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lundi 25 août 2014

Saint-Pol-Roux à l'honneur dans le dernier numéro d'Avel Gornog

Il y a un peu moins d'un mois, est parue la dernière livraison d'Avel Gornog, jolie revue entièrement dédiée à l'histoire de la Presqu'île de Crozon, et rédigée par des passionnés, soucieux de rigueur et de qualité. Ce n° 23 composé, pour l'essentiel, d'un copieux dossier consacré à Camaret-sur-Mer, réserve naturellement une place de choix à Saint-Pol-Roux. Ainsi est-il au centre de trois des dix-sept articles qui constituent le sommaire de la livraison.

Notre ami Marcel Burel, pilier de la revue et grand connaisseur de la période bretonne du Magnifique, en a signé deux. Le premier revient sur "l'incendie de la chapelle Notre-Dame de Rocamadour" qui survint le 25 février 1910 et dévasta le bâtiment. Très engagé dans la vie camarétoise, dans ses joies comme dans ses malheurs, Saint-Pol-Roux lança des souscriptions et fut nommé président du Comité de Restauration. Marcel Burel détaille les efforts effectués par le poète et les personnalités du petit port breton pour récolter l'argent nécessaire (pas moins de 10.000 francs), et nous apprend que la générosité du Magnifique prit pour l'occasion des masques bien surprenants...

Dans son deuxième article, Marcel Burel retrace "la guerre 1914-1918 [vue] à travers la correspondance de Saint-Pol-Roux à André Antoine". Ayant ici même consacré une série de billets aux relations entre les deux hommes, je ne m'attarderai pas sur les nombreux et passionnants détails que donne l'auteur sur la façon dont se renforça l'amitié entre le poète et le metteur en scène au cours de cette période tragique, et qui font un merveilleux complément à l'article en cinq parties que je publiai l'an dernier.

Si le nom de Saint-Pol-Roux n'apparaît pas dans la longue étude de Jean-Jacques Kerdreux sur "les conserveries de Camaret", je ne l'ai pas lu avec moins d'intérêt. Car la biographie du poète n'est pas sans rapport avec l'histoire de l'industrie sardinière de Camaret. On peut même affirmer que cette dernière joua un rôle capital dans l'existence du Magnifique. On se souvient, en effet, que Saint-Pol-Roux s'installa à Roscanvel - provisoirement, pensait-il alors - afin de se documenter pour l'écriture des Pêcheurs de sardines, pièce qu'il destinait à Antoine et qui avait justement pour toile de fond la grève des patrons pêcheurs qui entendaient ainsi protester contre les bas prix pratiqués par les usiniers. L'arrivée du poète sur la pointe de la Presqu'île, à la mi-juillet 1898, coïncide justement avec la reprise du conflit social. Il est amusant de voir l'auteur de La Dame à la Faulx agir ainsi en écrivain naturaliste. Le manuscrit du premier acte du drame - le seul que nous ayons pu retrouver à ce jour - truffé çà et là de références à des articles de La Dépêche, prouve que Saint-Pol-Roux s'était également mêlé aux pêcheurs, pour qui il prend manifestement parti, afin d'en rendre le pittoresque et le langage si particulier. Il sera intéressant de relire ce premier acte en le confrontant à l'article de Kerdreux et aux documents qui l'illustre... ce que je ferai prochainement.

Pour ma part, j'ai donné à la revue, "Saint-Pol-Roux, Divine et le C.A.M. de Camaret", article qui reprend avec quelques remaniements un ancien billet, et qui prouve une nouvelle fois l'engagement du poète dans la vie camarétoise et dans la guerre. Il y est question, notamment, des relations de Saint-Pol-Roux avec les pilotes du Centre d'Aviation Maritime installé sur le Sillon. Là encore, je ne ferai pas plus de commentaires, et me contenterai d'offrir, en addendum, un document retrouvé grâce à cet excellent site sur la Presqu'île. Il s'agit d'un hommage de Saint-Pol-Roux, publié dans La Dépêche du 18 juin 1917, au lieutenant Helluin et au quartier-maître Salaun, pilote et mécanicien du C.A.M. dont l'avion s'était écrasé le 9 juin.
On l'aura compris, je recommande vivement l'acquisition et la lecture de cette riche livraison d'Avel Gornog, dans laquelle l'amateur de Saint-Pol-Roux ne manquera pas de trouver matière à enrichir sa connaissance du poète. On pourra trouver le sommaire complet du numéro et le commander sur le site de la revue : http://www.avel-gornog.fr/.

lundi 11 mars 2013

Vient de paraître : OBSCUR SYMBOLE DE LUMIÈRE - LE MYSTÈRE DANS LA POÉSIE DE SAINT-POL-ROUX

C'est un événement éditorial : la thèse soutenue par Odile Hamot en 2006, sous la direction de Mme Dominique Millet-Gérard, vient de paraître chez Champion. C'est la quatrième thèse entièrement consacrée à Saint-Pol-Roux, après celles de Juo-Py Loh et de Jacques Goorma présentées au début des années 1980, et celle, germanophone, d'Ute Eckelkamp, soutenue en 1992. Et c'est la deuxième seulement à être éditée. Autant dire qu'il s'agit d'une somme considérable et de premier intérêt pour qui s'intéresse à l’œuvre du Magnifique. Nous aurons bien entendu l'occasion d'en reparler ici, lorsque nous aurons achevé de lire les 968 pages qui la composent.

dimanche 28 août 2011

Plus qu'une biographie, avez-vous dit ?

Le lendemain de mon arrivée à Roscanvel, où j'ai passé une quinzaine de jours, je me procurai ce livre au titre étrange, publié à compte d'auteur à 1500 exemplaires ; j'en avais appris la parution quelques semaines plus tôt sur le site du Télégramme. L'auteur, Marie-Françoise Bonneau, guide sur la presqu'île de Crozon, avait participé, l'année dernière, à la commémoration camarétoise des 70 ans de la mort du Magnifique. Je m'attendais donc à lire un travail sérieux, assez précis, et riches en documents nouveaux - au moins s'agissant de la période "bretonne" de Saint-Pol-Roux - le bouquin comptant 222 pages d'un assez grand format. Disons-le sans tarder : je fus déçu. Il est vrai que Marie-Françoise Bonneau donnait, dans ses "notes" (p. 218), ces lignes pour le moins génériquement ambiguës :
"Ce livre est plus qu'une biographie du poète. Peu à peu en étudiant les documents d'archives je me suis imprégnée de la vie de cet homme hors du commun. C'est ainsi que je me permets de nouer des dialogues, qui ne sont pas très loin des paroles que le poète aurait pu dire.
Ce n'est pas un ouvrage scientifique. C'est tout simplement un livre que j'aie écrit avec mon cœur, tâchant de traduire le plus justement possible les sentiments éprouvés par le poète Saint-Pol-Roux, au travers des différentes périodes de sa vie littéraire, mais aussi et surtout de sa vie d'homme, de père et d'époux."
Plus qu'une biographie... voilà qui laisse perplexe : qu'est-ce donc qu'un livre qui est plus qu'une biographie ? Une biographie avec un petit quelque chose en plus ? Un objet littéraire qui relèverait du genre biographique mais qui serait mieux qu'une biographie ? Une hagiographie, peut-être ? Ou tout cela à la fois. Les précisions qui suivent cette première définition laissent à penser qu'il s'agirait plutôt d'une vie romancée ou d'un roman biographique, l'auteur revendiquant une part non négligeable d'invention fidèle : "je me suis imprégnée...", "je me permets de nouer des dialogues...", "j'ai écrit avec mon cœur, tâchant de traduire le plus justement possible les sentiments...". Un tel projet, mené à bien, eût été intéressant - quoique je ne croie pas qu'on écrive rien de valable avec son cœur et dans l'empathie - la terrestre existence de Saint-Pol-Roux n'étant pas dépourvue de romanesque. Mais encore faut-il, pour réussir dans ce genre plus-que-biographique, satisfaire à deux critères : connaître la vie du personnage mis en scène et le contexte historique, littéraire, artistique, etc., dans lequel cette vie s'inscrit ; être écrivain. Le livre de Marie-Françoise Bonneau ne témoigne, hélas, ni d'une bonne connaissance de la vie de Saint-Pol-Roux, ni d'un talent d'écrivain. L'auteur n'est pas plus à l'aise avec la biographie qu'avec le roman.

