"Mon cher Vallette, c'est demain mercredi que, sur la convocation d’Édouard Dujardin, se réuniront au Mercure les fondateurs de la Société Mallarmé. Je vous prie de bien vouloir, auprès de Dujardin et de nos amis, excuser mon absence physique ; mais qu'ils sachent que moralement je serai tout à fait présent et de plein cœur avec eux."
Beaucoup des billets qui paraîtront sur ce blog seront consacrés au poète Saint-Pol-Roux, à son oeuvre, à ses contemporains et à leur actualité vivante. Leur seul objet - donc - la poésie.
lundi 6 février 2012
L'Académie Mallarmé a son historien
lundi 21 novembre 2011
L'Académie Mallarmé à la libération - dernier (?) épisode de notre feuilleton
Fastes présidentielsà l'Académie Mallarmé
Nous avons reçu l'adresse que voici :
Les membres soussignés de l'Académie Mallarmé présents à Paris qui, dès le premier jour de l'occupation, ont clairement compris que nulle haute inspiration n'était possible sous le régime de la servitude,Rendent un hommage ému à la mémoire de Saint-Pol Roux, leur président, victime des envahisseurs;et en plein accord avec tout le Peuple de France, proclament leur enthousiasme et leur reconnaissance envers tous ceux qui, au prix de leur sang, ramènent avec la Liberté tout ce qui donne sa valeur à la vie humaine et lui permet d'exprimer, par la Poésie, sa vérité la plus profonde.Ils n'ont jamais oublié que Stéphane Mallarmé refusa toujours, après 1870, de franchir la frontière allemande.MM. Henry CHARPENTIER, André FONTAINAS, Henri MONDOR, Paul VALERY, Charles VILDRAC, Gérard d'HOUVILLE, Léon-Paul FARGUE, Jean COCTEAU.
***
C'est M. Henry Charpentier, secrétaire général de cette Compagnie de poètes, qui a pris l'initiative d'une manifestation de sentiments aussi louables.
M. Charpentier, pourtant, ne satisfait pas complètement à notre attente. Il nous doit quelques nouvelles du président de l'Académie Mallarmé, M. Édouard Dujardin.
Durant l'occupation, l'Académie Mallarmé n'a été illustrée ni par un Valéry, obstinément silencieux et méprisant, ni par un Charles Vildrac, vrai combattant de la Résistance.
Dans les journaux allemands de Paris, on ne parlait de la jeune Académie qu'en association avec le nom de M. Édouard Dujardin, fleuron de l'Institut allemand et personnage choyé du Dr Karl Epting qui, ne réussissant pas toujours à rabattre les proies de son goût et de son choix, finissait par imiter le héron de notre La Fontaine.
Tandis que les Français payaient tribut, cet astucieux président qu'était et qu'est toujours M. Dujardin opérait des reprises. C'est assurément le seul titre de gloire que lui laissent les noires années.
En 1941, il se faisait offrir un magnifique banquet par l'occupant ! L'oiseau est de haut vol, M. Paul Fort apporta à cette fête solennelle des égarements de cœur que les années ne devaient pas décourager et, partant, la preuve que les poètes même authentiques ont parfois une vue plus charmante que droite de leurs devoirs.
L'intérêt très vif du trait que nous citons de l'activité de M. Édouard Dujardin réside en ceci : à la Présidence de son Académie ce banqueteur et commensal de l'occupant avait succédé à Saint-Pol Roux, le poète assassiné par un membre de la Wehrmacht...
Nous n'avons, bien sûr, rien à souffler à l'oreille de M. Henry Charpentier. Il est déjà si tard, si tard... Comment n'a-t-il pas deviné que, dans Paris libéré, une Académie ne saurait élever la voix sans avoir d'abord satisfait aux devoirs de l'hygiène ?
dimanche 2 octobre 2011
L'Académie Mallarmé sous l'occupation - dernier épisode de notre feuilleton, réalisé à partir de coupures du MATIN
Vendredi 20 juin 1941
Mardi 14 octobre 1941
Lundi 22 décembre 1941
Vendredi 27 mars 1942
Mercredi 9 décembre 1942
Mercredi 13 janvier 1943
Mardi 29 juin 1943
Jeudi 18 mai 1944
Addendum : Un lecteur du blog nous a récemment écrit pour nous signaler et réparer un oubli. Nous n'avions effectivement pas donné le nom du récipiendaire du prix Âge Nouveau de l'Académie Mallarmé, pour l'an 40. Et pour cause, nous ne l'avions pas retrouvé au cours de nos feuilletages de la presse quotidienne. Grâce à M. Cédric Allegret, nous pouvons désormais compléter l'historique palmarès : c'est Paul Bulliard (1911-1943) qui remporta la poétique couronne, cette année-là, grâce à Chacun sa croix, recueil préfacé par André Dez. Sur l'auteur, nous renvoyons à la page bien documentée que lui consacre M. Allegret.
dimanche 4 septembre 2011
Clichés des Académiciens Mallarmé
dimanche 24 octobre 2010
Saint-Pol-Roux, un banquet, une photo : réponses & résultats
1. Saint-Pol-Roux2. Edouard Dujardin3. Francis Vielé-Griffin4. André Fontainas5. Jean Ajalbert6. Divine Saint-Pol-Roux7. André Rolland de Renéville8. Roger Lannes9. Maurice Genevoix (?)10. Michel Manoll (?)11. Edmond Jaloux (?)
vendredi 4 septembre 2009
L'Académie Mallarmé : dernier épisode
Journal des débats politiques et littéraires - 14 avril 1940
On ne croyait sans doute pas encore à la défaite, bien réelle deux mois plus tard.Le prix Mallarmé sera décerné cette année, comme les années précédentes, au commencement de juin. Les membres de l'Académie Mallarmé se réunissent mardi prochain, à la Bibliothèque nationale, pour en fixer la date exacte et faire un premier recensement des candidatures.
