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samedi 14 mars 2009

Saint-Pol-Roux : "portrait chinois", par Jean-Pierre Guillon

Le 24 décembre dernier, je reproduisais la belle lettre que Jean-Pierre Guillon m'écrivit en réponse au questionnaire que je lui adressai et qui avait servi de base aux entretiens entoilés au printemps 2008 ; "Pour le "portrait chinois", je verrais peut-être plus tard", avait-il noté en conclusion de son épistole. Le "plus tard" advint tout récemment et je puis, ce soir, compléter la lettre initiale de Jean-Pierre Guillon, en donnant ici le "portrait chinois" de Saint-Pol-Roux qu'il a eu l'amabilité de me communiquer.

***

1. un animal : le paon faisant la roue. - 2. un végétal : la crosse de fougère. - 3. une pierre (semi)précieuse : le galet brut. - 4. un objet : le télégraphe de Chappe. - 5. un moyen de locomotion : le patin à roulettes. - 6. un lieu : une maison, chaumière le jour, château la nuit. - 7. une couleur : rose-bonbon. - 8. un parfum : le parfum naturel qui se dégage d'une plantation d'orangers en fleurs. - 9. un être mythologique : Orphée retrouvant Eurydice. - 10. une heure du jour : le lever de soleil. - 11. un événement historique : L'Eden : ouverture du Paradis Terrestre. - 12. un péché capital : l'orgueil de la cocotte et du nouveau-né. - 13. un sentiment : la délicatesse. - 14. un artiste : (à l'époque qui m'occupe) Gauguin. - 15. un vers : « le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui... »

***

Nota : Le Grand Jeu concours court toujours. Le visiteur sèche, comme un fruit tombé. Ses neurones s'agitent, vifs, puis, vaincus et caprifiés, pendouillent. Et le bonhomme, - qui n'est ni Fargue, ni Larbaud, ni Vielé-Griffin, ni Béraud, Bruant, Bourges, ou Charles-Louis Philippe, qui n'est pas même Beucler, Carco ou Ferdinand Herold -, en son portrait, se moque, fait la ... nique. Se sentirait-il devenu à ce point inaccessible, tel le petit singe perché sur un trop exotique banian ? Vos réponses en commentaires ou ici : harcoland@gmail.com.

lundi 29 décembre 2008

SPiRitus S'entRetient avec Jacques Simonelli

SPiRitus S'entRetient avec

Jacques Simonelli
[Chroniqueur d’art, éditeur, a publié plusieurs titres de Georges Ribemont-Dessaignes, et les Voyages en kaléidoscope d’Irène Hillel-Erlanger aux éditions Allia. Dans le domaine romantique, il a édité les Lettres d’Algérie de Petrus Borel aux éditions de la Barbacane, les Mémoires et autres écrits de Pierre François Lacenaire, et Un roman pour les cuisinières d’Emile Cabanon à la librairie José Corti. Ses études sur l’inspiration alchimique chez Irène Hillel-Erlanger et Emile Cabanon se prolongent dans une série d’articles sur le romancier Maurice Fourré, confiées régulièrement au bulletin de l’AAMF (Association des Amis de Maurice Fourré, 10 rue Yvonne Le Tac, 75018 Paris). Il prépare une étude sur les fresques symboliques du monastère de Cimiez (Nice) et un livre d’artiste avec le peintre Jean-Jacques Laurent.]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l’œuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende (si oui, comment ?) ?

Jacques Simonelli : J’ai connu la poésie de Saint-Pol-Roux à la fois par la belle anthologie d’Alain Jouffroy (1966), parée des prestiges novateurs du surréalisme, et par le Florilège paru en 1943, avec sa couverture à la corbeille de fleurs imprimée en vert sur fond blanc - blanc, autant que pouvait l’être le triste papier des années de guerre - et les illustrations de Méheut, rendues plus désuètes par la qualité médiocre du support. Ces deux livres, présentant sous des aspects si contrastés et des éclairages si différents un même poète, m’ont tout de suite rendu sensible le grand écart que manifeste l’œuvre de Saint-Pol-Roux, écart entre lui-même et la littérature, entre la Bretagne choisie (et combien, méridional que je suis comme Paul Roux, me touche ce choix : oui, Bretagne est Univers !) contre Paris où ses premières œuvres ne furent pas sans accueil, écart surtout entre les formes si variées de son écriture, des cimes les plus hautes du Symbolisme à des antiennes de gens de mer et de paysans que n’auraient pas reniées Morven le Gaélique.

Avant d’avoir lu ces livres, je ne savais du poète que ce qu’en disait, dans ses Entretiens, André Breton, auquel je dois, évidemment, bien d’autres lectures.

SPiR. : Qu’avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?

Jacques Simonelli : Ayant d’abord lu et relu les poèmes d’Anciennetés, la fascination que l’on éprouve à découvrir une mélodie nouvelle, dont les harmonies éveillent pourtant les échos d’une mémoire souterraine, puis l’admiration pour la richesse et la maîtrise verbales et - mais on l’a dit si souvent - la nouveauté des métaphores.

SPiR. : A ce jour, qu’avez-vous lu de son œuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?

Jacques Simonelli : A part les deux choix de textes cités, et celui de Théophile Briant (collection Poètes d’aujourd’hui), je possède, et j’ai lu, les titres suivants :
  • Les Reposoirs de la procession, Mercure de France, 1893
  • La Dame à la faulx, Mercure de France, 1899, mention de deuxième édition (mon exemplaire appartenait au poète et critique belge Georges Marlow)
  • Anciennetés, Editions du Seuil, 1946
  • Les Reposoirs de la procession, Rougerie, 1980-1981 (trois volumes)
  • La Dame à la faulx, Rougerie, 1979
  • Le Trésor de l’Homme, Rougerie, 1970
  • Correspondance avec Victor Segalen, 1975
SPiR. : Quels sont, parmi ses ouvrages (parutions posthumes comprises), ceux que vous préférez ? Sauriez-vous dire pourquoi ?

Jacques Simonelli : Anciennetés, pour la perfection de l’ensemble du recueil. Les Reposoirs, qui contiennent quelques très beaux poèmes, me paraissent n’être pas toujours d’aussi haute tension, même si bien souvent « l’étincelle (y) jaillit du baiser des pôles contraires » (pour citer l’importante réponse du poète à l’Enquête sur l’Evolution littéraire, de Jules Huret, Bibliothèque Charpentier, 1891).

SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?

Jacques Simonelli :
La chevelure en pleurs à la façon des saules,
L’intruse se leva comme on sort de la mer
(La Magdeleine aux parfums)
Ou :
Le désert s’oubliait dans l’urne des margelles,
La palombe ramait par les ors du matin
(Lazare)
SPiR. : Quelle première œuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?

Jacques Simonelli : Le choix d’Alain Jouffroy.

SPiR. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote personnelle, de lecture, de recherche, de chine, ou autre, où Saint-Pol-Roux joue un rôle important ?

Jacques Simonelli : Allant volontiers en Bretagne, j’ai souvent eu le désir, toujours contrarié par les circonstances, de me rendre à Camaret. Aussi ferai-je exprès le voyage, afin de saluer, en même temps que les tours d’Elven qui les préfigurent si étrangement, les ruines du manoir aboli, pour moi symbole de la destruction des formes sensibles du monde qui achève de s’opérer sous nos yeux, non plus « au seuil » mais au beau milieu « du marché de la Bêtise Humaine » ("Le panier de fruits", in La rose et les épines du chemin).

SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle « datée » ?

Jacques Simonelli : La poésie de Saint-Pol-Roux, comme il l’écrit lui-même, va « d’un reflux de siècles passés en un flux de siècles épanouis ». En perpétuel devenir, elle tend, d’orbe en orbe, vers l’universel. Datée certes (comment un texte ne le serait-il pas) par tels aspects de son écriture, elle dépasse en fait toute question d’époque, si elle débouche parfois (un peu comme certaines proses de Gaspard de la nuit) sur la suggestion d’un temps hors temps, dilaté au-delà de la durée ("Les deux serpents qui burent trop de lait", "Soir de brebis", le final de "Nocturne", dans De la colombe au corbeau par le paon).

SPiR. : Pensez-vous que son œuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?

