de la belle exposition Saint-Pol-Roux de l'hiver dernier dont on voit quelques vues dans les premières secondes.


Saint-Pol-Roux
posté sur dailymotion par brest44.

Il y a bien dans ce petit sujet quelques raccourcis et erreurs, mais j'ai promis de me taire. Alors, j'abandonne aux lecteurs mués en spectateurs le soin de les découvrir et de les rectifier.

samedi 3 octobre 2009

vendredi 10 juillet 2009

Villiers de l'Isle-Adam, comte révolutionnaire : le "Tableau de Paris sous la Commune" réédité (Sao Maï, éditeur)

Je ne crois pas me tromper en affirmant que les éditions Sao Maï sont toutes jeunes, nées il y a un ou deux ans à peine, et que leur catalogue ne propose encore que trois (ou quatre) titres. Et je ne me tromperai pas davantage si j'avance que ces toutes jeunes éditions Sao Maï ont bien de l'audace et du panache. La parution, il y a quelques mois, du Tableau de Paris sous la Commune, en fait preuve.

Je dois avouer que, bien que possédant les OEuvres Complètes de Villiers de l'Isle-Adam - les deux volumes Pléiade - et bien que les parcourant souventefois, cette histoire des cinq articles parus dans le Tribun du Peuple et signés du pseudonyme Marius m'avait complètement échappé. Faut dire aussi, à ma décharge, que l'attribution de cet ensemble à l'auteur des Contes cruels était assez péremptoirement contestée par les spécialistes qui composèrent l'édition sur papier bible. Du coup, ce Tableau de Paris sous la Commune n'avait pas connu de réimpression depuis une vingtaine d'années et avait fini par entrer dans l'oubli, jusqu'à ce que les vaillants de Sao Maï l'en tirent avec fracas.

C'est Victor-Emile Michelet qui, le premier, avait attribué la paternité du Tableau, peinture enthousiaste de la révolte populaire de 1871, à son maître Villiers de l'Isle-Adam. On en douta assez vite, opposant à cette attribution le monarchisme notoire du Comte et on refila aussi sec le bébé révolutionnaire à Catulle Mendès. L'argument était un peu court. Ceux, développés par Sao Maï dans la préface de 45 pages, sont autrement plus développés et, partant, plus convaincants. Nul doute que les rédacteurs connaissent leur Villiers parfaitement, et intimement. Il serait vain de tenter une paraphrase de cette fougueuse démonstration, qui n'évite pas la polémique et appellera probablement une réponse de villiéristes patentés ; mais alors ceux-ci n'auront pas assez d'un article et il leur faudra au moins publier un livre, car en plus de devoir réfuter un à un les arguments exposés dans la préface, il leur faudra aussi - avec quelle difficulté et contorsion d'esprit - balayer tous les éléments intertextuels, qui relient le Tableau aux autres oeuvres du Comte, détaillés dans les nombreuses notes.

Ma certitude, toutefois, c'est que cette dispute, si elle a lieu, un jour, n'ôtera rien à la beauté et à la haute tenue de ce texte, dont je veux citer l'ouverture, qui est incontestablement d'un poète :
"Paris a survécu. Le soleil brille sur la Révolte. L'indomptable Liberté s'est relevée, chancelante, mais appuyée sur tous ses drapeaux rouges et défiant les spectres meurtriers de Berlin et Versailles. Au fond de l'horizon, l'Arc de Triomphe se voûte sur la guerre civile. Les éclats de fer sillonnent les rues sans troubler les jeux des enfants nouveaux, les bombes, couleur de pourpre, ont remplacé les ballons rouges, et, quand les billes font défaut, ce sont de beaux éclats de rire en courant ramasser les balles mortes."
D'un poète et d'un homme, qui connut l'humiliation de la pauvreté et qui, par là, fut, contre sa classe, du côté du peuple et du rêve.
VILLIERS DE L'ISLE-ADAM, TABLEAU DE PARIS SOUS LA COMMUNE suivi du DESIR D'ÊTRE UN HOMME, Sao Maï éditeur, 2009 (108 pages, 6 €).
Nota : Vient de paraître, chez le même éditeur, LE BOURGEOIS MIS EN PIECES, recueil de contes choisis de Villiers de l'Isle-Adam (70 pages, 7 €). En des temps où l'embourgeoisement est, non pas seulement social, mais essentiellement intellectuel et moral, que salubre est la lecture du Comte Jean-Marie-Mathias-Philippe-Auguste Villiers de l'Isle-Adam !

mercredi 22 avril 2009

Une recension du "Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux" dans les Cahiers Octave Mirbeau (n°16)

Après les Cahiers d'Occitanie, sous la plume de Jean-Pierre Crystal, après Histoires littéraires, en sa trente-sixième livraison, c'est au tour des Cahiers Octave Mirbeau de saluer l'existence du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux. Le n°16 vient juste de paraître sous la direction de l'excellent Pierre Michel. En voici le sommaire :

PREMIÈRE PARTIE : ÉTUDES
  • Pierre MICHEL : "Octave Mirbeau et les personnages reparaissants"
  • Yannick LEMARIÉ : "L’Abbé Jules : de la révolte des fils aux zigzags de la filiation"
  • Fabienne MASSIANI-LEBAHAR : "Les états mystiques dans l’œuvre d’Octave Mirbeau"
  • Robert ZIEGLER : "Le chien, le perroquet et l’homme, dans Le Journal d’une femme de chambre"
  • Claude HERZFELD : "Mirbeau et Fromentin chez les “peintres du Nord”"
  • Christian LIMOUSIN : "En visitant les expos avec Mirbeau"
  • Arnaud VAREILLE : "Le “mentir-vrai” de la chronique mirbellienne"
  • Samuel LAIR : "Quelques observations sur les rapports entre Octave Mirbeau et Gustave Geffroy, à travers leur correspondance"
  • Sonia ANTON : "Style, poétique et genèse : propositions de lecture de la Correspondance générale d’Octave Mirbeau"
  • Antigone SAMIOU : "La Réception de Mirbeau en Grèce"
  • Jean-Claude DELAUNEY : "Mirbeau bibliophile, ou des clés pour la bibliothèque d’Octave"
  • Jean-Claude DELAUNEY : "Tableau synoptique des livres constituant la bibliothèque d'Octave Mirbeau"
DEUXIÈME PARTIE : DOCUMENTS
  • Tristan JORDAN : "La Comédie-Française a-t-elle accueilli Alice Regnault ?"
  • Steve MURPHY : "Octave Mirbeau et un vers inédit de Rimbaud"
  • Pierre MICHEL : "Deux contes inconnus de Mirbeau traduits du tchèque" - Octave Mirbeau : "Le Petit nid d'amour" - Octave Mirbeau : "Pour l’éternité..."
  • Pierre MICHEL : "Un texte inconnu de Mirbeau en espagnol" - Octave Mirbeau : "Deux hommes honorables"
  • Pierre MICHEL : "Les romans de Mirbeau vus par l’Opus Dei"
  • Pierre MICHEL et Christian LIMOUSIN : "Octave Mirbeau et Paul Signac – Une lettre inédite de Signac à Mirbeau"
  • Pierre MICHEL : "Mirbeau et le paiement de l’amende de Zola pour J’accuse" - Octave Mirbeau : lettre inédite à Ernest Vaughan
  • Pierre MICHEL : "Octave Mirbeau et le néo-malthusianisme" - Octave Mirbeau : "Consultation" - Octave Mirbeau : "Brouardel et Boisleux" - Octave Mirbeau : "Dépopulation"
  • Pierre MICHEL : "Mirbeau vu par Aleister Crowley" - Aleister Crowley : "Octave Mirbeau"
  • Mathieu SCHNEIDER : "Contre la Russie, pour l’Allemagne – Un article inédit d'Octave Mirbeau paru dans la presse autrichienne" - Octave Mirbeau : "De l’alliance franco-russe"