Le découpage, d'abord, ne doit rien à l'imagination : il est d'une biographie classique. Voici les titres des six premiers chapitres : "La Provence de ses ancêtres", "L'enfance du poète", "Les années parisiennes", "Exil en forêt des Ardennes belges", "Retour à Paris". Les cinq derniers n'offrent pas plus de fantaisie. Mais entrons dans le livre, et feuilletons. Marie-Françoise Bonneau retrace, dans le chapitre inaugural, l'histoire familiale et, plus particulièrement, celle du trisaïeul de Saint-Pol-Roux, Jean-Joseph Hours, né à Saint Julien le Montagnier. Vous ignorez Saint Julien le Montagnier ? Point d'affolement, l'auteur nous campe le patelin :
"Située au nord-ouest du département du Var, la commune de St Julien le Montagnier côtoie le Verdon, ses basses gorges et la retenue de Gréoux, sur plus de sept kilomètres. Culminant à plus de 600 m d'altitude, le village domine toute l'étendue des plateaux du Haut-Var. Nommé "Le Mont St Michel des garrigues" de par sa situation géographique, il conserve depuis le Moyen Age une architecture exceptionnelle. Ses maisons et ses rues concentriques par rapport à l'église et à l'ancien château, épousent magnifiquement les pentes du midi jusqu'au mur d'enceinte. Du haut de la table d'orientation, le regard se perd par-delà un océan de forêts et de plaines jusqu'aux glaciers des Alpes."
Ne dirait-on pas d'un habile rédacteur de plaquette pour office de tourisme ? C'est d'ailleurs, presque mot pour mot, ce qu'on peut lire sur le site officiel de Saint Julien le Montagnier :
"Située au Nord Ouest du Département du Var, la commune de Saint Julien le Montagnier côtoie le Verdon, ses basses gorges et la retenue de Gréoux sur plus de 7 km.
Dominant toute l’étendue des plateaux du Haut Var, "ce Mont Saint Michel des garrigues" possède depuis le Moyen-Âge une architecture urbaine d’exception.
Ses maisons et ses rues concentriques par rapport à l’église et à l’ancien château, s’agencent savamment afin d’épouser les pentes du midi jusqu’au mur d’enceinte. Du haut du balcon d’orientation, l’œil du visiteur se perd dans un océan émeraude de forêts et de plaines jusqu’aux glaciers des Alpes."
Mais point de plagiat ici, un simple oubli des guillemets plutôt, Marie-Françoise Bonneau n'ayant pas omis de citer l'office de tourisme de Saint Julien le Montagnier dans ses remerciements. Et elle en remercie du monde, Marie-Françoise Bonneau. Dommage qu'elle ne remercie pas Georges Reynaud et qu'elle ne le mentionne pas dans sa bibliographie : le premier chapitre et le suivant s'inspirant nettement des travaux de ce dernier sur la généalogie et sur les premières années du poète. Incontestablement, l'auteur a fait des recherches, a puisé les informations où elles se trouvaient, aux archives, en bibliothèques, dans des publications, sur internet aussi. Elle cite certaines sources, en omet d'autres. Mais elle s'excuse : "Ce n'est pas un ouvrage scientifique".

On peut donc manquer de rigueur. Et c'est bien là le défaut majeur du bouquin. La relation des faits y est très approximative. A l'évidence, Marie-Françoise Bonneau n'est pas à l'aise dans la fin de siècle et dans les milieux littéraires, qui compte parmi les amis parisiens du poète : Rémy de Gourmont, Emile Raynaud, Louis Dumour, Maurice Barbès, Jean Rictus. Et voici Saint-Pol-Roux qui fréquente assidûment Mallarmé, rue de Rome : "ce dernier lui consacre beaucoup de son temps, lui procurant de nombreux conseils" (p. 22). Or, jamais Saint-Pol-Roux n'assista aux "mardis", et point ne fut un familier du maître : il l'avouera à Guy Lavaud à la fin de sa vie. Autre amitié fort intime, celle que le poète a liée, d'après l'auteur, avec Alfred Vallette : le Magnifique et son éditeur sont à tu et à toi, deux bons vieux potes et, lorsque Saint-Pol-Roux est de retour à Paris, en 1909, voilà le bon Alfred qui vient à sa rencontre :
"- Pierre-Paul, je vais aller droit au but. Tu n'es pas sans savoir que nous avons formé un Comité d'écrivains et d'artistes, il y a quelques temps déjà. Sachant ta venue à Paris pour quelques jours, nous avons décidé d'organiser un banquet en ton honneur.
- Cela me touche beaucoup, merci Alfred.
- Ce n'est pas tout. Nous avons œuvré pour la "Dame à la Faulx" contacté des directeurs de théâtre, les journaux, les éditions littéraires.
- C'est formidable d'avoir fait tout ce travail, mais les réponses vont probablement être négatives comme d'habitude !
- Détrompe-toi, nous avons déjà des résultats positifs. Le Figaro nous a promis une première page avant le banquet.
- Et ce banquet où a-t-il lieu ?
- Ah ! oui, dans mon empressement, j'allais oublier de te remettre ton invitation."
N'est-il pas formidable ce dialogue qui n'est pas "très loin des paroles que le poète aurait pu dire" ? D'une touchante naïveté et d'une non moins touchante ignorance de ce que furent les relations réelles de Saint-Pol-Roux et du directeur du Mercure de France, qui, respectueuses, cordiales et d'amicale distance, n'aboutirent jamais au tutoiement. Le "vous" était de rigueur encore en 1935, l'année de la mort de Vallette. Il faudrait aussi rappeler que Saint-Pol-Roux n'était pas étranger à l'organisation du banquet qu'on lui offrit le 6 février 1909 et dont l'enthousiaste Alfred lui fait ici la surprise.

C'est qu'il est gentil, Alfred : il souhaite tellement être agréable à son ami qu'il ajoute : "Tu sais, Paul, personne ici ne t'oublie. Tes dernières parutions ont énormément plu." Marie-Françoise Bonneau nous apprendra un peu plus loin que ses livres, d'ailleurs, se vendent bien. Or, les cinq cents exemplaires des Féeries Intérieures mettront seize ans à s'épuiser ! Dans la même veine, il sera écrit (p. 134) que les représentations, par le Théâtre Idéaliste de Carlos Larronde, de L'âme noire du prieur blanc et des Personnages de l'Individu ont rapporté des "revenus [qui] ne sont pas négligeables". Quand, bien entendu, cette entreprise bénévole ne dégagea par définition aucun bénéfice ! A croire que le Magnifique fut moins infortuné qu'on le dit généralement. N'avait-il pas, dans son manoir du Boultous, quantité de domestiques ?!