Jacques Simonelli : Le futurisme italien, pour l’exaltation de la technique, de la vitesse ("L’œil goinfre", La randonnée) – et c’est ce qui me touche le moins dans son œuvre, et bien sûr, le surréalisme, qui se réclame de son influence, pour sa conception de l’image poétique, « diamant extrait de deux contraires » et de l’inspiration comme « dictée intérieure » ("Le poète", in De la colombe au corbeau par le paon). Fait moins connu, un poème de lui figure dans le premier numéro du Grand Jeu, et Rolland de Renéville lui consacre une étude importante dans son Univers de la parole. Son influence sur des poètes ne participant à aucun mouvement est aussi sensible, par exemple dans les essais théâtraux de Victor Segalen.

SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son œuvre ?

Jacques Simonelli : Son retrait volontaire de la vie littéraire, le fait qu’après le troisième volume des Reposoirs de la procession (1907), ses textes ne soient plus publiés qu’en Bretagne, de manière presque confidentielle, l’avaient déjà marginalisé. Depuis, l’esprit de routine, rétif à toute originalité formelle - et celle de Saint-Pol-Roux est grande, parfois déroutante - aura fait le reste.

SPiR. : Faites le « portrait chinois » du Magnifique.

Jacques Simonelli : 1. un animal : « Goéland : œil de corsaire ! » ("Oiseaux", in De la colombe au corbeau par le paon). - 2. un végétal : Fougère. - 3. une pierre (semi)précieuse : Sardoine. - 4. un objet : Lampe. - 5. un moyen de locomotion : Rapide. - 6. un lieu : Rochers sculptés de Rothéneuf. - 7. une couleur : Auburn. - 8. un parfum : Cèdre. - 9. un être mythologique : Protée. - 10. une heure du jour : Les deux crépuscules. - 11. un événement historique : La visite des Rois-Mages. - 12. un péché capital : Aucun. - 13. un sentiment : Amour (voir Germain Nouveau). - 14. un artiste : Adolphe Monticelli, ou, presque à l’opposé, César Franck. - 15. un vers : « A la matière même un verbe est attaché » (Nerval, Vers dorés).

SPiR. : Pour finir, à quelle question sur le poète ou son œuvre, non posée ici, auriez-vous aimé répondre ? Répondez-y.

Jacques Simonelli : L’alchimie traditionnelle fut-elle, pour le poète aux « mains philosophales » ("Midas", in Les féeries intérieures), sans cesse préoccupé de transmutations, un peu plus qu’une allégorie de l’acte poétique ? C’est ce que donne à entendre le titre du deuxième volume des Reposoirs de la procession, De la colombe au corbeau par le paon, qui ne peut qu’interpeller, et surprendre, l’amateur de littérature hermétique. En effet, si ces trois oiseaux que viennent judicieusement compléter les Coqs mercuriels (déjà présents dans "La diane" de La rose et les épines du chemin) sont des figures essentielles du bestiaire alchimique, l’œuvre progresse invariablement du corbeau à la colombe et de celle-ci vers le paon, dont les couleurs paraissent dans le régime de Mars, sixième des sept régimes planétaires de l’ultime coction. La modification de cet ordre, dans le titre même du livre, ne doit pas être dépourvue de signification. D’autres textes ("Le sexe des âmes", in La rose et les épines du chemin, ou "Le style c’est la vie", in De la colombe au corbeau par le paon) paraissent inspirés par la Kabbale, telle que l’exposaient Eliphas Lévi, Stanislas de Guaita ou le Sâr Péladan, aux activités « rosicruciennes » duquel Saint-Pol-Roux collabora. Une recherche des emprunts du poète aux doctrines ésotériques qui semblent avoir souvent nourri sa méditation, enquête trop vaste pour l’esquisser ici, ne serait sans doute pas vaine.
Nota : Pour lire les Entretiens précédents, cliquez ici.

mercredi 24 décembre 2008

Jean-Pierre Guillon m'écrit...

[Jean-Pierre Guillon fut l'ami d'André Breton et un compagnon de route, toujours actuel, du Surréalisme. Ses affinités poétiques et artistiques l'ont porté vers les oeuvres de Sade, Yves Tanguy, Maurice Fourré dont il a publié des textes inédits ou devenus rares. C'est avec un fort retard que j'entoile la longue et belle lettre qu'il m'écrivit le 25 octobre en réponse au questionnaire qui servit de base aux entretiens du printemps. Qu'il veuille bien m'excuser et accepter mes remerciements pour le témoignage de haut intérêt qu'il nous livre.]

Bain de Bretagne, le 25 octobre 2008,
Durant toute ma scolarité (primaire et secondaire), les cahiers changeaient d'année en année, selon le niveau et l'enseignant(e) : maths, français, rédaction, histoire-géographie, sciences... Un seul était immuable et me suivait, malgré les changements de salle et de classe : le cahier de "Poésies" (je crois même qu'on ne mettait pas de "s" au mot, comme s'il s'agissait d'une matière en soi : la Poésie !). J'y recopiais à la main (*) les poèmes qu'il fallait ensuite apprendre par coeur et savoir réciter debout devant l'ensemble de la classe. (Les petits malins, hésitants, se faisaient "souffler" les mots manquants par leur voisin de derrière, mais personne n'était dupe). Dans mon souvenir, outre des bribes de fables de La Fontaine, reviennent ainsi "Nous n'irons plus au bois" (de Banville, je crois), "Les pauvres gens" de Victor Hugo, "La Mort du loup", "La Conscience", "Demain, dès l'aube...", "L'Isolement" de Lamartine (**)... en tous cas rien de Saint-Pol-Roux, encore inconnu au bataillon, puisqu'à la fin des années 1950, le programme de la poésie s'achevait non sans mal (et encore, il faut voir comme !) sur "Fantaisie" ou "le dormeur du val" de Rimbaud, présenté d'abord comme un petit voyou ou un garnement bien doué, mais qui avait mal tourné.

Comme ensuite, à l'Université, j'avais choisi la filière "Lettres classiques" (en vue du professorat, et le plus vite possible - pour être indépendant), mes connaissances en poésie moderne (Apollinaire - Jarry - Péret - Breton et le surréalisme en bloc...) se firent à la diable, tout seul (car j'étais curieux de nature), ou dans le petit trio de trublions que nous formions (même sur le plan syndical et politique) Annie Le Brun, Hervé Delabarre et moi. Tout en restant nous-mêmes, il n'y avait alors guère de mal à choquer le public, puisque dans l'ensemble, les familles rennaises, la ville, son Université... etc, y étaient on ne peut plus réactionnaires/rétrogrades (?). En cours de littérature française, j'entendis parler de Diderot, de Maupassant, de Péguy (pouah !) mais de Saint-Pol-Roux jamais. Ca, je puis vous l'assurer. Tout cela pour vous dire qu'avant l'âge de 20 ans, je n'avais jamais rien lu de lui, connaissant peut-être, mais par des voies alors très détournées, son nom et son existence. Restons-en là, qui m'amène à l'année 1963.

C'est de ce moment, pour répondre à votre question de départ, que "date ma première rencontre avec la poésie de Saint-Pol-Roux" et vous comprendrez vite pourquoi elle est restée fixée dans ma mémoire et que je ne l'oublierai jamais, un homme valant - parfois - tous les livres du monde à lui tout seul.

Cet été-là, Régine, Hervé Delabarre et moi avions loué pour le mois de juillet un petit appartement à Morgat, dans la presqu'île de Crozon (farniente, plaisirs de la mer, balades, pique-niques dans ce beau coin du Finistère, pas encore envahi par les touristes...). Début août, comme prévu, nous traversâmes en "deux-chevaux" une partie de la France pour rejoindre à Saint-Circq La Popie dans le Lot, André et Elisa Breton qui nous y attendaient (il y avait là aussi Jean Benoît et Mimi Parent, Toyen, Robert Lagarde en famille, et par ci par là, de passage, Jehan Mayoux, Raymond Borde de Toulouse, Adrien et Simone Dax : une partie de l'égrégore surréaliste en somme !). J'avais loué une chambre chez l'habitant ; Régine et Hervé logeaient au dessus, et Toyen juste à côté, comme j'étais seul je n'avais nulle envie de faire des courses journalières pour me mettre à manger, reclus, en tête-à-tête avec moi-même. Tous les midis, je retrouvais donc Toyen, André et Elisa Breton, "auxquels" se joignaient les amis de passage, dans la charmante petite auberge du village. Il pouvait y avoir des propos sérieux, mais c'était selon l'humeur des uns et des autres, et suivant le temps. Aucun sujet, en tous cas a priori, n'était tabou. Apprenant que nous arrivions de Morgat et de la presqu'île de Crozon, en Bretagne, "comment, s'étonna Breton, vous n'êtes même pas allés à Camaret ! Vous étiez à deux pas, et vous n'avez pas été voir " le château" du grand poète Saint-Pol-Roux, les ruines qu'il en reste aujourd'hui tout au moins !" Et à la surprise générale, sans nul souci du ridicule, il se mit à réciter à haute voix, devant tout le monde, un long poème de Saint-Pol-Roux : "Frappez, et l'on vous ouvrira."
"J'allais plein d'Elle.
Son nom ?
Le sais-je !
L'inconnue.
Existait-elle seulement ?
Elle, sans plus.
J'allais...