TROISIÈME PARTIE : BIBLIOGRAPHIE

1. Œuvres d’Octave Mirbeau :
  • Correspondance générale, tome III (1895-1902), par Samuel Lair.
  • Correspondance Octave Mirbeau – Jules Huret, par Samuel Lair.
2. Études sur Octave Mirbeau :
  • Samuel Lair, Octave Mirbeau l’iconoclaste, par Claude Herzfeld
  • Claude Herzfeld, Octave Mirbeau – Aspects de la vie et de l’œuvre, par Pierre Michel
  • Claude Herzfeld, Octave Mirbeau – “Le Calvaire” – Étude du roman, par Pierre Michel
  • Éléonore Reverzy et Guy Ducrey (éd.), Voyage à travers l’Europe, autour de “La 628-E8” d’Octave Mirbeau, par Pierre Michel
3. Notes de lecture :
  • Wieslaw Malinowski (éd.), La Pologne et les Polonais dans la littérature française (XIVe – XIXe siècles), par Pierre Michel
  • Saulo Neiva (dir.), Déclin et confins de l’épopée au XIXe siècle : sur le "vieillir" d’une forme poétique, par Arnaud Vareille
  • Claude Herzfeld, Flaubert – Les problèmes de la jeunesse selon “L’Éducation sentimentale”, les écrits de jeunesse et les romans de formation, et Flaubert – “L’Éducation sentimentale” – Minutie et intensité, par Bernard Garreau
  • Auguste Villiers de l’Isle-Adam, Tableau de Paris sous la Commune, par Laurent Zaïche
  • Éléonore Reverzy commente “Nana”, d’Émile Zola, par Pierre Michel
  • Cahiers naturalistes, par Yannick Lemarié
  • Huysmans et les romans de la conversion, par Samuel Lair
  • Guy de Maupassant, Chroniques, par Pierre Michel
  • Guy Ducrey (éd.), Victorien Sardou, par Philippe Baron
  • Hélène Laplace-Claverie et alii (éd.), Le Théâtre français du XIXe siècle, par Philippe Baron
  • Andrea Mariani (éd.), Riscritture dell’Eden – Il giardino nell’immaginazione letteraria : da Oriente a Occidente, par Pierre Michel
  • Carmela Covato(éd.), Metamorfosi dell’identità. Per una storia delle pedagogie narrate, par Fernando Cipriani
  • Bertrand Marquer, Les Romans de la Salpêtrière – Réception d’une scénographie clinique : Jean-Martin Charcot dans l’imaginaire fin-de-siècle, par Céline Grenaud
  • Alain (Georges) Leduc, Résolument moderne – Gauguin céramiste, par Pierre Michel
  • Véronique Nora-Milin et alii, Eugène Carrière (1849-1906) – Catalogue raisonné de l'œuvre peint, par Sylvie Le Gratiet
  • Edmond et Jules de Goncourt, L'Art du XVIIIe siècle, par Christian Limousin
  • Jean Lorrain, Chroniques d'art, par Christian Limousin
  • Dominique Bona, Camille et Paul, La Passion Claudel, par Michel Brethenoux
  • Caroline Granier, Les Briseurs de formules – Les écrivains anarchistes à la fin du XIXe siècle, par Caroline Granier
  • Michel Ragon, Dictionnaire de l’Anarchie, par Clémence Arnoult
  • Philippe Oriol, Histoire de l’affaire Dreyfus, tome I, par Pierre Michel
  • Marguerite Audoux, Douce Lumière, par Bernard Garreau
  • David Van Reybrouck, Le Fléau, par Maxime Benoît-Jeannin
  • Jelena Novakovic et alii (éd.), Le Surréalisme en son temps et aujourd’hui, par Milica Vinaver-Kovic
  • Alain (Georges) Leduc, Roger Vailland (1907-1965). Un homme encombrant, par Élisabeth Legros
  • Carmen Boustani et alii (éd.), La Mutation du masculin et du patriarcat aujourd’hui, par Carmen Boustani
  • Claude Herzfeld, Jean Rouaud et “Le Trésor des humbles”, par Samuel Lair
  • Marc Bressant, La Dernière conférence, par Alain Gendrault
4. Bibliographie mirbellienne, par Pierre Michel