La période bretonne est-elle mieux traitée ? Certes, n'oubliant pas son métier de guide, l'auteur ne manque pas de nous dresser un "historique de l'île longue", des fortifications de Quélern, de nous rappeler la Victoire de Camaret sur les Anglais en 1694, etc., sans parvenir à rattacher naturellement ces digressions à son propos principal. Malheureusement, là encore, concernant Saint-Pol-Roux, on n'apprend pas grand chose. On trouve même une très-étonnante erreur touchant la fort célèbre anecdote du Magnifique en Père Noël que Marie-Françoise Bonneau situe en 1911, alors que le poète débarqua avec sa hotte sur le quai de Camaret le 25 décembre 1909. Les approximations, là encore, sont nombreuses, et il me faudrait relire le bouquin, stylo en main, pour les relever toutes ; ce que je n'ai ni le temps ni l'envie de faire. Signalons toutefois, avant de conclure, le seul vrai document nouveau que produit l'auteur : l'acte de mariage de Lorédan Saint-Pol-Roux avec Irma Louise Stervinou, prononcé à Pont-l'Abbé le 9 décembre 1916.

Tel est donc le livre que les touristes et les presqu'îliens, qui souhaitaient connaître davantage le magnifique poète qui vécut dans le hautain manoir dominant Camaret, purent se procurer cet été, contre 20 €. Pour moins cher ou pour ce prix-là, sans doute auraient-ils mieux fait de dénicher un exemplaire de Saint-Pol-Roux le Crucifié de Pelleau (que Marie-Françoise Bonneau cite abondamment), du Tombeau de Saint-Pol-Roux de Bergot (que Marie-Françoise Bonneau fait paraître des années avant la mort du poète), ou du Saint-Pol-Roux de Théophile Briant qui demeure la référence. Leur connaissance de Saint-Pol-Roux en eût été plus assurée. "Plus qu'une biographie", avez-vous dit ?

vendredi 1 avril 2011

Vient de paraître : SAINT-POL-ROUX, Passeur entre deux mondes (Actes du Colloque de Brest, 27-28 février 2009)

C'est le printemps du cent-cinquantenaire magnifique. On ne pouvait rêver meilleure date pour la parution de ces Actes du Colloque de Brest, organisé il y a deux ans par Mme Marie-Josette Le Han à l'UBO, les 27 & 28 février 2009. J'en revins enchanté : Saint-Pol-Roux faisait enfin - et très joliment - son entrée à l'Université. J'aurai l'occasion d'y revenir plus en détails. Aussi, trop pressé de retrouver, dans la lecture, le charme de ces deux journées, me contenterai-je d'en reproduire le sommaire et la présentation.
"Saint-Pol-Roux occupe, à la charnière du XIXe siècle et du XXe siècle une position particulière : héritier du Romantisme, disciple du Symbolisme, il participe de "l'esprit nouveau" et prépare les recherches de la modernité poétique. Dans sa solitude bretonne il se fait l'écho des recherches esthétiques de son temps, dans le domaine de l'écriture (Surréalisme), de la musique (Beethoven, Wagner, Meyerbeer) et de la peinture (Gauguin et les nabis). C'est sa situation privilégiée de "passeur" et de médiateur que ce colloque a voulu étudier : passage du monde méditerranéen au monde celtique, de l'humble réalité aux images les plus audacieuses, de l'instant à l'éternel, du monde visible au "seuil du mystère"... Il s'agissait surtout de faire entendre la voix singulière qui fit résonner "un chant d'étoile et d'argile ensemble".
SOMMAIRE
  • Marie-Josette LE HAN : "Avant-propos" - p. 9-13
  • Jean ROUDAUT : "Avenir et souvenir" - p. 15-20
Fragments d'une vie
  • Georges REYNAUD : "Les années de formation de Saint-Pol-Roux (1861-1882) ; Expériences vécues et magnifiées" - p. 23-35
  • Marcel BUREL : "Breton et bretonnismes dans les poèmes roscanvélistes de Saint-Pol-Roux" - p. 37-43
  • Dominique BODIN : "Entre Iroise et Émeraude : Saint-Pol-Roux et Théophile Briant" - p. 45-57
  • Jean-Louis DEBAUVE : "La correspondance de Saint-Pol-Roux" - p. 59-75
  • Jean-André LE GALL : "La correspondance de Saint-Pol-Roux-Victor Segalen" - p. 77-85
  • Renée MABIN : "Camaret : Saint-Pol-Roux, frère des peintres (De Gauguin à Jim Sévellec)" - p. 87-94
Affinités littéraires et rencontres esthétiques
  • Jean-Louis MEUNIER : "La Dame à la faulx : lire/jouer les didascalies" - p. 97-107
  • Patrick BESNIER : "L'Univers sonore de Saint-Pol-Roux" - p. 109-120
  • Jean-Luc PESTEL : "Fils du Soleil, Saint-Pol-Roux lecteur de Rimbaud" - p. 121-131
  • Julien SCHUH : "Saint-Pol-Roux symboliste ? Les avatars de l'idéoréalisme" - p. 133-149
  • Dominique MILLET-GÉRARD : "Mystère des êtres, mystère des choses, mystère du verbe : Saint-Pol-Roux, Francis Jammes, Armand Godoy" - p. 151-165
  • Mikaël LUGAN : "Le Magnifique & les Surréalistes : un malentendu poétique ?" - p. 167-186
Ambitions d'une œuvre
  • Jacques GOORMA : "La poésie comme force d'union et d'émancipation. Schéma de l'idéoréalisme" - p. 189-201
  • Odile HAMOT : "Portrait du poète en Ézéchiel" - p. 203-212
  • Nicolas TOCQUER : "Saint-Pol-Roux, Jean Royère : correspondance" - p. 213-226
  • Jean-Michel KERVRAN : "Ébauche d'une réflexion autour des notions d'éthique et d'esthétique chez Saint-Pol-Roux" - p. 227-234
  • Françoise DANIEL : "Saint-Pol-Roux et le primitivisme" - p. 235-241
  • Marie-Josette LE HAN : "Le poète, pèlerin de la charité..." - p. 243-249
  • Bibliographie sélective - p. 251
  • Index - p. 253-258
Pour toute commande : rendez-vous sur le site des Presses Universitaires de Rennes. Les membres de la "Société des Amis de Saint-Pol-Roux" devraient pouvoir bénéficier d'une remise significative. Que ces derniers me contactent pour réserver un exemplaire.

vendredi 5 mars 2010

Vient de paraître : LITANIES DE LA MER, reproduction Fac-Similé de la symphonie verbale, inédite, de Saint-Pol-Roux


LITANIES DE LA MER, précédées de "Pour une Cathédrale du Verbe" par René Rougerie - Rougerie éditeur, Mortemart, 2010. Reproduction en Fac-Similé du manuscrit de Saint-Pol-Roux, tirée à 500 exemplaires. [ISBN 978-2-85668-158-9] - 21 €.
On en reparle bientôt...

samedi 2 janvier 2010

Vient de paraître : LES HISTOIRES HETEROCLITES suivi du DESTRUCTEUR, de Remy de GOURMONT (Les Âmes d'Atala éditions)

L'an X s'ouvre sous les meilleurs auspices éditoriaux puisque vient de paraître un nouveau volume de Remy de Gourmont : Histoires hétéroclites suivi du Destructeur, qu'il est juste et professionnel de décrire synthétiquement comme une édition collective en partie originale. C'est une bonne nouvelle pour les amateurs de l'ours à écrire, et c'est une bonne nouvelle pour les amis de Saint-Pol-Roux qui savent en quelle estime le Magnifique tenait Remy de Gourmont, ce contemporain capital auquel il semblerait qu'on rende enfin la place décisive qui lui revient. Mais de quoi s'agit-il exactement ?
"Ces textes de Remy de Gourmont, réunis par Christian Buat & Mikaël Lugan, — et postfacés par ce dernier, — ont pour commun d’avoir connu une édition pré-originale, journal ou revue, et de n’avoir jamais été, — à quelques exceptions près, — recueillis par la suite. L’ordre suivi est chronologique, sauf pour sept textes révélés être les chapitres d’un roman inédit, — et incomplet : le Destructeur."
Autant dire que c'est tout le talent du conteur, jamais très-éloigné du penseur, qui nous est offert ici, dans sa formidable variété.