(...)

Toc...
Eh laissons-lui le loisir de se blottir en la tulipe d'une robe !
Enfin !
Dieu, la belle dame !
Le moment est propice
Toc toc...
J'entre."
Il le connaissait par coeur, et quand il eut fini, s'arrêta, là encore le plus naturellement du monde. Les choses reprirent ensuite, et il dit quelques mots de ce que représentait pour lui la poésie de Saint-Pol-Roux (sans évoquer - cela ne m'étonne qu'aujourd'hui, 40 ans plus tard - ses propres visites dans les années 20 au manoir du Toulinguet, ni le scandale qu'occasionna le banquet Saint-Pol-Roux de 1925).

Ainsi mis brillamment sur la voie, "initié" au plein sens du terme, je profitai de la chance qui voulut qu'on reparla un peu du vieux solitaire pour me procurer l'étude (avec photos et florilège) que lui consacrait Théophile Briand chez Seghers dans sa collection "Poètes d'aujourd'hui", et - par l'intermédiaire d'amis parisiens - d'introuvables Anciennetés. Ma femme et moi qui habitions tout près, à Quimper, connaissant mieux maintenant l'existence terrestre du poète, nous sommes rendus très souvent, seuls à deux ou avec d'autres, dans son manoir sans toit et en ruines, entre les menhirs de Lagatjar et l'Océan en contre-bas, à perte de vue. Puis ce fut l'abondante anthologie donnée au "Mercure de France" (***) par Alain Jouffroy qui ouvrait plus largement les allées où étaient rangés les reposoirs de la procession, et enfin les éditions successives d'inédits, toujours riches en trouvailles, proposées au fil des ans par René Rougerie. (Je crois bien que je me les suis procurés tous, au fur et à mesure de leur parution - mais je n'avais aucun mérite à cela, moi qui n'avais même pas à les chercher, un de mes amis ayant ouvert à Quimper une librairie nommée "Calligrammes", où tous les livres de Rougerie se trouvaient d'office en dépôt. Même pas de commande à faire, et le tour Saint-Pol-Roux était joué !)

Des vers ou des lignes préférées ? Le qualificatif "préférées" n'a ici pour moi pas grand sens. (Je suis depuis un bout de temps et encore pour un bont de temps, dans un hôpital, et je n'ai aucun livre avec moi ! Alors, vous pensez bien, un recueil de S.P.R., sur la table de nuit, entre le téléphone et le verre à médicaments !). De tête, me revient surtout "La charmeuse de serpents", écrite à la foire de Montmartre et dédicacée à Jarry : "Sur l'orteil, nichons de proue, publique, elle se cambre, à poils... - en sa maligne apothéose de révolutions, un sifflet de vipère entre ses lèvres de cerise". Là se condense pour moi tout Saint-Pol-Roux, capable de passer du langage le plus populaire, voire le plus cru ("Les Trous-du-cul, ce sont maints critiques modernes", n'est-ce pas ?) aux déliciosités symbolistes et au tour volontiers décadent, très "fin de siècle" (le XIXe bien sûr !). En ce sens, on peut bien dire que son style, son art est très daté, et c'est la chose qui lui a le plus nui. (Remarquez que "daté", le vôtre l'est aussi : si "les visiteurs du soir" m'évoquent quelque chose, par contre une expression comme "les visiteurs du blog" ne me dit, à moi, rien, mais vraiment rien du tout !)

Une anecdote personnelle ?.. Pendant une dizaine d'années, j'ai été professeur de français-Histoire dans un collège rural du Centre-Finistère. Une fois par an, j'accompagnais ma collègue de sciences qui amenait nos élèves voir les curiosités géologiques de Camaret et des environs (les étonnants "rippel-mark" de la plage - dont j'ai oublié le nom - en particulier), tandis que le reste du groupe venait avec moi explorer les ruines du château de S.P.R. et les alentours. A midi, rencontre des 2 mini-groupes, pique-nique sur la plage en bas de la falaise et baignade pour les volontaires et les amateurs. Un jour, à marée basse, avec quelques enfants, nous avons exploré le champ de galets que la mer en se retirant avait laissés sur le sable. Quelle ne fut pas, ce jour-là, ma surprise d'en trouver deux côte à côte, "marqués" très distinctement des chiffres 6 et 9 (69) juste en bas du château !



"Pour M. Guillon", lança, l'air amusé, l'un des adolescents qui connaissaient tous au moins la chanson de Serge Gainsbourg : "69, année érotique". On en resta là, mais je ramenai précieusement ces deux trouvailles à la maison...

Par la suite, tant en vers qu'en prose, j'ai fait appel à St.P.R. quand j'en avais besoin, et je peux dire que - même dans son côté parfois "maniéré" -, j'aime sa poésie.
Bien à vous,
J.-P. Guillon.
Pour le "portrait chinois", je verrais peut-être plus tard...
* Dans le 2e tome de L'Alchimie expliquée sur ses grands textes classiques, Eugène Canseliet parle incidemment, au départ, des "vertus" de la pratique manuscrite, au regard des facilités de la photocopieuse, qui est de règle aujourd'hui (mais je n'ai pas les références exactes en tête ! Il serait facile de les retrouver...) - pour éviter la condamnation rapide de "réactionnaire".
** Je revois notre jeune professeur de français de l'époque transcrivant mot à mot "L'Isolement" au tableau noir. Nous en suivions la progression sur notre cahier, strophe par strophe :
"Souvent, sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds...
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé."
(Je connais encore ce texte "sur le bout des doigts"). Quelques heures plus tard, je retrouve ce jeune prof dans la rue, avec une femme - "sa" femme peut-être. Il m'annonce alors que nous aurons un remplaçant la semaine suivante, puisqu'il vient de recevoir "sa feuille de route" militaire pour partir à la guerre en Algérie. En me la montrant, il ne peut retenir ses larmes. La femme essaie de le calmer et de le consoler, mais c'est peine perdue. Je suis très ému et je n'oublierai jamais cette scène (je revois même le coin de la rue).
*** On y trouvait, entre autres, un long texte en prose La Randonnée qui pourrait être conseillé à qui voudrait entrer dans l'univers de S.P.R. : "Nous entrons en couteau dans le pain (ou le fruit) des villages", dit-il pour traduire son étonnement devant cette nouveauté, engendrée par l'automobile : la vitesse dans le mouvement ! En sens inverse, comme le signale quelque part Julien Gracq, le type de maison moderne se trouve amputé de nos jours de la cave et du grenier : la poésie à venir s'en trouvera, par rapport à celle d'hier et d'aujourd'hui, toutes chamboulée...

dimanche 21 décembre 2008

"Coecilian, impression soleil couchant", par Stéphane Beau

Je profite de la sortie, vieille déjà de quelques semaines, du dernier numéro du Grognard, le huitième du nom, pour reproduire, avec l'autorisation de son auteur, un beau texte que Stéphane Beau m'adressa il y a un mois ou deux, où il relate sa rencontre avec Saint-Pol-Roux.

Cœcilian, impression soleil couchant
Les premières fois prennent de temps en temps des tournures surprenantes. En amour, cela est connu, mais pas seulement. La manière dont Saint-Pol-Roux s’est inscrit dans ma vie reste sans doute un des moins banals de mes coups de cœurs littéraires.

Ce devait être en 1987, ou 1988. Nous avions entrepris de faire, en amoureux, le tour du Finistère à bicyclettes. Nous étions étudiants, donc fauchés, et la nuitée de camping coûtait alors des clopinettes (nous nous en tirions parfois pour trois ou quatre francs par nuit !).

Après diverses étapes, nous étions arrivés, par un bel après midi de juin, à Camaret.

Camaret… Il y a des lieux comme ça, dont on réalise dans la fraction de seconde où on les découvre, qu’ils sont faits pour nous et qu’ils nous attendaient, sagement, depuis des lustres.