Nouvelles diverses
Mirbeau au théâtre – Mirbeau sur Internet – Le Jardin des supplices, opéra virtuel – Lettres inédites de Mirbeau à Hervieu – Staline et Mirbeau – René Ghil, Mirbeau et Saint-Pol-Roux – Mirbeau, les médecins et Arsène Lupin – Business is business au cinéma en 1915 – Rues Octave Mirbeau – Ramuz, Rey-Millet... et Mirbeau – Les Éditions du Boucher – Marcel Schwob – Jules Renard – Saint-Pol-Roux – Carrière et Besnard – Le Grognard, Amer et L’Œil bleu – Sophia
La Société Mirbeau, qui édite si riche Cahier, est, à l'image de son président, hyperactive. On ne peut qu'admirer une telle force de travail mise au service d'un des plus importants auteurs de l'entre-deux siècles ; et, en plus d'admirer, on peut aussi soutenir, c'est-à-dire être soi-même un peu de cette formidable énergie mirbélienne. Comment ? Eh bien, en adhérant ou en commandant l'une des fraîches parutions :
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- Octave Mirbeau, Correspondance générale, tome I (1862-1888), L’Âge d’Homme, 2002, 929 pages, 35 € pour nos adhérents.
- Octave Mirbeau, Correspondance générale, tome II (1889-1894), L’Âge d’Homme, 2005, 969 pages, 35 € pour nos adhérents.
- Octave Mirbeau, Correspondance générale, tome III (1895-1902), L’Âge d’Homme, 2009, environ 1 000 pages, 45 € pour nos adhérents.
- Octave Mirbeau, Combats littéraires, L’Âge d’Homme, 2006, 704 pages, 35 € pour nos adhérents.
- Octave Mirbeau, Amours cocasses et Noces parisiennes, Nizet, 1995, 12 €.
- Pierre Michel, Octave Mirbeau, Les Acharnistes, 2008, 3,50 €.
- Pierre Michel, Lucidité, désespoir et écriture, Société Mirbeau, 2000, 8,50 €.
- Kinda Mubaideen (éd.), Un aller simple pour l'Octavie, Société Mirbeau, 2007, 64 pages, 10 €.
- Correspondance Octave Mirbeau - Jules Huret, Éditions du Lérot, 30 € ( 22 € pour nos adhérents).
Ci-joint un chèque de ... euros, à l’ordre de la Société Octave Mirbeau
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On peut aussi visiter les nombreux sites dédiés à Mirbeau : celui de l'association, le blog de Pierre Michel & Octave Mirbeau, le site de Pierre Michel, ou cet autre encore. On y trouve d'infinies ressources.

Je n'ai pas encore lu la dernière livraison en son intégralité, mais j'ai déjà goûté sans retenue l'étude de Jean-Claude Delauney, sur "Mirbeau bibliophile, ou des clés pour la bibliothèque d'Octave" (suivie du "tableau synoptique des livres constituant la bibliothèque d'Octave Mirbeau"), les commentaires de Steve Murphy sur le vers inédit de Rimbaud retrouvé récemment par Pierre Michel dans un article de Mirbeau, les gloses de Pierre Michel et Christian Limousin sur la lettre inédite de Paul Signac, les observations de Samuel Lair sur la correspondance Geffroy-Mirbeau, et, bien sûr, la recension, emmi les "Nouvelles diverses", de notre petit Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux (p. 367) :
Il y eut, après la mort du poète, créée par Auguste Bergot, une association des "Amis de Saint-Pol-Roux" qui disparut presque aussitôt. Aujourd’hui, les "Amis de Saint-Pol-Roux" ressuscitent ; mais l’appellation ne désigne encore qu’un groupe de chercheurs, d’amateurs et de curieux de l’œuvre magnifique officiant sur internet. Mikaël Lugan, qui est à l’origine de cette virtuelle réunion et qui rédige aussi le blog des Féeries intérieures, dédié au poète, aura éprouvé le besoin d’ajouter à ces deux entreprises une troisième qui fût plus palpable, de forme plus traditionnelle, puisqu’il vient de faire paraître, en l’espace de trois mois, les deux premiers numéros du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, charmants petits fascicules aux couvertures lilas et vert d’eau, et au tirage très-limité de 75 exemplaires "numérotés & paraphés de la main magnifique du compilateur". Car il s’agit de compilations ; ainsi la première livraison réunit-elle en vingt pages la plupart des articles qui accueillirent le premier recueil du poète : Les Reposoirs de la Procession (1893) ; quand la deuxième, plus dense et éditorialement plus aboutie, collecte ceux qui saluèrent la parution de La Dame à la Faulx (1899). Ils sont intéressants, ces dossiers de réception. Parce qu’ils situent Saint-Pol-Roux, dont on a trop souvent dit qu’il avait été oublié de ses contemporains, dans le Symbolisme et le champ littéraire fin de siècle ; et à lire les articles, pour beaucoup enthousiastes, de Catulle Mendès, Gourmont, Gide, Gregh, Emmanuel Signoret, Lucien Muhlfeld, Eekhoud, Edmond Pilon, de Max, Copeau, Gustave Kahn, etc., force est de constater que l’œuvre de Saint-Pol-Roux ne laissa pas son temps complètement indifférent. Ils sont intéressants aussi pour l’aperçu qu’ils nous donnent du discours critique symboliste et de ses limites, la poésie idéoréaliste, bien qu’issue du mouvement de 1886, annonçant déjà les bouleversements poétiques de la modernité.

Chaque livraison est introduite par une utile présentation de Mikaël Lugan. L’abonnement est de 15 € pour les trois premiers numéros.
Jacques Lieutaud.
Merci donc aux Cahiers Mirbeau, et rappelons que, depuis, un troisième numéro est apparu, que le tirage a été augmenté, pour les trois premières livraisons à 101 exemplaires, qu'il ne sera procédé, après épuisement, à aucune réimpression, et qu'il reste une quinzaine d'exemplaires de chaque numéro. Pour tout renseignement, un mèl à harcoland@gmail.com.

lundi 23 mars 2009

L'exposition Saint-Pol-Roux ferme ses portes : souvenirs d'une belle exposition (II)

La trop brève visite de l'exposition Saint-Pol-Roux s'achève aujourd'hui avec une déambulation dans les salles du Musée des Beaux-Arts de Brest. J'aurai de nombreuses occasions, dans les mois et les ans prochains, de revenir sur les relations entre le Magnifique et les peintres. J'ai déjà présenté, il y a quelques semaines, ses "notes de poète" qu'il donna en préface au catalogue du Salon des Peintres de Bretagne, en 1937. C'était pour lui un art second que la peinture - comme la musique. Pourtant, il fut, en bon et jeune poète symboliste, un piéton de galeries et d'expositions, fréquentant, entre autres, chez Le Barc de Boutteville, et, probablement, dans les salons de la Rose-Croix. On se souvient notamment de son admiration pour le Christ aux outrages de Henry de Groux, le "Ravachol de la peinture" ; il aima aussi Jeanne Jacquemin, Maurice Denis, Paul Signac, Gauguin, Georges Rochegrosse. Il est dommage qu'on n'ait pas conservé d'ébauches ou de photographies de la fresque que ce dernier peignit sur un mur du manoir, et qui représentait le poète en dieu de la mer. Il est dommage encore que le musée d'Orsay n'ait pu prêter à Brest les bois gravés de la Maison du Jouir de Gauguin, que Segalen avait rapportés de Tahiti pour orner les murs de la demeure irrévocable, à Camaret. L'exposition montra néanmoins le portrait de Wagner, peint par de Groux et dédicacé, par le peintre, au Magnifique.


Et il y avait d'autres belles pièces en cette exposition dont le triple objectif, atteint, était de préciser les goûts esthétiques de Saint-Pol-Roux, de donner un aperçu assez complet des représentations artistiques du poète, par les peintres et les sculpteurs, de montrer combien sa vie, parisienne ou bretonne, s'inscrit dans des centres d'art particulièrement vivants et dynamiques, du Paris symboliste puis néo-impressionniste et nabi à Camaret, ville d'artistes.