Le mot s'impose en effet ; il apparaît dès l'avis au lecteur, dû à Christian Buat, maître-gourmontien et maître-entoileur du site dédié à l'auteur ; et le postfacier ne manque pas de le reprendre comme un sésame de l'oeuvre :
"Variété, tel est, en effet, le mot qui ne manquera de s’imposer au lecteur de ce recueil ; car ces histoires hétéroclites, qui empruntent à tous les genres fictionnels — nouvelles, contes, traductions, dialogues, faits divers, etc. — ou en inventent, sont à l’image de la curiosité et du génie de leur auteur, infatigable promeneur dans le jardin anarchique et luxuriant des lettres. Si Remy de Gourmont, — poète, dramaturge, romancier, théoricien du symbolisme, — compte parmi les grands érudits de son temps, son érudition, jamais, ne put s’attacher à un domaine culturel, artistique ou scientifique particulier. Aussi, nul ne fut moins spécialiste que cet amateur ; et nul ne fut moins dilettante. Sa curiosité guette les transformations des hommes et de l’époque ; elle place le penseur, l’écrivain au cœur même de son siècle. On sait que, souffrant d’une difformité faciale, Remy de Gourmont ne quittait qu’occasionnellement son appartement de la rue des Saints-Pères ; pourtant, cet ermitage n’avait pas l’allure hautaine des tours d’ivoire sur les parois desquelles les soubresauts du monde viennent généralement mourir. Curieux de toutes les histoires et de toutes les actualités, Remy de Gourmont ne fut pas l’homme d’une école ; et si sa fidélité au symbolisme, qui lui procura en 1886 le « frisson esthétique » qui devait orienter durablement son œuvre, ne se démentit jamais, il sut évoluer, à l’instar de ses amis poètes, Henri de Régnier, Francis Vielé-Griffin, Saint-Pol-Roux et quelques autres, se libérant des tics, tics et tics qui menaçaient de scléroser le mouvement et de l’ériger en fabrique de littérature fin-de-siècle."
Est-il besoin de préciser que je conseille vivement la lecture de Remy de Gourmont et, parmi beaucoup d'autres, de ce volume-ci qui condense trente années d'écriture, et dont la moindre des qualités est de nous donner à lire l'évolution d'un style, des premières nouvelles d'inspiration naturaliste aux contes destinés aux lecteurs des feuilles quotidiennes, en passant par les proses symbolistes à haute densité poétique et par le maldororien Destructeur ?
On s'informe ou on passe commande auprès de l'éditeur : les Âmes d'Atala, qui nous avait déjà fait bien terminer l'an IX en nous adressant la troisième opération d'AMER, revue finissante.
HISTOIRES HETEROCLITES suivi du DESTRUCTEUR, textes recueillis par Christian Buat & Mikaël Lugan, Les Âmes d'Atala éditions, 2009 (168 p., tiré à 200 exemplaires, 5 €).

samedi 11 juillet 2009

Le fac-simile de l'Almanach du Père Ubu offert : c'est la dernière tournée de L'Etoile-Absinthe

J'ai eu la merveilleuse idée, l'année du centenaire de l'éclipse jarryque, d'enfin adhérer à la Société des Amis d'Alfred Jarry et, depuis, je bénéficie tous les six mois des tournées de L'Etoile-Absinthe, qui fête, en 2009, ses trente ans d'existence. La dernière livraison est à la hauteur de la célébration : Commentaires pour servir à la lecture de L'Almanach du Père Ubu Illustré 1899, c'est son titre. Et c'est effectivement une glose des plus minutieuses, page après page, de cette oeuvre point très-connue de Jarry. Henri Béhar, Marieke Dubbelboer et Jean-Paul Morel en ont creusé le texte pour en déterrer la moindre source ou influence, les emprunts, les collages, identifier les personnes citées et mettre au jour certaines ténèbres textuelles. Bien sûr, ce travail critique pourra paraître vain et plus obscur encore à qui n'a pas l'original et rare petit livre en tête ou sous les yeux. Mais c'est mal connaître la SAAJ qui a eu le génie d'adjoindre à son herméneutique tournée le premier fac-simile de l'Almanach du Père Ubu illustré (janvier-février-mars 1899). De sorte qu'aucun commentaire ne se trouve orphelin.

L'almanach était alors à la mode. Les éditeurs en avaient fait un outil promotionnel et un rendez-vous annuel. Le lecteur, ou plutôt l'usager, pouvant y trouver, en plus d'un calendrier exhaustif, des bons plans, recettes de grand-mère, conseils pour la vie quotidienne, idées de loisirs, et publicités pour les dernières parutions. Le Mercure de France, lui-même, entre 1896 et 1898, eut son almanach, collectif et dirigé par Robert de Souza ; néanmoins il y avait là d'autres préoccupations et l'objet ordinaire de ce genre de publication y était poétiquement et supérieurement dévoyé. Certes, il s'agissait toujours de promouvoir la maison d'édition en réservant les douze mois à douze poètes publiés par la revue ; mais il s'agissait aussi, et surtout, d'illustrer et défendre le Symbolisme - Saint-Georges de Bouhélier et ses naturistes ne ménageaient alors pas leurs attaques - en exhibant, dodécuplée, une de ses conquêtes : le vers libre. Autant dire que le vulgaire en était exilé.

Jarry, quant à lui, se réclame explicitement de la tradition de l'almanach - tel qu'Hachette, par exemple, a pu le diffuser - multiplitant les emprunts à l'actualité ou à des livres anciens ; certains quasi sans retouche, tant ils sont conformes à l'esprit d'Ubu, à l'exemple des farfelues "connaissances utiles" des pages 12 à 15 qui reprennent les secrets du Seigneur Alexis Piémontais édités en 1564 ; d'autres, issus des almanachs traditionnels, sont détournés, ainsi de la classique annonce des éclipses solaires et lunaires, auxquelles Jarry ajoute une "Eclipse du Père Ubu" :
Eclipse partielle du Père Ubu les 29, 30 et 31 février.
Les pages promotionnelles ne manquent pas non plus, qui mettent en avant les oeuvres de l'auteur, des amis, Bonnard, Franc-Nohain, Claude Terrasse, et des revues éditrices, Mercure de France, Revue Blanche, ou hospitalières pour Jarry, La Critique.