Camaret... Sa tour Vauban dont l’ocre se découpe sur l’azur des cieux et l’aigue-marine des flots ; sa chapelle, Notre-dame de Rocamadour, trapue et paisible, comme un chat au poil roux roulé au bout de la jetée.

Il est des paysages qui nous résument mieux que des mots, qui coïncident parfaitement avec ce que nous sommes. Mon coup de foudre pour ce petit port fut tel que, quelques années plus tard, postulant pour je ne sais plus quel emploi, confronté à un Directeur des Ressources Humaines qui commençait à me courir sur le haricot, et qui me demandait : « quelle est votre ambition dans la vie ? », je répondais du tac au tac, avec ce mauvais sourire dont j’ai parfois le secret : « finir mes jours à Camaret ! » Le bonhomme cravaté avait pincé du bec et était passé illico au postulant suivant !

Le soir de notre arrivée à Camaret, après avoir planté notre tente, nous étions allés faire un tour sur les falaises, au-dessus de la ville. Le soleil se couchait et toute la nature virait à l’orange. Au devant de nous, bientôt, se dressèrent quatre tours isolées, plantées au beau milieu de la lande. Intrigués, nous nous étions approchés de ces ruines qui, dans la nuit tombante, à la lueur des derniers éclats du soleil et des scintillants reflets des vagues, prenaient des allures de château féerique. Rien ne protégeait ces vestiges branlants qui, malgré leur abandon évident, inspiraient le respect et renvoyaient une impression de noblesse étonnante.

Une petite plaque, il me semble, indiquait qu’il s’agissait du manoir de Cœcilian et que c’était là que le poète Saint-Pol-Roux avait fini ses jours. Je dis bien « il me semble », car, pour dire toute la vérité, je ne me souviens pas d’avoir lu cette plaque qui n’existait d’ailleurs peut-être pas en 1987 ou 1988. Ainsi, ce ne fut probablement que le lendemain que nous avions appris, à l’Office du Tourisme ou ailleurs, et le nom
du manoir et celui de son propriétaire.

À l’époque, je ne m’intéressais que modérément à la littérature, préférant m’acharner à tirer quelques soli grasseyants de ma guitare électrique, ou à écouter en boucle mes 33 tours de Jimi Hendrix. Saint-Pol-Roux... Ce nom me disait vaguement quelque chose. Je l’avais déjà croisé dans une anthologie, c’était évident, mais j’aurais été parfaitement incapable de dire ni ce qu’il avait écrit, ni s’il s’agissait d’un contemporain de Ronsard, de Lamartine ou de Gide !

À la maison de la presse locale, dans un petit carton posé à même le sol, entre les cartes IGN et les figurines Panini, j’avais bientôt découvert tout un ensemble de volumes de ce mystérieux Saint-Pol-Roux, tous publiés chez ce discret et merveilleux éditeur – que je ne connaissais bien évidemment pas à l’époque – Rougerie. Tout fauché que j’étais, j’avais alors acheté un exemplaire de la Repoétique que j’avais dévoré, le soir même, m’éclairant avec une lampe de poche que je devais poser toutes les cinq minutes pour couper les pages non massicotées (Ah ! couper un livre, quel bonheur ! ce devrait être obligatoire !).

Le lendemain matin, une fois la tente repliée, nous avions repris la route, remontant vers Brest. Le reste du voyage fut agréable, mais cette halte à Camaret est restée gravée à jamais en moi. Je n’ai jamais retrouvé depuis, ni en France ni ailleurs, de lieux où je me sois senti aussi chez moi que là. Et, à ce jour, je n’ai ressenti de telles vibrations – que j’irais presque jusqu’à qualifier d’existentielles –, qu’au beau milieu des magiques tourelles de Cœcilian !

Depuis, les livres ont pris possession de ma vie, et Saint-Pol-Roux n’y est pas pour rien. C’est pour cela que je lui offre une des places d’honneur dans mon panthéon personnel. Pourtant, je vais être honnête avec vous : ce n’est pas, et de loin, mon écrivain préféré : je ne le relis que très rarement et je ne suis absolument pas un spécialiste de son œuvre. Mais peu importe : je l’ai aimé avant même de le lire ; j’ai ressenti, avant même de le connaître qu’entre lui et moi un lien était tissé, bien plus puissant que les mots. Il existe dorénavant, entre nous deux, une intimité que rien ne pourra faire vaciller, intimité où les vers et les proses du poète se mêlent de manière inextricable avec mes souvenirs, mes visions des tourelles au soleil couchant, la fougue de mon amour de jeunesse, et mes premiers frissons esthétiques et littéraires.

Aujourd’hui encore, si un Directeur des Ressources Humaines s’amusait à me poser comme question : « quelle est votre ambition dans la vie ? » ma réponse serait inchangée : « finir ma vie à Camaret, au pied des tours de Cœcilian, là où vécût Saint-Pol-Roux… »
Stéphane BEAU.
Au sommaire du GROGNARD - N°8 (décembre 2008)
  • Alain Nadaud : La Peau des anges
  • Mitchell Abidor : American rebels : Henry Louis Mencken
  • Yves Plamont : Géométrie (poème)
  • Stéphane Beau : Contingences 10 & 11
  • Goulven Le Brech : Entretien avec Olivier Salazar-Ferrer # 1
  • Benjamin Fondane : Refus du poème (poème)
  • Pascale Arguedas : Une Bouteille à la neige
  • Emile Faguet (1847-1916) : Les écrivains obscurs
  • Pascal Pratz : Le Retour de Nietzsche l'éternel
  • Thomas Vinau : Du Courage (poème)
  • Stéphane Prat : Jack London & John Barleycorn (chronique)
  • Sébastien Clivillé : La Barbe du prophète (poème)
  • Goulven Le Brech, Pascale Arguedas, Stéphane Beau, Stéphane Prat : Du côté des livres.
Avec des illustrations de :
Nadja Raskovaloff, Anne-Sophie Atek, Rémi Cierco, Nathalie Prat
"Parfois, lorsque la colère me submerge je me dis qu'au final ce n'est pas mauvais signe : tant que je me révolte c'est que je suis vivant."
Stéphane Beau.

mercredi 10 septembre 2008

SPiRitus S'entRetient avec... : Claude Merlin m'écrit

On se souvient peut-être de la série d'entretiens que je donnai - sur la base d'un questionnaire unique - ici même au cours des mois d'avril et mai. J'avais envoyé, par courrier, un exemplaire dudit questionnaire à quelques personnalités ; certaines m'ont répondu, d'autres ont promis de le faire. J'entoilerai leurs réponses à l'envie, longtemps après qu'elles me seront parvenues ou illico.

Le courrier de Claude Merlin, l'excellent comédien et l'audacieux metteur en scène du Fumier, m'arriva début juin. C'est donc avec un considérable retard que je remercie son auteur et que je le reproduis enfin :
"J'aurais du mal à répondre point par point à votre questionnaire. Je suis loin, à cette heure, d'avoir lu toute l'oeuvre de Saint-Pol-Roux. Je me suis essentiellement attaché à son théâtre et à ses écrits sur le théâtre. Je réponds en vrac : c'est dans mes années de lycée (vers la fin des années cinquante) que j'ai entendu ou lu le nom de Saint-Pol-Roux. A l'époque, sa notoriété était encore assez établie. Comme je me suis intéressé assez jeune aux surréalistes, j'ai eu forcément connaissance de son rôle.

Je ne me suis mis à lire pour de bon qu'après la réédition de son oeuvre par Rougerie en commençant, comme j'ai dit, par le théâtre. Très impressionné par le Fumier, j'ai décidé de le monter.

J'ai poursuivi par les textes-manifestes (La Répoétique, etc...), puis les Reposoirs de la Procession.

Ses idées sur le théâtre me paraissent très actuelles. Il a inventé une dramaturgie qui ne devait rien aux conventions de son époque. Et si sa poésie en retient certains tics (ce qui est bien pardonnable), elle demeure un prodigieux vin de vigueur.

J'aimerais terminer ce trop bref courrier par une citation du Fumier, mais je n'ai que trop l'embarras du choix pour décider."
Voilà un jugement qui m'enchante...

vendredi 9 mai 2008

SPiRitus S'entRetient avec Vincent Gogibu

SPiRitus S'entRetient avec

Vincent Gogibu
[Né en 1976, Vincent Gogibu dirige avec Nicolas Malais le "Cahier Gourmont" du Clown Lyrique. Il est l'auteur de nombreux articles sur Loti, Henri de Régnier, Remy de Gourmont. Il prépare une édition en plusieurs volumes de la correspondance de ce dernier. Les deux premiers tomes devraient paraître cette année]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l’œuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ? Si oui, comment ?