Denis, Sérusier, Filiger furent des innovateurs, des inventeurs de peinture. Comme Saint-Pol-Roux, ils s'exilèrent rapidement de Paris pour découvrir la vérité du monde en Bretagne.

Les autres peintres exposés - je parle de ceux, moins connus, qui villégiaturaient à Camaret : Cottet, Sauvaige, Désiré-Lucas, Rivière, Sévellec, etc. - témoignent eux de la vie camarétoise, de sa beauté et de sa dureté, non sans génie, tel Henri Rivière, non sans force, tel Charles Cottet représentant l'incendie de l'église de la ville.


Mais le plus émouvant de cette exposition, sans doute, c'est encore, l'apparition, au milieu de chefs-d'oeuvre reconnus, de ces petites toiles naïves figurant le manoir et la chaumière - qui furent, qui sait ?, peut-être peints par l'un des enfants du poète -, de ces "chinoiseries", - bibelots rapportés, qui sait encore ?, par Segalen, peut-être -, du catalogue de vente, à Drouot à la fin décembre 1920, d'une partie des meubles de Saint-Pol-Roux, de plans du manoir réalisés par ce dernier en personne, etc. Le plus émouvant, oui, c'est sans doute ce mélange du beau et du joli, du sublime et du naïf, c'est cet hétéroclite baroque, qui est, simplement, le monde du poète.


Ce monde que Mary Piriou a su rendre si sensible dans le portrait ci-dessous qui termine notre visite, portrait où tous les éléments de l'univers saint-pol-roussins sont convoqués : le paon, le tournesol, le coq, la colombe, le corbeau, la rose, la chaumière et le manoir. "Son oeuvre finie, avait écrit le poète à propos de l'artiste, je pars, baisant pieusement la main qui m'a créé. Resté dans l'atelier, cependant me voilà dans le sombre escalier. Dédoublé, je ne sais vraiment si je descends ou bien si je m'attarde sur le chevalet. Des deux, quel est celui de moi qui vit le mieux et davantage ? De palier en palier, l'impression m'étreint de m'éloigner du meilleur de moi-même".


Les photographies des tableaux,
"Une veuve de Camaret" (Richon-Brunet)
et "portrait de Saint-Pol-Roux" (Mary Piriou),
sont de M. Jacques Bocoyran.
Nota : Le Grand Jeu concours court toujours. Le visiteur sèche, comme un fruit tombé. Ses neurones s'agitent, vifs, puis, vaincus et caprifiés, pendouillent. Et le bonhomme, - qui n'est ni Fargue, ni Larbaud, ni Vielé-Griffin, ni Béraud, Bruant, Bourges, ou Charles-Louis Philippe, qui n'est pas même Beucler, Carco ou Ferdinand Herold -, en son portrait, se moque, fait la ... nique. Se sentirait-il devenu à ce point inaccessible, tel le petit singe perché sur un trop exotique banian ? Vos réponses en commentaires ou ici : harcoland@gmail.com.

lundi 16 mars 2009

L'exposition Saint-Pol-Roux ferme ses portes : souvenirs d'une belle exposition (Ibis)

En relisant le billet d'hier, je me rends compte que le lecteur, avec raison, ne peut être satisfait du peu d'images nettes illustrant cette trop rapide visite. Aussi, avec l'accord des organisateurs, voici un diaporama de quelques-uns des documents, essentiellement dessins et photographies issus du fonds Tarquis conservé aux Archives municipales de Brest, qui furent exposés dans la Bibliothèque d'Etude.

(à suivre : Au Musée des Beaux-Arts)

dimanche 15 mars 2009

L'exposition Saint-Pol-Roux ferme ses portes : souvenirs d'une belle exposition (I)

J'aurais aimé avoir eu le temps de rédiger ce billet alors qu'il était encore possible de visiter l'exposition que la Bibliothèque d'Etude et le Musée des Beaux-Arts de Brest, conjointement, consacrèrent à Saint-Pol-Roux. Malheureusement, voici qu'elle ferme ses portes le jour même où je rédige ces lignes, dès lors non pas publicitaires mais commémoratives. Le lieu était bien choisi pardi, puisque le 22 rue Traverse, où s'élève aujourd'hui le bâtiment de la Bibliothèque, fut la dernière et infortunée demeure du poète : l'hôpital où il mourut le 18 octobre 1940. Je dois dire qu'en découvrant l'affiche, j'avais eu d'abord un peu peur que l'exposition virât à l'énième célébration régionaliste du Magnifique, ne présentant que des documents bretons prouvant l'enracinement finistérien de Saint-Pol-Roux. Les organisateurs m'avaient invité au vernissage du 16 décembre, mais je n'avais pu m'y rendre, hélas. Plus de deux cent personnes y assistèrent témoignant d'une curiosité et d'un intérêt croissants pour l'oeuvre du poète - la présence d'un public relativement nombreux au colloque des 27 & 28 février derniers en est un autre témoignage. Bref, je ne doute pas que l'exposition fût finalement un succès ; et j'en doute d'autant moins que, l'ayant depuis visitée, mes craintes initiales se sont envolées. L'exposition rend, contrairement à ce que pouvait laisser sous-entendre le titre, plutôt bien compte de l'itinéraire littéraire et personnel de Saint-Pol-Roux. J'aurais bien voulu donner, pour les lecteurs du blog qui, pour la plupart, n'ont pu se rendre à Brest, un aperçu détaillé de chacun des documents exposés, mais ma propre visite fut trop brève pour relever un tel défi. Je me contenterai donc d'un rapide survol, d'une sommaire présentation, agrémentée de quelques photos aimablement communiquées par Nicolas Galaud, le directeur de la Bibliothèque d'Etude. Puis il y aura un catalogue, très prochainement, et nous pourrons alors mieux nous consoler...
A la Bibliothèque
Au rez-de-chaussée, une série de panneaux mêlant textes et iconographie accueillent le visiteur ; ce sont les mêmes qu'à Châteaulin où se tint une précédente exposition, "Le Verbe et la Lumière", en 1992. C'est à l'étage que l'exposition proprement dite commence. La première vue est celle d'un pan de mur présentant plusieurs visages dessinés du poète et pour beaucoup parus dans la presse, portraits et caricatures de Pierre Vaillant, André Rouveyre, Jim Sévellec, Saïk, etc. ; puis au-dessous, envitrinés, d'autres dessins de Xavier de Langlais, de Vallotton, etc. en leur support, livres et albums.