Toutefois, derrière la forme et les emprunts traditionnels, cet Almanach du Père Ubu est incontestablement une oeuvre moderne. Par son tour parodique, évidemment ; non moins évidemment, parce qu'il se réclame (et les encarts publicitaires en sont un signe) d'un petit groupe, le Phalanstère de Corbeil, dont seuls quelques initiés connaissent l'existence, et plus largement des symbolistes (cf. la "nécrologie" de Mallarmé). L'Almanach s'inscrit donc à l'avant-garde et dans un en-avant des "lettres et des arts" qui permet à Jarry, guide idéal, d'en énumérer épithéthomériquement l'essentielle population :
Carrière celui qui vaporise.
Bergerat celui qui va-t-en guerre.
(...)
Rachilde celle qui hors-nature.
Vallette celui qui Mercure.
Natanson ceux qui Revuent Blanche.
(...)
Saint-Pol Roux celui qui magnifique...
L'apparition de ce dernier nom m'oblige à faire deux petites rectifications au sujet de la note que les commentateurs lui consacrent, en haut de la page 61 :
(39) Saint-Pol Roux, celui qui magnifique.
Saint-Pol Roux, dit le Magnifique [= Paul-Pierre Roux] (Saint-Henry/Marseille, 15 janv. 1861 - Brest, 18 oct. 1940), poète, auteur du "Manifeste du magnificisme" (1895).
"Saint-Pol-Roux", bien que Jarry et d'autres l'aient écrit ou continuent de l'écrire avec un trait d'union, en prend deux. Et il n'existe pas, dans l'oeuvre de Saint-Pol-Roux, de texte qu'il intitulât "Manifeste du magnificisme", comme il ne parut pas d'écrit du poète pouvant s'apparenter à un manifeste dans le courant de l'année 1895 ; les trois textes qui pourraient relever de ce genre et qui, d'ailleurs en relèvent, sont : la réponse à l'enquête de Jules Huret (1891), De l'art Magnifique (1892) et le "Liminaire" des Reposoirs de la Procession (1893), tous trois antérieurs. C'est une erreur qui se retrouve quelques fois. C'est la seule ou l'une des rares qu'on trouve dans cette intéressante tournée de L'Etoile-Absinthe. Il fallait la signaler : non pas point noir, mais grain de beauté.
L'ETOILE-ABSINTHE - tournées 121-122 - Société des Amis d'Alfred Jarry : COMMENTAIRES POUR SERVIR A LA LECTURE DE L'ALMANACH DU PERE UBU ILLUSTRE 1899, par Henri Béhar, Marieke Dubbelboer et Jean-Paul Morel - SAAJ (Laval) & Du Lérot éditeur (Tusson), 2009. Accompagnée du fac simile de L'Almanach du Père Ubu illustré. Pour tout renseignement ou pour commander : schuh(at)noos.fr.
Nota : Je vais sans doute devoir faire une pause de quelques jours dans mon défi "une recension par jour". Jusqu'à mercredi.

jeudi 9 juillet 2009

Vient d'apparaître : SCRIPSI n°4-5 - "Dialogues oubliés"

J'ai pris un retard considérable sur tout ce que j'avais projeté de réaliser ces derniers mois. Les projets se sont ajoutés aux projets sans qu'aucun n'avance de façon rassurante. Tout de même, j'aperçois la quatrième livraison du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, qui pointe son nez, plus très loin maintenant d'apparaître en son entier au grand jour estival. Et je ne parle pas de la liste des billets à écrire... J'ai sur ma table de travail quatre ou cinq livres dont je veux dire un mot ou deux depuis longtemps, et sur lesquels d'autres, intéressants aussi, et passionnants parfois, sont venus peser. Mais ne nous plaignons pas, cher SPiRitus, car c'est un ravissement qu'une pile de livres, et, prenant la paresse par le poil de main, lançons-nous plutôt le défi de consacrer un billet par jour à l'un de ces livres reçus. Oui, faisons cela... et commençons par le dernier arrivé, puisque, comme chacun sait, il lui revient, d'après les écritures, d'être le premier.

Les deux précédentes livraisons de SCRIPSI, le Bulletin du site des Amateurs de Remy de Gourmont, figuraient en bonne place parmi les recensions prévues que je remis constamment à plus tard, un plus tard qui devint horizon inaccessible. Christian Buat y avait pourtant réuni des documents bien nécessaires à la compréhension de ce que fut le Mercure de France. Dans 'Pataphysique, Jambons & P'tites Fourmis, comme dans Avoir les colombins, c'est toute une vie peu connue de la revue d'Alfred Vallette, qui apparaît, insufflée ou animée par Gourmont. Une vie de débats et d'échanges, entre rédacteurs du Mercure, spécialistes reconnus et lecteurs anonymes, qui alimenta la rubrique des "Echos", parfois sur plusieurs lustres. Et il faut dire que beaucoup de ces considérations sur l'histoire des jambons de M. Cornetz suspendus dans la charcuterie d'un univers soumis aux lois de la relativité, ou sur l'argot des tranchées, sont savoureuses. Qui voudrait rédiger une étude sur le Mercure de France serait bien avisé de consulter ces numéros, mieux encore : de les posséder.

Mais je ne peux m'étendre plus, car voici déjà le n°4-5, qui est pour tout gourmontien, une livraison de première importance, puisqu'elle recueille pas moins de cinq "Dialogues oubliés", comprenez cinq "dialogues des amateurs", parus au Mercure, qui ne furent pas repris dans les deux volumes publiés dans la maison d'édition de la revue. De toute l'oeuvre protéiforme de Remy de Gourmont, ce sont, avec les contes et les romans, les écrits que je préfère. Que ce solitaire ait éprouvé, un beau jour de 1905, la nécessité de se dédoubler et, se dissociant, d'extérioriser son ininterrompue conversation psychique, m'émeut beaucoup. Et il est troublant, n'est-ce pas, qu'il ait nommé les deux personnages issus de son génial esprit dialogique, M. Desmaisons & M. Delarue, comme pour manifester cette tension intime entre la réclusion subie et le désir de plein jour, ce désir-là étant a fortiori sexué.
M. DESM. - Faut-il donc maintenant rester chez soi et ne regarder la vie que par le rideau levé ?
M. DEL. - J'en ai peur. Et puis, vous le dirai-je, le dehors m'attire de moins en moins, surtout le dehors un peu lointain. Que voit-on en voyage ? Des choses vertes, des gares avec des gens ahuris, des cathédrales, des musées, des sables et puis de l'eau. Mais si nous restons chez nous, nous regretterons tout cela.
[...]
M. DESM. - Nous savons trop ce qui nous attend, à Fontainebleau comme à Bénarès, à Rome comme à Saint-Valery-en Caux. L'imagination n'est que de l'ignorance. Mais quand on n'imagine plus, on ne désire plus.
M. DEL. - Et quand on ne désire plus, c'est la fin de tout. En êtes-vous là ?
M. DESM. - Non pas, car j'ai encore la curiosité, et c'est une autre source du désir. Avec de la curiosité, on ne vieillit jamais tout à fait.
M. DEL. - Vous me refaites optimiste, vous me rafraîchissez. [...] Je suis plein de curiosités et je m'en vais décidément aller voir comment sont faites, cette année, les femmes des plages.
Je ne cite pas la suite, qui est délicieuse. Il vous faudra la découvrir par vous-même. Pourquoi Gourmont les omit-il, ces cinq dialogues ? Je suis d'accord avec Christian Buat : il s'agit probablement d'une négligence, car ils ne sont pas moins drôles, cruels, intelligents que ceux recueillis en volume. Un exemple : n'est-il pas merveilleux ce paradoxe qui ouvre "La Pluie" et s'achève en pointe féroce ? "Oui, je soutiens que la pluie, la pluie d'été, la vraie pluie, répand sur nous de multiples bienfaits. D'abord elle empêche les imbéciles d'aller se promener." Et celui-ci, d'une ironie et d'une poésie également admirables, toujours dans le même dialogue ?
M. DEL. - Voudriez-vous que la pluie tombât à jour fixe, ou la nuit, ou par saison, comme aux tropiques ?
M. DESM. - Non, certes. Où serait la leçon ? Les pays à pluie fixe ne seront jamais civilisés, car ils manqueront toujours du plus beau sujet de méditation philosophique, qui est la pluie imprévue.
M. DEL. - Ils ont les cyclones.
M. DESM. - Heureusement. Sans cela, comment auraient-ils appris qu'il n'arrive jamais que ce qui ne devait pas arriver ? Et alors, comment cultiveraient-ils l'intelligence, qui ne fleurit que sous des cieux illogiques ? C'est un grand malheur que l'on s'entête à enseigner aux enfants que deux et deux font quatre. Une telle notion est assez maligne pour gâter les plus beaux esprits. Mais nous avons la pluie qui nous enseigne que deux et deux font n'importe quoi ou rien du tout, selon les circonstances. Bénissons la pluie. Avez-vous quelquefois béni la pluie ?
Réfrénons nos ardeurs citatives ; on ne s'arrêterait pas. Il me faut tout de même dire un mot du premier de ces "dialogues oubliés", qui est aussi le premier publié par l'auteur dans le Mercure de France. Il porte le titre général de "Dialogue des Amateurs" et donne le sens à ce dernier mot, si essentiel, dans l'esprit et l'oeuvre de Gourmont. Son omission est donc plus problématique et méritera que les "nobles descendants" du Sixtin formulent des hypothèses. Ils n'y manqueront pas, sans doute. En attendant, je veux citer une dernière fois un passage de ce dialogue originel : à coup sûr, une confidence de Gourmont, qui fait bel écho en moi.
M. DEL. - (...) Vraiment je bénis les symbolistes. Sans eux, je n'aurais pas été bibliophile. Ils m'ont donné le goût du livre curieux et, par surcroît, le goût de l'art, le goût des beaux vers, le goût des belles phrases, le goût des idées. Ils m'ont rajeuni.
Une traduction et des pastiches espagnols des "dialogues", retrouvés par Antonio Henriquez, complètent cette livraison et prouvent, s'il en était besoin, que l'influence de l'oeuvre gourmontienne se fit sentir bien au-delà des frontières nationales. Ah, vraiment, quel plaisir que ce numéro de SCRIPSI ! La lecture en est réjouissante. Et vivifiante. Une perle de culture. Si un jeune lecteur ou une jeune lectrice me demandait par quel(s) livre(s) de Gourmont commencer, je lui répondrais sans hésiter : lisez les Dialogues des Amateurs, mais, en attendant le jour où vous les trouverez chez un bouquiniste, puisqu'ils n'ont pas été réédités encore, commandez vite sur le site des Amateurs de Remy de Gourmont, dans l'espoir qu'il subsiste un ou deux exemplaires des 40 qui furent imprimés, adornés d'une reproduction volante de l'ex-libris de l'auteur, le n°4-5 de SCRIPSI. Il ne vous en coûtera que dix euros franco de port.