Vincent Gogibu : Il s’agissait de Les Féeries intérieures 1895-1906, tout premier volume découvert et ouvert sur le poème ouvrant le recueil "Le poëte au vitrail". Je ne connaissais que son nom, l’ayant croisé bien souvent dans telle ou telle évocation. Mais c’est à Remy de Gourmont que je dois d’avoir lu pour la première fois le nom de Saint-Pol-Roux. Bien vite, la légende du poète m’est apparue et je dois dire qu’elle est loin de me laisser indiférent.

SPiR. : Qu’avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?

Vincent G. : Ce fut un choc esthétique, une séduction stylistique ; et puis j’étais sensible à "Je naquis en cette Tour qu’aujourd’hui seulement, à l’âge d’homme, j’ai quittée." ayant été tellement marqué par La Vie est un Songe de Calderon.

SPiR. : A ce jour, qu’avez-vous lu de son œuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?

Vincent G. : La Dame à la faulx, Les Féeries intérieures… Mais bien trop peu encore.

SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?

Vincent G. : "Sept fois sept nuits après je parviens devant la Cité de Sagesse à cette heure où l’immense fruit de lumière pend à la médiane branche de l’azur. / Le vrombissement des taons, telle une satanique fanfare d’assaut, fait les Sages accourir aux remparts et se pencher." ("La Torche de Ténèbre").

SPiR. : Quelle première œuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?

Vincent G. : Bigre ! loin de moi l’idée de conseiller la jeunesse ! Qu’elle tâtonne et découvre par elle-même les perles et autres pépites offertes çà et là ! Et puis il me semble que Saint-Pol-Roux est le genre d’auteur qui, conseillé ou appris, a moins de saveur que déniché par soi-même : la saveur d’une trouvaille rare, et unique.

SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?

Vincent G. : Datée ? Pas nécessairement. Du moins transpire-t-elle son époque, peut-être même davantage que d’autres. Et puis, telle ou telle scorie surréaliste ou de Michel Deguy est parfois bien plus datée….

SPiR. : Pensez-vous que son œuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?

Vincent G. : Assurément ! Le Symbolisme fut le catalyseur de beaucoup. Saint-Pol-Roux parmi d’autres fut le terreau fertile d’une littérature fulgurante au XXe siècle. Songeons qu’entre 1890 et 1935 il s’en est quand même passé de notables.

SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son œuvre ?

Vincent G. : Un silence de plus en plus éloquent grâce à M. Lugan et au blog des Féeries Intérieures, un silence dû à un manque cruel de rééditions et d’études. Hélas ! la poésie est souvent l’alliée, malgré elle, du silence. Il appartient aux amateurs de rompre cela.
Nota : Pour lire les entretiens précédents, cliquez ici ; pour répondre à votre tour au questionnaire, réclamez-en un exemplaire là.

mercredi 7 mai 2008

SPiRitus S'entRetient avec Kensaku Kurakata

SPiRitus S'entRetient avec

Kensaku Kurakata
[Né en 1975, Kensaku a passé deux ans en France en tant que pensionnaire étranger à l'ENS et boursier du gouvernement français. Il a écrit des articles sur Verlaine, en japonais et français, et prépare actuellement une thèse à Tokyo]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l’œuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ? Si oui, comment ?

Kensaku Kurakata : Ma première rencontre, c'était la lecture de sa réponse pour l'Enquête sur l'évolution littéraire (et j'y ai trouvé de la poésie). J'avais appris son nom par la traduction japonaise du Silence de la mer. N. B. : Cette traduction, parue en 1951, reste disponible tout le temps. Donc, du moins, le nom de Saint-Pol-Roux est à la portée de tous les Japonais ! (bien qu'aucun ouvrage du Magnifique n'ait encore été traduit, hors 2 ou 3 poèmes recueillis dans quelques anthologies)

SPiR. : Qu’avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?

Kensaku K. : Sa longue réponse m'a évoqué au début l'adjectif "abscons", qui se trouve un peu partout dans l'Enquête de Huret. Mais elle m'a charmé peu à peu après des relectures. Cette approche avec lenteur provient sans doute de son style, ainsi que de ma pauvre compréhention du français.

SPiR. : A ce jour, qu’avez-vous lu de son œuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?

Kensaku K. : Outre les photocopies de quelques articles, La Rose et les épines du chemin (Poésie / Gallimard) est le seul volume de lui sur mes étagères.

SPiR. : Quelle première œuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?

Kensaku K. : Je suis moi aussi sur le chemin de la découverte.

SPiR. : Faites le "portrait chinois" du Magnifique.

Kensaku K. : Pardon, je suis japonais !
Nota : Pour lire l'intégralité des entretiens, cliquez ici ; pour répondre à votre tour au questionnaire, il suffit d'en demander un exemplaire là.

mercredi 30 avril 2008

SPiRitus S'entRetient avec Jacques Goorma

SPiRitus S'entRetient avec

Jacques Goorma
[Le premier à avoir soutenu une thèse sur l'oeuvre de Saint-Pol-Roux, il édita, en collaboration avec Alistair Whyte, la plupart des volumes parus chez Rougerie à partir de 1983. Jacques Goorma n'est pas seulement l'un des meilleurs connaisseurs du Magnifique, il est également l'auteur d'une douzaine de recueils, dont le dernier paru, Le Vol du loriot (Arfuyen, 2005), m'a découvert un beau poète. Evénement trop rare pour ne pas être signalé]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l'oeuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ? Si oui, comment ?

Jacques Goorma : Le premier livre, acheté 3 francs d'occasion en 1965 : Le Saint-Pol-Roux par Théophile Briant chez Seghers. J’ai 15 ans, je l’ouvre et tombe sur le poème "Frappez et l’on vous ouvrira". Je "dévore" l’ouvrage d’une seule traite. Le lendemain, à l’école, je demande à mon professeur de français où l’on peut trouver d’autres livres du poète. Elle ne connaît pas et m’indique le nom d’un prof de fac susceptible de m’informer. Celui-ci me dira "oui, c’est un symboliste, un poète mineur". Deux ans plus tard, c’est un bibliophile qui me prêtera L’Ancienne à la coiffe innombrable et me donnera un peu plus d’informations.

SPiR. : Qu’avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?

Jacques Goorma : Un choc énorme. La confirmation d’intuitions non formulées. Une véritable révélation. Le fond autant que le style provoque un vif enthousiasme, une surprise, une exaltation.

SPiR. : A ce jour, qu’avez-vous lu de son œuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?

Jacques Goorma : L’intégralité des ouvrages (livres et revues) en édition originale et tous les titres parus chez Rougerie.

SPiR. : Quels sont, parmi ses ouvrages (parutions posthumes comprises), ceux que vous préférez ? Sauriez-vous dire pourquoi ?

Jacques Goorma : Difficile de faire un choix ! Les 3 tomes des Reposoirs pour l’extraordinaire maîtrise (unique dans l’histoire littéraire) de cette forme de prose poétique (j’ai bien sûr mes textes préférés dans cette vaste trilogie). Les nombreux "métaphorismes" rattachables au projet de la Répoétique (Vitesse, Vendanges…) J’ai aussi un faible pour Les personnages de l’individu.

SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?

Jacques Goorma :
"L’univers n’est qu’un grain de sable auprès de la grandiose basilique épanouie dans le cerveau même d’un enfant."
"On pourrait être quelqu’un de l’Univers mais on veut être quelqu’un du Tout Paris. L’homme s’use à trop croire à soi seul, à se limiter à son égoïsme. Au lieu qu’il doit océaniser sa goutte d’eau. Notre regard est un bandeau flamboyant, aussi fermer les yeux à jamais et mourir, c’est avoir du génie soudainement et pour toujours."
"Le vrai génie c'est la bonté."
SPiR. : Quelle première œuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?

Jacques Goorma : Le Saint-Pol-Roux chez Seghers, La Rose et les épines du chemin.

SPiR. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote personnelle, de lecture, de recherche, de chine, ou autre, où Saint-Pol-Roux joue un rôle important ?

Jacques Goorma : Ma première rencontre avec Divine Saint-Pol-Roux qui parlait toujours de son père au présent.

SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?

Jacques Goorma : Le somptuosité verbale et la luxuriance d’images. Une certaine préciosité baroque peut sembler "datée". Mais il faut souligner l’extraordinaire modernité tant dans l’inspiration visionnaire que dans la forme des "œuvres futures".

