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Beaucoup des billets qui paraîtront sur ce blog seront consacrés au poète Saint-Pol-Roux, à son oeuvre, à ses contemporains et à leur actualité vivante. Leur seul objet - donc - la poésie.
Les hasards de l'internet font admirablement les choses. Alors que je relisais le dernier Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, dont on sait qu'il est consacré à L'impossible représentation de La Dame à la Faulx, et dont, au passage, je signale qu'il reste une petite dizaine d'exemplaires (les trois précédentes livraisons étant épuisées), voilà que je découvre, sur un site de partage de vidéos, un extrait de la pièce, mise en scène par Christophe Maltot. Il m'a semblé opportun de le présenter sur ce blog, où préside Saint-Pol-Roux. Il s'agit d'une captation amateur de la scène 3 de l'acte final (dans la version réécrite pour le Théâtre des Arts de Jacques Rouché), au cours de laquelle Magnus mendie un délai de vie supplémentaire à l'implacable Dame, dont la faulx s'abattra bientôt. Magnus est interprété par Anthony Audoux, Elle, par Loredana Flori, que son prénom si singulier prédestinait à incarner le rêve saint-pol-roussin. Ce témoignage vidéo prouvera aux sceptiques combien la tragédie de Saint-Pol-Roux, pièce outrancièrement poétique, est aussi riche d'actions.
Si Loredana Flori venait à passer emmi ces Féeries intérieures, qu'elle sache que nous nous honorerions de publier quelque billet signé d'elle, où elle nous ferait part de sa compréhension et de son expérience du rôle-titre de La Dame à la Faulx.
"La Vérité Dramatique n'a rien de commun avec ce qu'on est convenu de nommer la Réalité. Mais le théâtre, sapristi, c'est une seconde création faite de la combinaison de ce qui est et de ce qui devrait être. La loi du théâtre c'est le Meilleur. Le théâtre est donc un art au-dessus. Le Théâtre-libre restera donc la plus grande erreur du siècle. Antoine a tué, momentanément, Shakespeare. Et voyez comme à sa suite ils ont tous théâtrisé, ceux qui n'ont pas pour un sou le sens du théâtre, ah les calices des lettres y sont allés d'une telle diarrhée que les dramaturges, les vrais, en furent constipés". (Poésie Présente, n°85, octobre-décembre 1992, p. 25-26)
"Un comité de poètes s'est formé pour créer un Théâtre d'art qui donnera bientôt, à la salle Montparnasse, des pièces de Pierre Quillard, Rachilde et Stéphane Mallarmé. C'est fort bien, car le Théâtre-libre ne suffit plus, d'autres groupements deviennent nécessaires pour jouer certaines oeuvres que nous ne pouvons pas réaliser chez nous. Je n'y vois pas une concurrence, mais un complément dans l'évolution qui s'accélère."
ANTOINE, "Mes souvenirs" sur le Théâtre-libre, édition établie et annotée par Patrick Besnier, DU LEROT, éditeur, Tusson, Charente - 272 p. (35 €).
C'est là une fatalité de la recherche : elle ne s'achève jamais. Et les documents, parfois, surgissent quand on ne les attend plus, ou pas, car rien n'en laissait supposer l'existence. Un exemple. On sait que le dernier numéro du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, qui vient de paraître, relate les tentatives malheureuses du poète de faire représenter La Dame à la Faulx sur plusieurs scènes importantes et sur la première d'entre elles : la Comédie-Française. Poussé par une pétition que signèrent près de 500 artistes et écrivains, Jules Claretie, son administrateur, accepta l'idée - c'était dans les premiers mois de 1909 - mais non sans avoir au préalable demandé au Magnifique de revoir son drame afin de le rendre jouable en quatre heures, et non sans avoir, profitant que l'ouvrage fût remis sur le métier, oeuvré au rétablissement du Comité de Lecture, supprimé quelques huit ans plus tôt. Inutile de dire quel fut le sort réservé à La Dame à la Faulx après que Saint-Pol-Roux eut essuyé les plâtres du Comité restauré. Le bon Claretie, bien sûr, se fendit d'un communiqué élogieux à la presse regrettant toutefois que ce "poème dramatique" demeurât "irréalisable". Ce que j'ignorais et que m'apprend une trouvaillette récente dont la présence dans le BASPR4 aurait été pertinemment cocasse, c'est que le bon Claretie était très bon et que son refus programmé de jouer la damalafalcique tragédie lui avait étrangement donné mauvaise conscience - preuve que le bon Claretie en avait une. Ne s'entremit-il pas, en effet, auprès des autorités, alors qu'un mois plus tôt il avait opposé une fin de non recevoir à Saint-Pol-Roux, pour que ce dernier obtînt (en compensation ?) la légion d'honneur. La première page du Figaro du 14 décembre 1910 relate cette "initiative" avec, va sans dire, un meilleur esprit que le mien :"Une démarche...