mercredi 8 juillet 2009

Vient de paraître : EMILE BOISSIER, Anthologie poétique.

Le nom d'Emile Boissier ne paraîtra pas inouï au visiteur fidèle du blog Han Ryner ou des Féeries Intérieures. Trois billets lui furent déjà consacrés ici (1, 2, 3) et au moins autant là (1, 2, 3). Faut dire que l'oeuvre et la vie de ce beau et rare poète nantais ne nous laissent pas indifférent. Aussi est-ce une sorte d'événement que la parution de cette Anthologie poétique, réunie à force de recherches, de passion et d'obstination par le seul Jean-Pierre Fleury, qui lui a ajouté d'imposantes préface et postface, et d'utiles notes. J'aurai bien évidemment l'occasion d'y revenir prochainement, lorsque j'en aurai achevé la lecture. Contentons-nous, pour l'heure, de la présentation de l'éditeur.

EMILE BOISSIER, CET INCONNU
Emile Boissier, poète nantais (1870-1905), est complètement oublié dans sa ville de naissance et de mort.
Mais ce même Boissier a su séduire Jean-Pierre Fleury (né en 1951), qui a consacré des années à étudier la vie de toute une contrée de gens humbles, fiers et droits : la Grande Brière, pays perdu de la Basse-Loire de marécageuse histoire, et ses Briérons. Une région proche en mystères des limbes vaporeuses d'un Boissier.
Quelques originaux, amoureux des arts passés et de l'Art vrai et frais, commencent à le faire revivre. Trop bon, trop discret, trop aimant, trop naïf, trop idéaliste notre poète. Il n'a pas suffi qu'il servît de nègres à quelques industriels de l'écriture, ni qu'il fût humble et sincère ami de Han Ryner l'Anarcho, de Saint-Pol-Roux le Magnifique, de Mérodack-Jeaneau le Fauve. Il n'a pas suffi non plus qu'il accompagnât si discrètement les derniers temps de Paul Verlaine, ou qu'il apparût à ses contemporains comme l'un des maîtres tardifs du Symbolisme, à l'égal d'un Albert Samain. Emile Boissier est mort au Panthéon des braves de la Poésie généreuse, idéaliste et pérenne. Pas même reconnu petit-maître. Au Panthéon des laissés-pour-compte, où l'on retrouve pêle-mêle une myriade d'étincelants artistes de l'écriture - oubliés, bannis, phagocytés : Laurent Tailhade, Paul-Jean Toulet, Charles-Louis Philippe, Renée Vivien, Hugues Rebell, et enfin le maître ès styles Léon Bloy, le génial et inclassable entrepreneur en démolitions. Et tant et tant d'autres malheureux torturés d'art, furieusement artistes, d'oeuvre courte, mais cruciale. La plupart ont disparu, souvent jeunes, dans la misère, le suicide, ou pour les moins chanceux lors de la sinistre boucherie de 14-18.
EMILE BOISSIER - Anthologie poétique - choix des textes, préface, postface, notes et bibliographie de Jean-Pierre Fleury - Casa Cărţii de Ştiinţă, Roumanie, 2009 (304 pages). Ouvrage tiré à 200 exemplaires.

mercredi 22 avril 2009

Une recension du "Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux" dans les Cahiers Octave Mirbeau (n°16)

Après les Cahiers d'Occitanie, sous la plume de Jean-Pierre Crystal, après Histoires littéraires, en sa trente-sixième livraison, c'est au tour des Cahiers Octave Mirbeau de saluer l'existence du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux. Le n°16 vient juste de paraître sous la direction de l'excellent Pierre Michel. En voici le sommaire :

PREMIÈRE PARTIE : ÉTUDES
  • Pierre MICHEL : "Octave Mirbeau et les personnages reparaissants"
  • Yannick LEMARIÉ : "L’Abbé Jules : de la révolte des fils aux zigzags de la filiation"
  • Fabienne MASSIANI-LEBAHAR : "Les états mystiques dans l’œuvre d’Octave Mirbeau"
  • Robert ZIEGLER : "Le chien, le perroquet et l’homme, dans Le Journal d’une femme de chambre"
  • Claude HERZFELD : "Mirbeau et Fromentin chez les “peintres du Nord”"
  • Christian LIMOUSIN : "En visitant les expos avec Mirbeau"
  • Arnaud VAREILLE : "Le “mentir-vrai” de la chronique mirbellienne"
  • Samuel LAIR : "Quelques observations sur les rapports entre Octave Mirbeau et Gustave Geffroy, à travers leur correspondance"
  • Sonia ANTON : "Style, poétique et genèse : propositions de lecture de la Correspondance générale d’Octave Mirbeau"
  • Antigone SAMIOU : "La Réception de Mirbeau en Grèce"
  • Jean-Claude DELAUNEY : "Mirbeau bibliophile, ou des clés pour la bibliothèque d’Octave"
  • Jean-Claude DELAUNEY : "Tableau synoptique des livres constituant la bibliothèque d'Octave Mirbeau"
DEUXIÈME PARTIE : DOCUMENTS
  • Tristan JORDAN : "La Comédie-Française a-t-elle accueilli Alice Regnault ?"
  • Steve MURPHY : "Octave Mirbeau et un vers inédit de Rimbaud"
  • Pierre MICHEL : "Deux contes inconnus de Mirbeau traduits du tchèque" - Octave Mirbeau : "Le Petit nid d'amour" - Octave Mirbeau : "Pour l’éternité..."
  • Pierre MICHEL : "Un texte inconnu de Mirbeau en espagnol" - Octave Mirbeau : "Deux hommes honorables"
  • Pierre MICHEL : "Les romans de Mirbeau vus par l’Opus Dei"
  • Pierre MICHEL et Christian LIMOUSIN : "Octave Mirbeau et Paul Signac – Une lettre inédite de Signac à Mirbeau"
  • Pierre MICHEL : "Mirbeau et le paiement de l’amende de Zola pour J’accuse" - Octave Mirbeau : lettre inédite à Ernest Vaughan
  • Pierre MICHEL : "Octave Mirbeau et le néo-malthusianisme" - Octave Mirbeau : "Consultation" - Octave Mirbeau : "Brouardel et Boisleux" - Octave Mirbeau : "Dépopulation"
  • Pierre MICHEL : "Mirbeau vu par Aleister Crowley" - Aleister Crowley : "Octave Mirbeau"
  • Mathieu SCHNEIDER : "Contre la Russie, pour l’Allemagne – Un article inédit d'Octave Mirbeau paru dans la presse autrichienne" - Octave Mirbeau : "De l’alliance franco-russe"