Sur le mur d'en face, une première étape, de la Provence au Finistère, avec essentiellement des photographies familiales et des documents rares et émouvants : le baccalauréat du jeune Paul Roux, signé par Jules Ferry en 1881, une carte d'identité établie au nom de Saint-Pol-Roux, une lettre à Gustave Geffroy...

Le magnifique portrait de Mallarmé par Rochegrosse signale que nous quittons désormais l'état-civil pour la poésie. Nouvelle station : Du parnasse au symbolisme. La vitrine est encadrée par "Le pèlerinage de Sainte Anne" et "Le miracle de 1886" ; à l'intérieur : un cahier, sur les premières pages duquel le tout jeune Paul Roux a recopié une douzaine de poèmes de Mallarmé, une lettre à Jules Huret le priant de publier l'intégralité de sa réponse à l'enquête sur l'évolution littéraire dans l'Echo de Paris, un numéro du Mercure de France, des éditions originales, une lettre à Mirbeau, un exemplaire du Cabinet noir de Max Jacob et de La Conquête des étoiles de Marinetti, dédicacés par leurs auteurs à Saint-Pol-Roux, etc.

Puis voici la Dame à la Faulx, avec un tapuscrit anoté de la main de Saint-Pol-Roux, puis les Ardennes, l'amitié avec Victor Segalen, l'aventure surréaliste (la première lettre de Breton au Magnifique, la page d'hommage des Nouvelles littéraires, des coupures de presse sur le banquet du 2 juillet), les échanges avec Max Jacob, la Répoétique et les Litanies de la Mer, la synthèse verbale des pêcheurs de Camaret, dont était exposé un merveilleux manuscrit illustré. Et ma mémoire me fait défaut pour tout citer... puis il aurait fallu s'attarder plus devant chaque pièce ; puis il aurait fallu revenir et prendre des notes ; puis... vivement le catalogue.

(à suivre : Au Musée des Beaux-Arts)

Nota : Le Grand Jeu concours court toujours. Le visiteur sèche, comme un fruit tombé. Ses neurones s'agitent, vifs, puis, vaincus et caprifiés, pendouillent. Et le bonhomme, - qui n'est ni Fargue, ni Larbaud, ni Vielé-Griffin, ni Béraud, Bruant, Bourges, ou Charles-Louis Philippe, qui n'est pas même Beucler, Carco ou Ferdinand Herold -, en son portrait, se moque, fait la ... nique. Se sentirait-il devenu à ce point inaccessible, tel le petit singe perché sur un trop exotique banian ? Vos réponses en commentaires ou ici : harcoland@gmail.com.

mercredi 4 mars 2009

Arsène HOUSSAYE : Du danger de vivre en artiste quand on n'est que millionnaire (nouvelles recueillies & postfacées par Eric Vauthier)

Arsène HOUSSAYE, Du danger de vivre en artiste quand on n’est que millionnaire, postface d’Éric Vauthier et Illustrations d’Anne Careil, Éditions de L’Arbre Vengeur, 2008.

Le lecteur contemporain ne se souvient plus guère d’Arsène Houssaye (1815-1896), sinon comme l’heureux dédicataire des Petits Poëmes en prose de Baudelaire. C’est beaucoup et c’est néanmoins bien peu pour celui qui fut, à sa manière, un homme-siècle, débutant sa carrière de littérateur en pleine effervescence romantique, accueillant les générations réaliste puis symboliste dans ses revues, touchant à tous les genres, sans génie certes, mais non sans talent. Arsène Houssaye est une de ces nombreuses figures oubliées de l’histoire littéraire, vite classées parmi les minores, et qui joua pourtant un rôle de premier plan dans le petit monde des Lettres de son époque. Parce qu’il fut un animateur influent de la vie littéraire, mais aussi parce qu’il sut enregistrer en son œuvre certaines des tendances qui seront exploitées par ses jeunes confrères.

Les huit nouvelles – on dirait plus volontiers contes – réunies ici par Éric Vauthier en sont un témoignage assez convaincant. Au cours du XIXe siècle, le développement du récit bref, plus facile à insérer dans les journaux alors en plein essor, s’est accompagné presque immédiatement d’une revalorisation poétique du genre – surtout sous l’influence de Poe et de son traducteur Baudelaire. Chez Houssaye, excellent connaisseur du lectorat de la presse quotidienne, l’efficacité prime ; le récit est tout entier au service de l’effet à produire : l’effroi et/ou le rire. L’auteur ne s’embarrasse pas de psychologie ; « son style, écrit le postfacier, volontiers elliptique coïncide parfaitement aux exigences de concentration et d’efficacité du récit court ».

Ses personnages sont d’ailleurs plutôt des automates de chair, condamnés – car l’enfer (parisien) n’est jamais bien loin – à reproduire les mêmes gestes ou situations, comme Eugénie Rivoire l’une des « Deux Parisiennes aux bords du Missouri » jetant son enfant nouveau-né dans la Seine, puis en défenestrant un autre ; comme Wilfrid Milson revivant chaque nuit, dans « Nina et Mimi », la longue agonie de sa femme qu’il a empoisonnée ; comme Mlle de Montaignac, « Mademoiselle Salomé », rencontrant partout la tête d’Arthur Dupont, l’amant éconduit et suicidé. Il y a chez Houssaye une certaine complaisance dans le morbide, dans le cruel, où le sentimentalisme n’a pas sa part – qu’on se reporte à « Monsieur Paul et Mademoiselle Virginie », ironique et noire récriture du roman de Bernardin de Saint-Pierre. Houssaye est un montreur ; sa narration est exhibitionniste, spectaculaire. Il n’est pas anodin que le monde du théâtre ou du cabaret, plus rarement de l’art, serve de cadre à ces nouvelles ou que les personnages – en général les femmes – en soient issus. Le narrateur, en talentueux bonimenteur, montre et se montre, usant des présentatifs (« voici ce que raconta Eugénie Rivoire… »), servant de guide (« Il est huit heures moins un quart, nous sommes rue du Colisée… » ; « Voyez-vous là-bas, sur la terrasse de Saint-Germain… ? »), quand il n’est pas lui-même guidé (« Le marquis de Satanas m’avait entraîné chez Laborde… ») ou simplement narrateur-personnage (« Du danger de vivre en artiste… »). Aussi, ce petit recueil est-il une galerie de jolis monstres, Parisiennes fatales et insensibles, que l’auteur-exhibitionniste prend un évident plaisir à animer sous les yeux d’un lecteur, placé, avec un plaisir égal, dans la position du voyeur, dispositif qu’emploieront à leur tour les nouvellistes de la fin de siècle.
Nota : Il est vivement conseillé de feuilleter le catalogue des Editions de l'Arbre Vengeur, téléchargeable en ligne ici ; on y trouve fatalement son bonheur. Eric Vauthier est le collecteur de l'important Nuit rouge et autres histoires cruelles de Paris, dont il fut déjà rendu compte ici.

lundi 2 mars 2009

De retour de l'UBO : le colloque "magnifique"

Ce fut incontestablement un événement que la tenue de ce colloque fort pertinemment intitulé "Saint-Pol-Roux, passeur entre deux mondes", les 27 & 28 février derniers à Brest. Evénement historique d'abord, puisqu'il s'agissait du premier entièrement consacré au poète ; et événement universitaire de haute tenue, tant les intervenants et les communications y furent de qualité. L'objectif avoué de la manifestation était de donner un aperçu global de l'oeuvre idéoréaliste et d'ouvrir des pistes de recherches. Mme Marie-Josette Le Han, qui l'organisa de belle manière, conçut un programme en trois temps.