SPiR. : Pensez-vous que son œuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?

Jacques Goorma : Influence indéniable et directe sur le surréalisme et le simplisme (les poètes du Grand Jeu)

SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son œuvre ?

Jacques Goorma : La valorisation d’une forme d’excès, d’un baroque fort peu dans le goût classique des français et des "eternels tradionnaires malherbiens".

SPiR. : Faites le "portrait chinois" du Magnifique.

Jacques Goorma : 1. un animal : un centaure. - 2. un végétal : les immortelles. - 3. une pierre (semi)précieuse : l'escarboucle. - 4. un objet : un encrier. - 5. un moyen de locomotion : l'automobile. - 6. un lieu : la "salle verte", son "rêvoir". - 7. une couleur : celle (sic) de l'arc-en-ciel. - 8. un parfum : celui de l'océan. - 9. un être mythologique : Amphion. - 10. une heure du jour : l'aube. - 11. un événement historique : la post-histoire. - 12. un péché capital : l'orgueil. - 13. un sentiment : la joie. - 14. un artiste : Gustave Moreau. - 15. un vers : (inutile de résister au bonheur d'en choisir quatre !)
La chevelure en pleurs à la façon des saules
L'intruse se leva comme on sort de la mer
Un frisselis subtil à fleur de ses épaules
Indiquait que deux ailes germaient de sa chair.
Nota : Pour lire les entretiens précédents, cliquez ici ; pour répondre à votre tour au questionnaire, demandez en un exemplaire là.

mardi 29 avril 2008

SPiRitus S'entRetient avec Bruno Leclercq

SPiRitus S'entRetient avec

Bruno Leclercq

[Zeb de Livrenblog, amateur d'histoire littéraire, chineur, collectionneur, acheteur et vendeur de livres]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l'oeuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ?

Bruno Leclercq : Ma première rencontre avec Saint-Pol-Roux c'est à Gourmont et à son Livre des Masques que je la dois. Ma première lecture est sans doute celle de La Dame à la faulx. Sa légende : le titre rosicrucien de Magnifique, le scandale "Rachilde" du banquet, son influence sur Breton et le surréalisme, son travail de "ghostwriter" pour Louise de Charpentier, le manoir de Camaret et sa fille Divine... Toutes ces histoires et la réputation d'un poète fortement original étaient arrivées jusqu'à moi par la lecture des souvenirs des uns et des autres, par les essais de Royère ou les écrits de Théophile Briant.

SPiR. : Qu'avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?

Bruno L. : La sensation de découvrir un poète unique, une oeuvre complètement originale, à saisir dans son ensemble et dans sa progression, le contraire d'un poète d'anthologie. La sensation qu'avec lui s'ouvre un monde à explorer, une oeuvre à déchiffrer.

SPiR. : A ce jour, qu'avez-vous lu de son oeuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?

Bruno L. : La Dame à la Faulx, La rose et les épines du chemin 1885-1900 (Les Reposoirs de la procession I), sont les deux premiers volumes trouvés aux éditions du Mercure de France, puis au hasard des trouvailles quelques volumes aux éditions Rougerie, Cinéma Vivant, La Répoétique...

SPiR. : Quels sont, parmi ses ouvrages (parutions posthumes comprises), ceux que vous préférez ? Sauriez-vous dire pourquoi ?

Bruno L. : La Dame à la Faulx, bien que je ne sois pas féru de théâtre et parce qu'il me semble difficile de mettre en avant un titre dans ses recueils poétiques.

SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?

Bruno L. : "Poètes, la poésie s'étiole de fabriquer des chaussons de lisière, fussent-ils de vair ou de diamant."

SPiR. : Quelle première oeuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?

Bruno L. : Laissons-les découvrir par eux-mêmes. L'important est que le nom de Saint-Pol-Roux soit arrivé jusqu'à eux, qu'ils fassent leur chemin comme nous avons fait le nôtre.

SPiR. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote personnelle, de lecture, de recherche, de chine, ou autre, où Saint-Pol-Roux joue un rôle important ?

Bruno L. : Dans ma quête de chineur invétéré, trouver une édition ancienne de Saint-Pol-Roux reste un événement, et une joie, toujours trop rare.

SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?

Bruno L. : Illisible, datée... On entend trop souvent ces commentaires à propos des oeuvres un peu ardues, un bon moyen de se dédouaner de les lire. Datée ? La poésie de Saint-Pol-Roux l'est moins que celle de nombreux "symbolistes", pas plus "datée" que le Surréalisme ou Dada, toujours considérés comme théories d'avant-garde et pourtant centenaires, déjà. Définir sa poésie, n'est-ce pas définir la poésie ? Une quête d'absolue ?

SPiR. : Pensez-vous que son oeuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?

Bruno L. : Un certain Mikaël Lugan répondrait mieux à cette question que moi-même. Une réflexion, pourtant : j'ai pu constater l'aura dont dispose Saint-Pol-Roux auprès des lecteurs d'Apollinaire, de Max Jacob ou des amateurs de poésie surréaliste, l'importance accordée à son rôle fantasmé ou réel de précurseur.

SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son oeuvre ?

Bruno L. : Il ne me semble ni plus ni moins important que le silence entourant la poésie en général : un silence relatif...

SPiR. : Faites le "portrait chinois" du Magnifique.

Bruno L. : Désolé, seule l'amitié a été capable de me pousser à produire les quelques lignes qui précèdent, mais le portrait chinois est au-dessus de mes forces.

SPiR. : Pour finir, à quelle question sur le poète ou son oeuvre, non posée ici, auriez-vous aimé répondre ? Répondez-y.

Bruno L. : Faire la question et la réponse ? Je laisse ça aux politiques.
Nota : Mes remerciements à Bruno Leclercq qui répondit à cet interrogatoire malgré une grippe coriace. Pour lire les précédents "entretiens", rendez-vous ici ; pour répondre à votre tour au questionnaire, demandez-le simplement là.

vendredi 25 avril 2008

SPiRitus S'entRetient avec Bernard Barral

SPiRitus S'entRetient avec


Bernard Barral
[Agrégé de philosophie, professeur dans un lycée de Seine-et-Marne, également chargé de cours d'esthétique à l'Université Inter-Âges de Melun (Paris II), Bernard Barral donne parfois des conférences, sur Verlaine et Rimbaud notamment, sous la forme singulière de dialogues avec un comédien, Maxime Daniel. Bernard Barral est aussi poète]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec l'oeuvre de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l'oeuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ? Si oui, comment ?

Bernard Barral : Je connaissais par coeur la dédicace du Silence de la mer de Vercors : "A la mémoire de Saint-Pol-Roux, Poète assassiné". J'étais frappé par le P, lettre capitale.

Le premier texte lu se trouvait dans... le Lagarde et Michard : Soir de Brebis.

SPiR. : Qu'avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?

B. Barral : A l'époque, au lycée, j'admirais Mallarmé et Apollinaire, et je trouvais, de façon évidemment inadéquate, que Saint-Pol-Roux "tenait des deux".

SPiR. : A ce jour, qu'avez-vous lu de son oeuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?

B. Barral : Je fréquente surtout La Rose et les épines du chemin (Poésie/Gallimard) et le choix de textes par Théophile Briant (Seghers).

SPiR. : Quels sont, parmi ses ouvrages (parutions posthumes comprises), ceux que vous préférez ? Sauriez-vous dire pourquoi ?

B. Barral : Par simple commodité, le Seghers.

SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?

B. Barral : "Mer ancienne et jeune, gracieuse et farouche, reine des pavois de fête, souveraine des tempêtes, ô Mer accorde ta miséricorde à ces pêcheurs venus pour déposer la caresse ingénue de leurs yeux sur la risée de ta joue bleue !" (Prière à la Mer)

SPiR. : Quelle première oeuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?

B. Barral : Le recueil Vitesse.

SPiR. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote personnelle, de lecture, de recherche, de chine, ou autre, où Saint-Pol-Roux joue un rôle important ?

B. Barral : Sans cuistrerie aucune, le sentiment de vivre ce qu'est le sublime pour Kant, en découvrant le Manoir de Coecilian, au lever du soleil, en 2003.

SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?

B. Barral : La question est révélatrice que le doute plane... La poserait-on à propos d'Apollinaire ou d'Eluard ?

Ma méconnaissance de Saint-Pol-Roux est trop grande pour oser "définir" sa poésie. J'emploierais cependant l'image du vitrail. C'est une poésie dont la luminosité fixe le regard comme celle du vitrail.