TROISIÈME PARTIE : BIBLIOGRAPHIE

1. Œuvres d’Octave Mirbeau :
  • Correspondance générale, tome III (1895-1902), par Samuel Lair.
  • Correspondance Octave Mirbeau – Jules Huret, par Samuel Lair.
2. Études sur Octave Mirbeau :
  • Samuel Lair, Octave Mirbeau l’iconoclaste, par Claude Herzfeld
  • Claude Herzfeld, Octave Mirbeau – Aspects de la vie et de l’œuvre, par Pierre Michel
  • Claude Herzfeld, Octave Mirbeau – “Le Calvaire” – Étude du roman, par Pierre Michel
  • Éléonore Reverzy et Guy Ducrey (éd.), Voyage à travers l’Europe, autour de “La 628-E8” d’Octave Mirbeau, par Pierre Michel
3. Notes de lecture :
  • Wieslaw Malinowski (éd.), La Pologne et les Polonais dans la littérature française (XIVe – XIXe siècles), par Pierre Michel
  • Saulo Neiva (dir.), Déclin et confins de l’épopée au XIXe siècle : sur le "vieillir" d’une forme poétique, par Arnaud Vareille
  • Claude Herzfeld, Flaubert – Les problèmes de la jeunesse selon “L’Éducation sentimentale”, les écrits de jeunesse et les romans de formation, et Flaubert – “L’Éducation sentimentale” – Minutie et intensité, par Bernard Garreau
  • Auguste Villiers de l’Isle-Adam, Tableau de Paris sous la Commune, par Laurent Zaïche
  • Éléonore Reverzy commente “Nana”, d’Émile Zola, par Pierre Michel
  • Cahiers naturalistes, par Yannick Lemarié
  • Huysmans et les romans de la conversion, par Samuel Lair
  • Guy de Maupassant, Chroniques, par Pierre Michel
  • Guy Ducrey (éd.), Victorien Sardou, par Philippe Baron
  • Hélène Laplace-Claverie et alii (éd.), Le Théâtre français du XIXe siècle, par Philippe Baron
  • Andrea Mariani (éd.), Riscritture dell’Eden – Il giardino nell’immaginazione letteraria : da Oriente a Occidente, par Pierre Michel
  • Carmela Covato(éd.), Metamorfosi dell’identità. Per una storia delle pedagogie narrate, par Fernando Cipriani
  • Bertrand Marquer, Les Romans de la Salpêtrière – Réception d’une scénographie clinique : Jean-Martin Charcot dans l’imaginaire fin-de-siècle, par Céline Grenaud
  • Alain (Georges) Leduc, Résolument moderne – Gauguin céramiste, par Pierre Michel
  • Véronique Nora-Milin et alii, Eugène Carrière (1849-1906) – Catalogue raisonné de l'œuvre peint, par Sylvie Le Gratiet
  • Edmond et Jules de Goncourt, L'Art du XVIIIe siècle, par Christian Limousin
  • Jean Lorrain, Chroniques d'art, par Christian Limousin
  • Dominique Bona, Camille et Paul, La Passion Claudel, par Michel Brethenoux
  • Caroline Granier, Les Briseurs de formules – Les écrivains anarchistes à la fin du XIXe siècle, par Caroline Granier
  • Michel Ragon, Dictionnaire de l’Anarchie, par Clémence Arnoult
  • Philippe Oriol, Histoire de l’affaire Dreyfus, tome I, par Pierre Michel
  • Marguerite Audoux, Douce Lumière, par Bernard Garreau
  • David Van Reybrouck, Le Fléau, par Maxime Benoît-Jeannin
  • Jelena Novakovic et alii (éd.), Le Surréalisme en son temps et aujourd’hui, par Milica Vinaver-Kovic
  • Alain (Georges) Leduc, Roger Vailland (1907-1965). Un homme encombrant, par Élisabeth Legros
  • Carmen Boustani et alii (éd.), La Mutation du masculin et du patriarcat aujourd’hui, par Carmen Boustani
  • Claude Herzfeld, Jean Rouaud et “Le Trésor des humbles”, par Samuel Lair
  • Marc Bressant, La Dernière conférence, par Alain Gendrault
4. Bibliographie mirbellienne, par Pierre Michel

Nouvelles diverses
Mirbeau au théâtre – Mirbeau sur Internet – Le Jardin des supplices, opéra virtuel – Lettres inédites de Mirbeau à Hervieu – Staline et Mirbeau – René Ghil, Mirbeau et Saint-Pol-Roux – Mirbeau, les médecins et Arsène Lupin – Business is business au cinéma en 1915 – Rues Octave Mirbeau – Ramuz, Rey-Millet... et Mirbeau – Les Éditions du Boucher – Marcel Schwob – Jules Renard – Saint-Pol-Roux – Carrière et Besnard – Le Grognard, Amer et L’Œil bleu – Sophia
La Société Mirbeau, qui édite si riche Cahier, est, à l'image de son président, hyperactive. On ne peut qu'admirer une telle force de travail mise au service d'un des plus importants auteurs de l'entre-deux siècles ; et, en plus d'admirer, on peut aussi soutenir, c'est-à-dire être soi-même un peu de cette formidable énergie mirbélienne. Comment ? Eh bien, en adhérant ou en commandant l'une des fraîches parutions :
Modèle de commande à la
Société Octave Mirbeau
10 bis rue André Gautier
49000 ANGERS
Tél. : 02 41 66 84 64
Je soussigné(e)
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habitant à
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  • adhère à la Société Octave Mirbeau pour l’année 2009 (31 € ; 15,5 € étudiants ; 38 € correspondants étrangers)
  • commande les volumes suivants :
- Octave Mirbeau, Correspondance générale, tome I (1862-1888), L’Âge d’Homme, 2002, 929 pages, 35 € pour nos adhérents.
- Octave Mirbeau, Correspondance générale, tome II (1889-1894), L’Âge d’Homme, 2005, 969 pages, 35 € pour nos adhérents.
- Octave Mirbeau, Correspondance générale, tome III (1895-1902), L’Âge d’Homme, 2009, environ 1 000 pages, 45 € pour nos adhérents.
- Octave Mirbeau, Combats littéraires, L’Âge d’Homme, 2006, 704 pages, 35 € pour nos adhérents.
- Octave Mirbeau, Amours cocasses et Noces parisiennes, Nizet, 1995, 12 €.
- Pierre Michel, Octave Mirbeau, Les Acharnistes, 2008, 3,50 €.
- Pierre Michel, Lucidité, désespoir et écriture, Société Mirbeau, 2000, 8,50 €.
- Kinda Mubaideen (éd.), Un aller simple pour l'Octavie, Société Mirbeau, 2007, 64 pages, 10 €.
- Correspondance Octave Mirbeau - Jules Huret, Éditions du Lérot, 30 € ( 22 € pour nos adhérents).
Ci-joint un chèque de ... euros, à l’ordre de la Société Octave Mirbeau
Date ........................... signature
On peut aussi visiter les nombreux sites dédiés à Mirbeau : celui de l'association, le blog de Pierre Michel & Octave Mirbeau, le site de Pierre Michel, ou cet autre encore. On y trouve d'infinies ressources.