"Fragments d'une vie". Voilà un titre bien trouvé pour une initiale approche, nécessairement kaléidoscopique, et qui colle à l'itinéraire si particulier du Magnifique. Certes, il ne fut pas question des premières années provençales et lyonnaises si décisives, de la conquête parisienne ou du séjour dans les Ardennes, - il fallait bien opérer un choix et l'une, au moins de ces stations, sera magistralement évoquée dans les Actes. Mais Marcel Burel nous entretint de l'enracinement breton de Saint-Pol-Roux, à Roscanvel d'abord ; enracinement dont témoigne l'usage de "bretonnismes" fréquents dans les poèmes écrits entre 1898 et 1905. N'est-ce pas d'ailleurs la Bretagne qui présida aux rencontres avec Victor Segalen et Théophile Briant ? Ce dernier, qui avait débuté comme galeriste d'avant-garde dans les années 1920, fut un important animateur de la vie littéraire de 1930 à sa mort, en 1956, ami de Max Jacob, Jehan Rictus, Céline et Saint-Pol-Roux, directeur du Goéland, qui sut braver la tempête, niché en sa Tour du Vent de Paramé. Dominique Bodin a relevé les nombreux points de rencontre, biographiques et littéraires, qui unirent les deux solitaires. M. Jean-André Le Gall, quant à lui, donna une relecture personnelle de l'amitié entre Segalen et Saint-Pol-Roux, déduisant une distance entre les deux hommes de l'absence de lettres échangées entre mars 1909 et avril 1915, d'après l'édition Rougerie. Distance que laissait déjà entendre l'hommage du jeune médecin-poète lors du banquet du 6 février 1909. Puis, pendant la guerre, il y eut l'affaire des bois de Gauguin, dont on parla beaucoup en ce colloque. Ce fut le cas notamment de Mme Renée Mabin qui fit un bel exposé, et fort bien illustré, sur "Saint-Pol-Roux frère des peintres : de Gauguin à Jim Sévellec", où il apparut clairement que la peinture, comme la poésie, ne pouvait être, pour le Magnifique, reproduction du réel, mais création nouvelle, projection d'une vision personnelle du peintre. "Fragments d'une vie", l'aperçu que donna l'excellent et érudissime Jean-Louis Debauve de la correspondance "générale" de Saint-Pol-Roux, elle-même fragmentaire, dispersée, lacunaire, se voit parfaitement coiffé d'un surtitre tel. Il fut question de lettres à Charpentier, Decourcelle, Royère, Vallette, Dujardin, et d'une rencontre inattendue, petite merveille de poésie, avec Renée Hamon, le petit corsaire de Colette. Mais, chut...

"Affinités littéraires et rencontres esthétiques". L'après-midi du vendredi, on entra plus avant dans la poésie et la pensée idéoréalistes. Ce fut d'abord M. Jean-Luc Pestel, qui analysa la lecture idéoréaliste de l'oeuvre rimbaldienne, lecture johannique, qui passe, chez Saint-Pol-Roux, par le prisme hugolien, synthétisant ainsi ces deux figures majeures, dans la généalogie de la poésie moderne, les mages Hugo et Rimbaud. Les deux communications suivantes posaient la question de la place du poète dans l'histoire littéraire ; "Saint-Pol-Roux symboliste ?" interrogea M. Julien Schuh, recontextualisant la notion d'idéoréalisme, terme issu probablement de la philosophie post-kantienne et de l'allemand ideal-realismus, adopté et théorisé par le Magnifique puis emprunté par Camille Mauclair en son Eleusis (1894), qui le fit sien - du moins finit-on par le croire. Mikaël Lugan se demanda ensuite si les relations entre Saint-Pol-Roux et les surréalistes ne pâtirent pas d'un "malentendu poétique". Mme Dominique Millet-Gérard fit une lecture très intéressante de "Chapelle de hameau", confrontant le poème à ceux de Jammes à qui il est dédié ; elle en tira d'importantes conclusions pour l'oeuvre entière. J'en dirai plus quand paraîtront les Actes. Puis ce fut le tour de M. Patrick Besnier, qui avait choisi d'étudier les rapports de Saint-Pol-Roux avec la musique ; on la trouve, à l'origine, liée à sa pratique de poète, puis réapparaît sous les traits de Charpentier, de Wagner dont il revient à M. Besnier d'avoir dégagé les traces de l'influence sur le dramaturge idéoréaliste... mais l'imprégnation wagnérienne, d'époque, ne doit pas cacher une autre influence moins hautaine, celle de la musique, libérée du conservatoire, populaire, humble, plus opérette qu'opéra. Mme Marie-Josette Le Han proposa, avec "Le poète, pèlerin de la charité", une analyse sensible, enfin, du dernier poème des Féeries Intérieures, "Le châtelain et le paysan", dans lequel elle voit - je crois : justement - un terme et la naissance d'une poétique renouvelée.