SPiR. : Pensez-vous que son oeuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?

B. Barral : Le surréalisme (voir ce qu'en dit Breton lui-même); le poème en prose.

SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son oeuvre ?

B. Barral : Le silence entoure tous les poètes. Saint-Pol-Roux est desservi par une diffusion restreinte de ses oeuvres dans les librairies "grand public". Le drame du "Poète assassiné" occulte l'oeuvre.

SPiR. : Faites le "portrait chinois" du Magnifique.

B. Barral : 1. un animal : un goéland. - 2. un végétal : la fleur de bruyère. - 3. une pierre (semi)précieuse : non, un simple caillou. - 4. un objet : le bâton du pâtre. - 5. un moyen de locomotion : une barque engloutie. - 6. un lieu : la lande. - 7. une couleur : lapis-lazuli. - 8. un parfum : le varech. - 9. un être mythologique : Glaucos de Béotie. - 10. une heure du jour : l'aurore. - 11. un événement historique : ??. - 12. un péché capital : la gourmandise. - 13. un sentiment : la bonté. - 14. un artiste : un verrier. - 15. un vers : "Le Temps récite le rosaire du Soleil".

N.B. : On tombe vite dans les clichés.

SPiR. : Pour finir, à quelle question sur le poète ou son oeuvre, non posée ici, auriez-vous aimé répondre ? Répondez-y.

B. Barral : Des textes de Saint-Pol-Roux seront-ils un jour au programme de l'épreuve de Littérature de Terminale série L (avant qu'elle ne disparaisse) ? C'est évidemment une question intempestive, sans réponse ici.
Nota : Les deux poèmes de Bernard Barral, hommages à Saint-Pol-Roux mis en musique par Françoise Sauclières, figureront au programme du concert lyrique (harpe, chant & piano) qui aura lieu le 30 mai prochain, à 20h30, à la Cité Internationale Universitaire de Paris (Maison du Cambodge - 17, bd Jourdan - 75014 Paris)
Nota(bis) : Pour lire l'intégralité des "entretiens", cliquez ici; pour répondre, à votre tour, au questionnaire, il suffit de le demander là.

jeudi 24 avril 2008

SPiRitus S'entRetient avec Martine Monteau

SPiRitus S'entRetient avec

Martine Monteau
[La poésie découverte à sept ans par un cousin poète et dans sa bibliothèque, lui a permis d'accepter le monde. La révélation fut Dante : la Divine comédie lue enfant, et l'Anthologie des troubadours d'André Marie. Lectrice attentive des poètes, elle écrit (publie très peu dans les revues). Martine Monteau publie sur la peinture et l'estampe. Elle travaille à la bibliothèque nationale.]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lectrice avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l'oeuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ? Si oui, comment ?

Martine Monteau : J'ai appris son nom par une Chanson de Ferrat... Puis sa dernière année tragique... Je l'ai retrouvé dans le sillage des Cahiers du Sud, à Marseille. Puis ma rencontre avec Marcou Ballard (début des années 1980). Allé sur sa trace à Saint-Henry (Marseille).

SPiR. : Qu'avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?

Martine Monteau : Un enchantement. Lectrice des troubadours j'avais l'impression de lire leur ancêtre, barde.

SPiR. : A ce jour, qu'avez-vous lu de son oeuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?

Martine Monteau : La Répoétique, la trilogie [des Reposoirs] chez Rougerie et d'autres chez cet éditeur.

SPiR. : Quels sont, parmi ses ouvrages (parutions posthumes comprises), ceux que vous préférez ? Sauriez-vous dire pourquoi ?

Martine Monteau : C'est plutôt une atmosphère d'ensemble : de l'oxygène pur...

SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?

Martine Monteau : Tous. Mais pas tout. Il y a des passages très forts, d'autres moins prenants.

SPiR. : Quelle première oeuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?

Martine Monteau : Oser partir seul à la découverte...

SPiR. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote personnelle, de lecture, de recherche, de chine, ou autre, où Saint-Pol-Roux joue un rôle important ?

Martine Monteau : Lors d'une exposition sur S. PARADJANOV, chez Marie Jouannic, Poésie dans un jardin à Avignon, je parlais de Sayat Nova à l'étudiante qui tenait la librairie et nous en sommes arrivés à Saint-Pol-Roux : je lui ai prêté les volumes que j'avais. Lorsqu'elle me les a rendus elle m'a demandé de les lui laisser, et devant son émotion sincère à cette lecture je lui ai donné ces livres.

SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?

Martine Monteau : Intemporelle. Elle semble être celle d'un initié aux mystères antiques, à la tradition des aèdes-vatès-bardes, à la leçon d'un Boehme et Paracelse... Elle touche au "sacré" des sources...

SPiR. : Pensez-vous que son oeuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?

Martine Monteau : André Breton y fut sensible. Un J. Supervielle ? Lanza del Vasto sûrement.

SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son oeuvre ?

Martine Monteau : Sa voix est inaudible au matérialisme contemporain... Il n'est pas le seul poète hélas au château du silence...

SPiR. : Faites le "portrait chinois" du Magnifique.

Martine Monteau : 1. un animal : l'hippocampe. - 2. un végétal : la violette. - 3. une pierre (semi)précieuse : la pierre philosophale. - 4. un objet : un alambic. - 5. un moyen de locomotion : un vaisseau spatial. - 6. un lieu : Camaret. - 7. une couleur : ambre. - 8. un parfum : lavande. - 9. un être mythologique : Merlin l'Enchanteur (ou Orphée). - 10. une heure du jour : l'aube. - 11. un événement historique : l'invention du langage. - 12. un péché capital : le luxe. - 13. un sentiment : l'empathie. - 14. un artiste : Nicolas Poussin. - 15. un vers : "M'illmino / d'immenso" (Ungaretti).

SPiR. : Pour finir, à quelle question sur le poète ou son oeuvre, non posée ici, auriez-vous aimé répondre ? Répondez-y.

Martine Monteau : Saint-Pol-Roux est une sorte de Tibet qui nous est spirituellement nécessaire. De l'ordre du menhir ou des espèces fragiles menacées. Je pense que bien des pépites de l'or du temps sont cachées dans son oeuvre. C'est un poète à toujours découvrir. Tel le secret caché, révélé de la nature.
Nota : Pour lire les entretiens précédents, cliquez ici. Pour répondre à votre tour au questionnaire, demandez-le là.

mardi 22 avril 2008

SPiRitus S'entRetient avec Yasmine B.

SPiRitus S'entRetient avec

Yasmine B.
[Yasmine B., serveuse et diseuse de poèmes au Club des Poètes à Paris. La nuit perchée sur sa branche, aligne sous le pseudonyme Ardente Patience des mots pour parler à quelqu'un ou tenter d'apaiser le monde]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lectrice avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l'oeuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ? Si oui, comment ?

Yasmine B. : Oui, je m'en souviens très bien, c'était au Club des Poètes, Marcelle Rosnay, la muse et épouse de Jean-Pierre Rosnay, fondateur du lieu en 1961 ("amis de la poésie, bonsoir !"), a dit "Les litanies de la mer" de Saint-Pol-Roux; ensuite sa famille m'a raconté comment de visite en Bretagne elle a découvert le Manoir de Coecilian, ainsi nommé après le fils de Saint-Pol-Roux sur cette terre du bout du monde, à Camaret, qui est devenue pour le poète bien que né à Marseille, sa terre d'élection et hélas... de malédiction quelques années plus tard alors que la main nazie épargnait peu sur son passage... On me dit qu'avec les cachets d'un livret d'opéra, peut-être intitulé Louise et attribué à Charpentier, Saint-Pol-Roux a offert à sa famille ce manoir émouvant de petitesse et délicatesse, figurant plus un château de poupées qu'un manoir sombre et imposant de châtelain. Je ne le connaissais donc pas avant d'avoir entendu ses poèmes.

SPiR. : Qu'avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?

Yasmine B. : Un éblouissement... Une voix s'élève gorgée d'oiseaux et vibrant du timbre enfantin de l'émerveillement me désignait la mer et ses bienfaits comme on vous révèle la première femme du monde, les noms secrets de l'aurore, les attributs discrets de son génie. Avec les yeux et la voix de la première fois, du premier né, du premier mouvement... le poète, en vis-à-vis du premier élément familier depuis le ventre des origines, accomplit un acte d'amour, par les inflexions pures comme modulées dans la rosée du premier regard sur le monde, il lui offre son poème.