Je n'ai pas encore lu la dernière livraison en son intégralité, mais j'ai déjà goûté sans retenue l'étude de Jean-Claude Delauney, sur "Mirbeau bibliophile, ou des clés pour la bibliothèque d'Octave" (suivie du "tableau synoptique des livres constituant la bibliothèque d'Octave Mirbeau"), les commentaires de Steve Murphy sur le vers inédit de Rimbaud retrouvé récemment par Pierre Michel dans un article de Mirbeau, les gloses de Pierre Michel et Christian Limousin sur la lettre inédite de Paul Signac, les observations de Samuel Lair sur la correspondance Geffroy-Mirbeau, et, bien sûr, la recension, emmi les "Nouvelles diverses", de notre petit Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux (p. 367) :
Il y eut, après la mort du poète, créée par Auguste Bergot, une association des "Amis de Saint-Pol-Roux" qui disparut presque aussitôt. Aujourd’hui, les "Amis de Saint-Pol-Roux" ressuscitent ; mais l’appellation ne désigne encore qu’un groupe de chercheurs, d’amateurs et de curieux de l’œuvre magnifique officiant sur internet. Mikaël Lugan, qui est à l’origine de cette virtuelle réunion et qui rédige aussi le blog des Féeries intérieures, dédié au poète, aura éprouvé le besoin d’ajouter à ces deux entreprises une troisième qui fût plus palpable, de forme plus traditionnelle, puisqu’il vient de faire paraître, en l’espace de trois mois, les deux premiers numéros du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, charmants petits fascicules aux couvertures lilas et vert d’eau, et au tirage très-limité de 75 exemplaires "numérotés & paraphés de la main magnifique du compilateur". Car il s’agit de compilations ; ainsi la première livraison réunit-elle en vingt pages la plupart des articles qui accueillirent le premier recueil du poète : Les Reposoirs de la Procession (1893) ; quand la deuxième, plus dense et éditorialement plus aboutie, collecte ceux qui saluèrent la parution de La Dame à la Faulx (1899). Ils sont intéressants, ces dossiers de réception. Parce qu’ils situent Saint-Pol-Roux, dont on a trop souvent dit qu’il avait été oublié de ses contemporains, dans le Symbolisme et le champ littéraire fin de siècle ; et à lire les articles, pour beaucoup enthousiastes, de Catulle Mendès, Gourmont, Gide, Gregh, Emmanuel Signoret, Lucien Muhlfeld, Eekhoud, Edmond Pilon, de Max, Copeau, Gustave Kahn, etc., force est de constater que l’œuvre de Saint-Pol-Roux ne laissa pas son temps complètement indifférent. Ils sont intéressants aussi pour l’aperçu qu’ils nous donnent du discours critique symboliste et de ses limites, la poésie idéoréaliste, bien qu’issue du mouvement de 1886, annonçant déjà les bouleversements poétiques de la modernité.

Chaque livraison est introduite par une utile présentation de Mikaël Lugan. L’abonnement est de 15 € pour les trois premiers numéros.
Jacques Lieutaud.
Merci donc aux Cahiers Mirbeau, et rappelons que, depuis, un troisième numéro est apparu, que le tirage a été augmenté, pour les trois premières livraisons à 101 exemplaires, qu'il ne sera procédé, après épuisement, à aucune réimpression, et qu'il reste une quinzaine d'exemplaires de chaque numéro. Pour tout renseignement, un mèl à harcoland@gmail.com.

dimanche 11 janvier 2009

Vient de paraître : Jean ROYERE & André GIDE - Lettres (1907-1934) - "Votre affectueuse insistance"

On se souvient peut-être que Jean Royère fut l'auteur-mystère de notre jeu concours du mois de mars. On se souvient peut-être aussi que je donnai, quelques jours après que l'ami Zeb de Livrenblog eut fourni la bonne réponse, la bibliographie de cet important écrivain qui fut, entre 1905 & 1939, l'un des animateurs essentiels de la vie littéraire. Les "Amis de Saint-Pol-Roux"(1) savent, en outre, qu'il occupe une place de choix dans la vie du Magnifique. Plus qu'un ami fidèle, il lui fut un frère, et j'aurai l'occasion de revenir, dans un prochain numéro du Bulletin, sur cette poétique fraternité.

Les Editions du Clown Lyrique, qui sont décidément bien audacieuses, donc indispensables, publient aujourd'hui la correspondance inédite de Jean Royère & André Gide, soit 53 lettres échangées entre 1907 et 1934, recueillies, annotées & présentées par l'excellent Vincent Gogibu. Il est étonnant ce Vincent Gogibu qui, tout en oeuvrant à l'élaboration de la correspondance générale de Remy de Gourmont, une somme impressionnante à paraître prochainement, en quatre tomes, aux éditions du Sandre, s'est offert cette récréation épistolaire. J'admire l'énergie, l'endurance du bonhomme, et je me tais, n'ayant pas encore le volume en mains, pour laisser place à la présentation de l'éditeur :
Les éditions du Clown Lyrique présentent : Jean Royère – André Gide, Lettres (1907-1934) "Votre affectueuse insistance", réunies, annotées et présentées par Vincent Gogibu.

Cette correspondance inédite propose d’éclaircir les liens ténus qui unirent deux écrivains directeurs de revues aux convictions et aspirations différentes.

Jean Royère, homme de paradoxes ? Car tout en louant sans relâche le talent de Gide, le directeur de La Phalange traite par ailleurs le "maître illustre" de "vieux forban", et la N.R.F. de "revue de cons" très "potache distingué".

À l’heure des célébrations du centenaire de la N.R.F., on appréciera les jugements tranchés de Royère. Parmi les nombreuses correspondances d’André Gide, ce nouvel opus conforte la stature du "contemporain capital" et remet Jean Royère quelque peu sur le devant de la scène.

Jean Royère – André Gide, Lettres (1907-1934) "Votre affectueuse insistance", 53 lettres (dont 18 de Gide), Paris, éditions du Clown Lyrique, 2008, 16 €.

Il a été également tiré 30 exemplaires sur papier vert numérotés et signés par les éditeurs, ils sont agrémentés d’un tiré à part du portrait de Jean Royère (30 €).

OFFRE SPÉCIALE : Jean Royère – André Gide, Lettres (1907-1934) + Jean Royère, En Avignon, (éditions du Clown Lyrique, 2008) : 20 € frais de port offerts.

Pour tout renseignement & commande :

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(1) On trouve plusieurs pages consacrées aux entreprises de Jean Royère (une grande partie des sommaires de la revue Le Manuscrit autographe ; une page dédié à Plume au vent, revue éphémère codirigée par Royère ; la bibliographie de la Collection La Phalange chez l'éditeur Albert Messein) sur le groupe des "Amis de Saint-Pol-Roux". Pour plus de renseignements sur le groupe et pour rejoindre les 50 membres, rendez-vous ici.