"Ambitions d'une oeuvre". J'attendais avec impatience l'intervention de Jacques Goorma, qui ouvrit bien des horizons à l'amateur de l'oeuvre saint-pol-roussine. Il est le premier à avoir soutenu une thèse sur le Magnifique, Poétique de Saint-Pol-Roux. Et Jacques Goorma est un grand poète. C'est donc en spécialiste et en poète qu'il nous entretint de "La poésie comme force d'union et d'émancipation", de la pensée idéoréaliste en son multiple mouvement. (Je vous souhaite d'entendre un jour la voix bouleversante de Jacques Goorma). La communication de Mme Odile Hamot illustra de fort belle façon l'intervention précédente, révélant le symbole idéoréaliste de l'échelle d'Ezechiel, récurrent dans l'oeuvre de Saint-Pol-Roux. La logique voulait que ces deux-là se suivent, puisque Mme Odile Hamot est l'auteure d'une autre thèse assez extraordinaire sur le poète, Obscur symbole de lumière (le mystère dans l'oeuvre de Saint-Pol-Roux), qui, a-t-on appris, devrait paraître d'ici un an. L'étude de Nicolas Tocquer consacrée à la correspondance SPR-Royère n'était pas moins attendue ; en effet, la Bibliothèque de Brest avait, il y a quelques mois, acquis 53 lettres adressées par le Magnifique à Jean Royère, et n'ayant eu l'occasion de la consulter, j'étais curieux de connaître les secrets qu'elle renfermait. Il en fut dévoilé quelques-uns, mais là encore : chut... M. Jean-Michel Kervran parla ensuite de l'éthique et de l'esthétique dans l'oeuvre de Saint-Pol-Roux, clarifiant bien, convoquant Platon et surtout Plotin (dont on causa beaucoup aussi durant ces deux jours), l'indissoluble rapport entre les deux notions dans la poésie idéoréaliste. Et comme il avait été question d'esthétique, Mme Françoise Daniel conclut le colloque en évoquant "l'idée de primitivisme" chez le Magnifique, et c'est une autre piste qui me paraît riche d'avenir.

Je n'ai, of course, donné ici qu'un rapide résumé - s'agit-il même d'un résumé ? - de ce jour et demi historiques. Le sujet avait inspiré les participants puisque tous dépassèrent le temps originellement imparti. Le vendredi, en fin d'après-midi, la parfaite organisation du colloque avait prévu une visite guidée de l'exposition Saint-Pol-Roux, dont je reparlerai bientôt. Qu'ajouter ? Eh bien, qu'il y aura des Actes et, sûrement, bientôt, des journées d'étude dans les universités, et d'autres colloques magnifiques.
Nota : Notre mystérieux bonhomme photographié est toujours inidentifié. Voici donc un indice : tout amateur de littérature belle-époque possède nécessairement un de ses livres dans sa bibliothèque, ou en a lus.

jeudi 19 février 2009

LE FRISSON ESTHETIQUE N°7 - Coquilles & coquillages

Parmi les nombreuses revues qui paraissent aujourd'hui, plus ou moins petites, petites dans le sens où elles se rattachent, volontairement ou non, à la tradition de leurs belles et hautaines aînées d'il y a un siècle-et-des-poussières-de-bibliothèque, le frisson esthétique, d'Esther Flon, a su trouver sa place. Elle est l'élégante, la très-belle petite revue. Vous me direz, et vous n'aurez pas tort : il arrive parfois que la joliesse de la mise, la finesse du maquillage, la grâce du maintien, s'encitrouillent à l'effeuillage et qu'apparaisse finalement une courtisane grossière. Vous n'auriez pas tort si l'élégance du frisson n'était aussi, surtout, éditoriale, et si, dans la littérature, plus que dans la vie, les plis de la parure, ses tremblements, n'étaient pas l'être entier palpitant à la surface.

L'élégance du frisson est faite d'une alliance juste - et elle est juste puisqu'elle nous paraît naturelle, non réfléchie quand bien entendu elle l'est parfaitement - entre les caractères, les illustrations qui jouent sur plusieurs niveaux, ombres filigranées, reproductions ou photographies, la mise en espace avec des marges généreuses où peuvent s'ébattre les esprits du texte et du lecteur. L'élégance du frisson, c'est une personnalité, un ensemble de traits distinctifs qui, nécessairement, particularisent la revue d'Esther Flon ; un thème : il y avait eu déjà un fort dynamique numéro ferroviaire, puis un gourmand n°6, voici "Coquilles & coquillages", qui n'est pas sans lien papillaire avec le précédent ; le "premier frisson esthétique" d'une personnalité : Astrid Bouygues, que les amis de Queneau connaissent bien, est la septième et donne un récit très-fort, peut-être le plus vif de tous ceux publiés jusqu'ici, de son frisson originel - le jour où elle découvrit le tympan de Conques :
"Médusée par cette tête qu'on empoigne, incapable de détacher mes yeux du corps là-haut qui n'en finit pas de se tordre, qu'on n'en finit pas de tordre. Cep noueux, treille que l'on presse, ce corps-linge qu'on essore, ce corps-vrille qu'on étrille, cette anguille. Poisson hors de l'eau qui se cambre nerveusement gueule ouverte, corps-croc, corps-esse, corpS, hameçon auquel je viens de mordre - si je respire, ma bouche touchera-t-elle une lame ?"
des rubriques, qui sont des rendez-vous : les "promenades littéraires" où se croisent, en vénus de Boticelli chevauchant la thématique coquille, André Derain & Apollinaire, Marguerite Duras, Saint-Pol-Roux (non, je ne parlerai pas de ce "Saint-Pol-Roux conchylophile/Saint-Pol-Roux conchylophobe", parce que l'auteur m'est trop proche et qu'on aurait trop vite fait de mettre en cause mon impartialité), Marcel Proust - saviez-vous que la fameuse petite madeleine, qui semble moulée dans une coquille Saint-Jacques, fut, au principe de l'imaginaire proustien, une plus prosaïque biscotte ? -, etc. ; "l'imprimerie gourmontine" - le grand Normand, Remy de Gourmont, est l'esprit du lieu : un article, "Traduire le Livre des masques en japonais", fait un complément à l'étude très-utile de Kensaku Kurakata sur "la réception de Gourmont au Japon" (Actualité de Remy de Gourmont, Editions du Clown Lyrique, 2008) ; les "Curiosa" de Nicolas Malais, ravissantes toujours, et celle-ci est de haute volée qui feuillette, pour nous inciter à plus et mieux le lire, la vie littéraire de Jean Lorrain, de Raitif à Sodome, de ses chroniques périodiques à ses lettres "intimes" ; les "balades gourmandes", en tête de brigade : Geneviève Moll et Olivier Roellinger, Saint-Jacques à l'honneur ; le feuilleton : la sixième partie de Nietzschéenne, par Daniel Lesueur. Puis, qui manquaient à la précédente livraison, de nombreux poèmes, et le thème se prêtait merveilleusement à une anthologie, d'Apollinaire à Jean-Pierre Verheggen. Enfin, mais qui ne clot pas ce numéro - c'est une lettre de Léon Bloy à René Martineau, où il est question de Villiers de l'Isle-Adam, de Huysmans et de... coquille, qui remplit cet office -, la nouvelle de Christian Buat, "Tandem ou pour l'amour de Cherbourg", humour & poésie.