SPiR. : A ce jour, qu'avez-vous lu de son oeuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?

Yasmine B. : Aux éditions Rougerie : Les traditions de l'avenir, la Rose et les épines du chemin, Le trésor de l'homme, Vitesse. Aux éditions Seghers, collection "Poètes d'aujourd'hui" : Saint-Pol-Roux. Aux éditions Poésie/Gallimard : la Rose et les épines du chemin.

SPiR. : Quels sont, parmi ses ouvrages (parutions posthumes comprises), ceux que vous préférez ? Sauriez-vous dire pourquoi ?

Yasmine B. : Comme je ne lis pas la poésie d'une traite dans les livres, je découvre toujours de nouveaux poèmes de Saint-Pol-Roux en feuilletant plusieurs de ses ouvrages.

Un des poèmes que j'aime beaucoup est le poème "Pour dire aux funérailles des poètes" qui est un pur enchantement pour les sens, une consolation pour le deuil, une longue procession d'émerveillement qui réanime le coeur des beautés de la vie et qui confère à la mort un caractère presque fantaisiste, comme s'il s'agissait d'une facétie de dieu. La mort du poète est une renaissance de ses mots qui garderont vivante la chair de son amour parmi nous.

Un autre poème que j'aime beaucoup pour ses vertus cognitives extraordinaires est "Poesia" que je vous propose de lire en lien : http://franceweb.fr/poesie/poesia1.htm.

Et, parmi ceux que j'ai pu apprendre par coeur de Saint-Pol-Roux, il y a le magnifique "Ambition" émouvant de candeur lorsque Saint-Pol-Roux y révèle son ravissement de savoir que plus tard les petits enfants liront et apprendront à lire dans ses poèmes façonnés de langue d'ange, car nul autre que Saint-Pol-Roux n'a su mieux parler la langue des enfants, tout entier immergé durant la traversée que fut sa vie dans l'enfance du coeur, perpétuellement en étonnement devant le miracle renouvelé du monde.

SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?

Yasmine B. :
L'éloignement rapproche les amants dont les pages folles se font vite grandes comme des draps de lit.
Sourire : clin de sexe.
Plaisir : essaim de sourires.
On sourit lorsque le coeur nous monte dans la bouche pour en soulever les coins.
Vitesse : notre corps jaloux de l'esprit.
Le mouvement n'est que la fièvre du repos.
Le repos c'est la méditation de la vitesse.
Il n'est qu'une vitesse : celle de soi-même.
La vitesse est la visibilité hâtive du désir.
L'enthousiasme est une vitesse sur place.
Lumière : vitesse qui nous éclaire.
La Tradition : la malle-arrière de la marche-avant.
La solitude est une vitesse intérieure.
SPiR. : Quelle première oeuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?

Yasmine B. : La Rose et les épines du chemin.

SPiR. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote personnelle, de lecture, de recherche, de chine, ou autre, où Saint-Pol-Roux joue un rôle important ?

Yasmine B. : Il ne m'en vient pas à l'esprit pour le moment, en revanche, je fus très émue de discuter, un été que j'étais à Camaret, dans la presqu'île de Crozon, avec une dame d'un certain âge qui me racontait, durant la guerre, le labeur de se rendre au ruisseau laver le linge dans l'eau glacée, les anecdotes sur le chemin pour aller se procurer du beurre, des oeufs, du lait, comment elle sabota les rails d'un chemin de fer, passant inaperçue devant les "boches" alors qu'elle poussait devant elle la poussette du premier de ses cinq petits. Je fus très émue car elle a connu Saint-Pol-Roux alors qu'elle était jeune fille, et le souvenir qu'elle en garde et qui était abondamment sinon unanimement partagé est que Saint-Pol-Roux le Magnifique était la gentillesse incarnée; elle le croisait à l'époque où les denrées de première nécessité devenaient de plus en plus rares; comment il échangeait du beurre contre du sucre, comment il portait la bonté sur chacun de ses traits.

Je me souviens aussi de cette légende qu'on lui attribue, à chaque veillée de Noël, Saint-Pol-Roux débarquait par la mer, déguisé en Père Noël, les bras chargés de cadeaux pour les enfants... et ce rôle lui va à merveille, lui plus qu'un autre ne pouvait tromper l'oeil aguerri des enfants, il était bien la magie de Noël incarnée.

Une autre anecdote qui me touche profondément est celle qui relate cette nuit-là où sa dévouée servante, Rose, s'est interposée entre lui et les balles des nazis... et y trouva la mort... ce jour-même, si je ne dis pas de bêtises, où sa fille Divine était elle-même livrée aux mains des violences de ces mêmes ombres d'hommes qui causèrent après avoir détruit une grande partie de son oeuvre la mort de chagrin de ce grand poète.

SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?

Yasmine B. : Pas du tout... elle est intemporelle, et épouse la forme parfaite de son coeur quand il chante ou bien danse. Sa poésie est délicate comme le sont chacun de ses sens, elle est baroque comme on n'omet rien de la trajectoire de l'insecte à l'étoile, comme on caresse doucement les scories du chaos. Sa poésie a tour à tour la voix d'une jeune fille, d'un jeune damoiseau, d'un esprit familier des oiseaux, d'une vieille âme baignée dans l'eau de vie éternelle. Saint-Pol-Roux c'est un verbe lumineux et des notes ciselées dans le parfum des grands jours du grand vent et des brises printanières. La poésie de Saint-Pol-Roux est un visage de l'Amour.

SPiR. : Pensez-vous que son oeuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?

Yasmine B. : Pour ce que j'en sais Saint-Pol-Roux était considéré comme un symboliste, pour ma part je ne saurais le cantonner à une catégorie de poésie, son coeur trop candide et trop farouche n'en pourrait dessiner les contours autour desquels s'agitait Paris... bien longtemps après sa disparition encore il fait des émules chez les plus raffinés des amateurs de mots incarnés; les surréalistes furent bien inspirés de s'en inspirer et de consacrer son génie en le désignant pour toujours comme le Mage, Saint-Pol-Roux le Magnifique, l'alliance de la mesure et de la démesure dotée de la grâce d'une Passacaille de Bach.

SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son oeuvre ?

Yasmine B. : Peut-être comme toute incursion dans la Beauté, la poésie de Saint-Pol-Roux requiert un effort que l'on ne suscite plus à l'école et encore moins à la télévision. La transmission orale des poèmes est inextinguible, mais nous sommes encore trop peu en France - car il n'en va pas de même en Afrique du Nord ou en Géorgie par exemple, où la présence de la poésie est incontournable et essentielle à la vitalité de la langue et des relations humaines - à lire de la poésie. Cela vient peut-être en partie du fait qu'on oublie trop souvent qu'un poème est quelqu'un qui parle à quelqu'un et que comme la formule consacrée de Queneau le dit bien, les poèmes ne sont pas faits pour être entreposés dans un réfrigérateur : "la poésie est avant tout faite pour être dite". Essayez-vous à dire les poèmes réjouissants d'allégresse et touchants de profondeur de Saint-Pol-Roux et laissez vos sens s'en imprégner... il ne manque que cela pour que son oeuvre soit réanimée dans l'âme du plus grand nombre. Ses poèmes ont le timbre parfait d'un bébé sortant de son bain. Chaque fois que j'ai fait découvrir un poème de Saint-Pol-Roux au public, des hommes venus de tous horizons et qui ne se seraient jamais parlés auparavant, peut-être, ont été touchés par la grâce de son esprit. Il confine au pays de l'enfance, aborde doucement auprès de ses jeux, se glisse dans l'ardeur de ses rondes et s'embrase de joie dans le feu de ses joues. Il parle directement au plus secret de nos coeurs.

SPiR. : Faites le "portrait chinois" du Magnifique.

Yasmine B. : 1. un animal : un cheval. - 2. un végétal : un pommier. - 3. une pierre (semi)précieuse : le diamant. - 4. un objet : une plume. - 5. un moyen de locomotion : un train. - 6. un lieu : la pointe du Toulinguet. - 7. une couleur : le blanc. - 8. un parfum : de rose. - 9. un être mythologique : Orphée. - 10. une heure du jour : l'aube. - 11. un événement historique : la découverte de l'électricité. - 12. un péché capital : la gourmandise. - 13. un sentiment : tendresse. - 14. un artiste : Van Gogh. - 15. un vers : "un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres" (Vers dorés, Gérard de Nerval).
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