Au nom de la Comédie-Française et par une élégance personnelle d'artiste qui ne surprendra aucun de ceux qui le connaissent. M. Jules Claretie vient de faire "quelque chose de tout à fait joli", pour employer l'expression de Cyrano. Un groupe de littérateurs et d'artistes a demandé la croix de la Légion d'honneur pour le poète Saint-Pol-Roux, l'auteur de la Dame à la faulx, dont le comité de lecture reconnaissait le génie, en regrettant les obstacles matériels qui ne lui permettaient pas de retenir son oeuvre.
L'excellent "avocat" qui plaida si vivement la cause du chef-d'oeuvre idéoréaliste devant le comité de lecture dut défendre avec autant d'efficacité cette nouvelle cause puisqu'on épingla bel et bien une croix sur le revers du veston magnifique... en juillet 1932.Parmi ces littérateurs, on peut citer MM. Maurice Donnay, Marcel Prévost, Jules Lemaître, Paul Margueritte, J.-H. Rosny, Henry Bataille, Emile Verhaeren, comtesse Mathieu de Noailles, Henri de Régnier, Laurent Tailhade. A leur suite, tous les jeunes littérateurs groupés par M. Figuière, les plus hardis, de Paul Fort à Alexandre Mercereau... Or, M. Jules Claretie, qui fut l'avocat du poète Saint-Pol-Roux devant le comité de lecture, a fait une démarche personnelle auprès du bienveillant ministre de l'instruction publique, a exposé ce labeur de quinze années dans la modestie et le silence, si éloquemment, que tous les artistes espèrent fêter prochainement la croix de l'auteur de la Dame à la faulx."
"L'annonce de la candidature de Paul Fort, après celle de Lugné-Poe, à la direction de ce lamentable et magnifique Odéon, m'a rappelé quelques souvenirs de jeunesse. Je n'ai ni l'âge ni l'envie d'écrire mes mémoires, mais enfin ceci m'a tout de même reporté à vingt-deux ans de distance : et j'ai évoqué certains soirs où nous nous trouvions réunis, ardents et belliqueux, trois camarades et moi, autour d'une table de café où nous rédigions une belle lettre au ministre de l'instruction publique. Les trois camarades étaient le poète Saint-Pol-Roux, le peintre Rochegrosse et le musicien Gustave Charpentier. Nous avions appris la démission de deux vagues directeurs de l'Odéon, Marck et Desbeaux (sic), qui ont laissé peu de traces dans l'histoire : ou plutôt peut-être bien que l'un d'eux était mort et que l'autre, par là même, devait s'en aller. On discourait déjà dans ce temps reculé sur "la crise odéonienne" : et alors nous avions conçu le magnifique projet de sauver l'Odéon ! Nous voulions y jouer, naturellement, les "jeunes" les plus injouables, y faire des merveilles de mise en scène, avec faste et volupté, étonner l'univers. Charpentier se chargeait des masses orchestrales, Rochegrosse des décors et costumes, Saint-Pol-Roux des matinées poétiques où l'on déclamerait des milliers de vers polymorphes et symbolistes. Moi, je devais être directeur de la scène et lecteur. Nous fîmes au ministre un lyrique exposé : il ne daigna pas nous répondre. J'ai oublié le nom de ce tyran, qui nomma je ne sais plus qui. Peu après, nous nous aperçûmes que nous avions absolument négligé à parler de la question d'argent et d'administration. Nous n'avions pour ces détails qu'un idéal mépris ! Notre direction eût été quelque chose de bien curieux ! Quinze jours plus tard, nous n'y pensions plus."
"Les raisons essentielles de l'Odéon étant d'être jeune et de combattre, je me porte candidat à la direction de ce théâtre, avec, pour assesseurs, le musicien Gustave Charpentier, prix de Rome, et le peintre Georges Rochegrosse, chevalier de la Légion d'honneur."
"Nous l'avons fait par désir de soulever un mouvement d'opinion, d'affirmer les droits des jeunes que l'on maltraite par trop en comptant sur leur réserve. [...] Jouer Florise, Tête d'Or, Maeterlinck, Ibsen et les jeunes, voilà les premières pièces. [...] Vous savez si Rochegrosse vous aime : je puis vous dire que Saint-Pol-Roux, que je connais profondément pour un haut esprit, Charpentier et moi nous ne le cédons en rien."
"Ah ! si j'avais vingt ans de moins ! De mon temps on a eu peur, hélas ! On n'a pas osé ! Osez, vous, les jeunes d'aujourd'hui ! Que Saint-Pol ne songe pas à l'impossible et croie la chose déjà faite. Courage ! Marchez, marchez donc !"