Mais le plus simple est encore d'en détailler le sommaire.
Premier Frisson
Astrid Bouygues : Une onde qui serait de chair...
Poésie
D'Apollinaire à demain, le temps des coquilles
D'art et d'amour
Frèd Blanc : Carnassières en action
Nouvelle
Christian Buat : Tandem ou pour l'amour de Cherbourg
Promenades littéraires
Arlette Albert-Birot : Les coquilles d'André Derain
Jean-Baptiste Baronian : Coquilles et associés
Joëlle Pagès-Pindon : Marguerite Duras et l'enfant à la coquille
Marianne Simon-Oïkawa : La coquille aux mirages
Mikaël Lugan : Saint-Pol-Roux conchylophile/conchylophobe
Thierry Clermont : Sevillanesques
Dominique Bussillet : Du côté de chez Proust
Jacques Demarcq : Coquines
Le triangle bien coquillé
Pierre-Albert Birot : Grabinoulor cause avec Eugénie son amie d'enfance
Sur les planches
Philippe Normand : Etoile filante...
Imprimerie gourmontine
Shigeru Oïkawa : Traduire Le livre des masques en japonais
Beau livre
Claude Debon : Calligrammes dans tous ses états
Trésors de la Médiathèque de Saint-Lô
Un herbier de la mer
Curiosa
Nicolas Malais : Jean Lorrain de Raitif à Sodome

Feuilleton
Daniel Lesueur : Nietzschéenne - 6e partie
Dernier frisson
Léon Bloy à René Martineau : A propos d'un erratum...
Désormais le frisson esthétique est semestriel. On s'abonne aux deux numéros annuels pour 16 € (+ 5, 35 € de frais de port) seulement, ici.

Voilà deux semaines que j'ai lu ce superbe septième numéro et je ne me suis toujours pas résolu à le ranger dans l'espace de ma bibliothèque réservé aux revues. Je l'ouvre de temps à autre et j'en relis une page ou deux... Tenez, je crois bien que je le rayonnerai dans six mois, lorsque le huitième numéro de la plus élégante des petites revues aura paru.
Nota : Le Grand Jeu Concours n'a pas trouvé encore son physionomiste. Tentez votre chance, même plusieurs fois...

mercredi 4 février 2009

Colloque "Saint-Pol-Roux, passeur entre deux mondes", les 27 & 28 février à Brest (Faculté Victor-Segalen)

C'est incontestablement un événement en notre petite répoétique et, soyons audacieux, dans le grand monde universitaire que d'aucuns, trop haut perchés, camemberts économiques en bouche, tentent flibustièrement de rétrécir. Pensez donc : le "Centre d'étude des correspondances et journaux intimes" de la Faculté Victor-Segalen (Brest) accueillera le premier (!) colloque Saint-Pol-Roux les 27 & 28 février prochains. Sa tenue dans la ville où mourut le poète est parfaitement légitime et je me réjouis de retrouver Brest dans quelques petites semaines. C'est le premier et, naturellement, les approches y seront diverses, donnant un large aperçu, large donc pertinent, de l'oeuvre idéoréaliste. L'intitulé le permet et la thématique du "passage", présentée par les organisateurs, semble idéale pour une première manifestation universitaire autour du Magnifique :
Saint-Pol-Roux occupe, à la charnière du XIXe siècle et du XXe siècle une position particulière : héritier du Romantisme, disciple du Symbolisme, il participe de "l'esprit nouveau" et prépare les recherches de la modernité poétique. C'est cette situation privilégiée de "passeur" et de médiateur que ce colloque voudrait étudier : passage du monde méditerranéen au monde celtique, de l'humble réalité aux images les plus audacieuses, de l'instant à l'éternel, du monde visible au "seuil du mystère"... Il s'agira surtout de faire entendre la voix singulière qui fit résonner "un chant d'étoile et d'argile ensemble".
Le colloque sera dense : dix-huit communications sur un jour et demi (voir programme ci-dessous). Un événement, vous dis-je.


PROGRAMME

Vendredi 27 février

"FRAGMENTS D'UNE VIE"

Présidente de séance : Madame Marie-Josette Le Han
  • 9 h : Accueil
  • 9 h 30 : M. Marcel BUREL (Brest) - Les "bretonnismes" dans les poèmes roscanvélistes (1898-1904)
  • 10 h : M. Dominique BODIN (Saint-Malo) - Entre Iroise et Emeraude : Saint-Pol-Roux et Théophile Briant
  • 10 h 30 : M. Henry Jean-Louis DEBAUVE (Paris) - La correspondance de Saint-Pol-Roux
  • 11 h : Pause
  • 11 h 15 : M. Jean-André LE GALL (Brest) - Correspondance Victor Segalen-Saint-Pol-Roux
  • 11 h 45 : Mme Renée MABIN (Brest) - Saint-Pol-Roux frère des peintres : de Gauguin à Jim Sévellec
AFFINITES LITTERAIRES ET RENCONTRES ESTHETIQUES

Président de séance : Monsieur Patrick Besnier
  • 14 h : M. Jean-Luc PESTEL (Brest) - "Fils du Soleil", Saint-Pol-Roux lecteur de Rimbaud
  • 14 h 30 : M. Julien SCHUH (Paris IV) - Saint-Pol-Roux symboliste ?
  • 15 h : M. Mikaël LUGAN (Pau) - Le Magnifique et les Surréalistes : un malentendu poétique ?
  • 15 h 30 : Mme Dominique MILLET-GERARD (Paris IV) - Mystère des êtres, mystère des choses : Saint-Pol-Roux et Francis Jammes
  • 16 h : Pause
Président de séance : Monsieur Jean-Marc Hovasse
  • 16 h 30 : M. Patrick BESNIER (Université du Maine) - Saint-Pol-Roux et la musique
  • 17 h : M. Jean-Louis MEUNIER (Nîmes) - Les didascalies de La Dame à la faulx
  • 17 h 30 : Mme Sophie LUCET
  • 18 h : Visite de l'exposition au Musée des Beaux-Arts
Samedi 28 février

AMBITIONS D'UNE OEUVRE

Présidente de séance : Madame Dominique Millet-Gérard
  • 9 h 30 : M. Jacques GOORMA (Strasbourg) - La poésie comme force d'union et d'émancipation
  • 10 h : Mme Odile HAMOT (Université de la Guadeloupe) - Figure du poète en Ezechiel
  • 10 h 30 : Pause
  • 11 h : M. Nicolas TOCQUER (Brest) - Saint-Pol-Roux et Jean Royère : correspondance
  • 11 h 30 : M. Jean-Michel KERVRAN (Quimper) - Ethique et esthétique dans l'oeuvre de Saint-Pol-Roux
  • 12 h : Mme Françoise DANIEL
  • 12 h 30 : Mme Marie-Josette LE HAN - Synthèse et conclusion du colloque
Parions que ce colloque Saint-Pol-Roux, premier du nom, fera des petits en Bretagne, en Provence et à Paris...