"Monsieur le Ministre,Permettez-moi de vous révéler la partie la plus accessible de mon programme.L'Odéon prendra le nom de "Théâtre Mystique".Des drames qui y seront représentés la réalité sera rigoureusement exclue, comme chose fétide et dépourvue de toute espèce d'intérêt.Seront seules admises les oeuvres qui paraîtront inspirées d'un état de conscience historiquement antérieur au douzième siècle, époque à laquelle on peut fixer le commencement de notre corruption intellectuelle.Aux personnages ordinaires des basses atellanes contemporaines, au Bourgeois, à l'Ingénue et à la Courtisane seront substitués l'Amant, l'Amante, Dieu, le Diable et le Cygne.La prose courante sera proscrite.Les vers également.Les pièces seront lues et reçues par un comité composé de MM. Auguste Rodin, Odilon Redon, Antoine de la Rochefoucauld,
Saint-Ernest-Durand-le-Superbe, Pitou le Splendide et Gibou le Fastueux.Je me résume :Tout pour l'Idée - Tout par l'Idée.Est-ce clair ?Le service de M. Henry Fouquier sera supprimé."
"Notre tentative, écrivait le Magnifique à Mirbeau, - l'échec est inévitable, je le sais - notre tentative forcera le futur mercanti de l'Odéon à songer à nous. Hypocritement il empruntera des fleurs jeunes à notre programme.Nous aurons osé oser, comme dit Beaumarchais."
"On pourrait encore confier cet immeuble à M. St-Pol-Roux qui s'empresserait d'y déployer les draperies de son magnificisme devant les foules surprises."
"Règles, lois, coutumes, tout est pourri dans elle. La fiente sert de monnaie courante à ses gens dissolus. Ecussons et panonceaux ne sont que des bouses aux portes des institutions, et sur les poitrines officielles flambent des crottins honorifiques. [...] Et le sceptre et la crosse ne sont que d'ignobles lys d'anus entre les mains du pontife et du roi !"
"C'est l'aurore, mes frères, l'aurore nouvelle, couleur de nos joues futures !...C'est l'avril, mes frères, l'avril nouveau, couleur de nos sourires immortels !..."
"Incarnation d'Angélique. Angélique (symbole de la Pitié) est cette vierge qui, dans la première partie de la trilogie, conduit à la Ville, auprès des Grands, les sept messagers des Petits de la Terre. En ces messagers à barbe blanche, à voix bêlante, vêtus de laine naturelle, les Grands se refusent à voir des frères, voire même des hommes : "Ce sont des moutons, opinent-ils, et cette fille est leur bergère !" Les messagers sont égorgés et dévorés par ces loups humains. Angélique, qui osa prétendre que c'étaient là des hommes, est comme sorcière brûlée vive sur la place publique. Le bûcher de la "bergère" éclaire de ses flamboiements le tragique festin. A la fin, lorsque les Grands se vautrent sur le tapis vivant des courtisanes, des serpents envahissent la salle d'orgie : ce sont les entrailles des messagers qui viennent, remords visibles, enserrer de leurs anneaux l'épouvante des convives, tandis que de son bûcher Angélique lance une dernière prophétie.Dans la suite, Angélique, devenue la Vierge du Puits, jouit de l'éternelle fraîcheur, sous les traits de la Vérité, parmi les Petits de la Terre : ce personnage est l'unique lien des trois parties distinctes de cette trilogie-une."
"De ces trois parties, l'une (la troisième, L'Ogresse) me semblerait peut-être acceptable. L'Ogresse symbolise toutes les lois humaines. On y peut jouer en costume moderne. Si son annonce doit renforcer votre programme, nommez, quitte à différer, L'Ogresse troisième partie de la trilogie LES GRANDS DE LA TERRE."
"Et maintenant quel est le but profond de M. Barrière et des littérateurs qui l'entourent, les Bernard Lazare, les Paul Adam, les Saint-Pol-Roux, etc. ? [...]M. Barrière est sincèrement démocrate. On dit même qu'il s'habille quelques fois en ouvrier et va étudier les ouvriers dans les bouges. Quoi qu'il en soit, il a des relations avec la blouse - bien des anarchistes lui écrivent quand ils sont dans la misère et il leur envoie des secours. Ce sont surtout des anarchistes littéraires qui se sont adressés à lui...Dans la presse on sait qu'il y a des relations entre la Revue Blanche et les anarchistes. C'est au point que tout attentat est suivi par les reporters, d'une visite de M. Thadée Natanson pour avoir son opinion sur le fait moral et sur le personnage qui a fait le coup.On peut encore citer comme assez rapproché des anarchistes, parmi les rédacteurs de la Revue Blanche, Saint-Pol-Roux qui fréquente quelques compagnons de la Goutte d'or. Il a souvent obtenu des secours de M. Barrière pour des miséreux et même pour des amis de M. Duprat, le cabaretier." (rapport du 21 mai 1894, cité par P.-H. Bourrelier, ibid.)
"Automatiquement, en hypnotisée, Bérangère arrive sous le chêne harmonieux. La reçoivent deux Anges en qui l'oeil exercé reconnaîtrait deux ballerines au service du clergé de la Ville. [...]Voici le Polichinelle nouvelle manière.Odeur de bottes significative...Coloré de joie car il sent qu'il va perpétrer et qu'il n'y sera pour rien, le Polichinelle tend un pli à Jean avec des gestes tirés par des fils vraisemblablement reliés à l'état-major."