Journal des débats politiques et littéraires - 4 juin 1940
Et l'ajournement devait se prolonger... car ce fut le temps des éloignements, des tragédies et de la mort. Mort, d'abord, de Mme Francis Vielé-Griffin, veuve du grand poète et premier président, donatrice du prix.Les membres de l'Académie Mallarmé ont décidé, vu les circonstances, d'ajourner l'attribution du prix Mallarmé, qui avait été fixée au 4 juin.
La Croix - 17 juillet 1940
On annonce le décès de Mme Francis Vielé-Griffin, survenu à Bourganeuf, le 4 juillet 1940. Elle était la veuve du poète Francis Vielé-Griffin, mort en 1937, commandeur de la Légion d'honneur, membre de l'Académie de Belgique, président de l'Académie Mallarmé. Cette mort met en deuil les familles Teyssandier de Laubarède, Guy Lavaud et du Mas de Paysac. Cet avis tient lieu de faire-part.
Le Figaro - 28 septembre 1940
Pour être jeunette et encore mal installée dans la réputation littéraire, l'Académie Mallarmé a un malheur commun avec les Quarante du pont des Arts et les Dix de la place Gaillon : elle est dispersée sur tout le territoire.
M. Materlinck se trouvait récemment encore au Portugal ; Mme Gérard d'Houville séjourne dans les Pyrénées ; M. Jean Cocteau a choisi la côte méditerranéenne ; M. Ferdinand Hérold l'Isère ; M. Jean Ajalbert a apporté à Vic-sur-Cère le double rayon des Goncourt et des Mallarmé ; Saint-Pol Roux est à Camaret ; Lyon a reçu la flânerie pensive de M. Henry Charpentier.
M. Paul Fort a rejoint à Paris M. Léon-Paul Fargue.
Mais où sont MM. Valéry Larbaud, Charles Vildrac, Albert Mockel et André Fontainas ?"Saint-Pol Roux est à Camaret" annonce le Figaro aussi légèrement qu'il annoncerait une villégiature. Comme s'il ne s'était rien passé de terrible à Camaret, comme si la machine infernale n'avait commencé à broyer l'univers merveilleux du Magnifique. Comme si la mort ne s'était déjà installée à demeure.
L'Ouest-Eclair - 19 octobre 1940
Mort d'un poèteSaint-Pol-Roux le Magnifique
Saint-Pol-Roux est mort, silencieusement, en des jours où nous vivons hors de la durée et avec le sentiment d'une absence sans limites. Il est mort à Brest, au bout du monde, et il nous faut faire un effort de mémoire pour nous rappeler son âge. Tel Homère, ce Méditerranéen n'avait pas besoin d'état civil historique : ce n'est pas parce qu'il était né le 15 janvier 1861 qu'il laissera dans le cœur de ceux qui l'admiraient et qui l'aimaient la vision du patriarche des légendes ; on oubliait qu'il avait vu le jour à Saint-Henri, dans la banlieue de Marseille, pour ne le situer qu'à Camaret.
Et pourtant, si Paul Roux, en se fixant en Bretagne, avait ajouté un Saint ivre de la magnificence du verbe à tous les cocasses petits saints de la toponymie régionale, quelle mimique héréditaire ne reproduisait-il pas, en baptisant : "Thalassa !" un de ces oiseaux des tempêtes qu'apprivoisait sa fille Divine ?
Mais, il n'y avait rien de marmoréen dans ce vieux poète qui survivait, magnifiquement, isolé par sa technique, au symbolisme.
Il avait passé par Paris, étoile filante de la Pléiade. Puis, remontant la route des vagabondages de Verlaine, il avait voulu s'ensauvager dans la noire forêt des Ardennes. Il y écrivit sa Dame à la Faulx, que la Comédie-Française jouera.
Parmi les pêcheurs de sardines de Camaret, il trouva l'homme selon son âme. A ses "Reposoirs de la Procession", il va ajouter : "La Rose et les Epines du chemin", "Anciennetés", "De la Colombe au Corbeau par le Paon", "Les Féeries intérieures". Sur la pointe du Toulinguet, son sens de la cantilène se gonfle du souffle océanique, pour nous donner des chefs-d'œuvre de prose rythmée et assonancée, et de ce manoir Cœcilian, qui porte le nom d'un fils disparu pendant la grande guerre, il fit un burg lyrique où s'isoler dans l'orgueil d'une vie exclusivement vouée à l'image et à la mélodie.
Dans cette veille, où nous ne pouvons qu'imaginer son effigie tumulaire, froide et blanche, rouvrons son dernier recueil, cette "Mort du Berger", où il lamente le trépas de son ami, un curé de Camaret : "Lieu d'arrivée, lieu de départ ; on arrive, l'on part. Tout est pareil dans la nature... sinon que, par-dessus le glas, les goélands, dans la lumière, éparpillent un cri semblable au bruit des clefs étincelantes de saint Pierre".
Derrière Divine, la fille chérie, ils se presseront les marins que le bon Saint-Pol-Roux tutoyait quand ils ramenaient "l'arc-en-ciel des bancs dans leurs filets", et toutes ces jeunes générations auxquelles, débonnairement, il a fait passer le certificat d'études.
L'Académie Mallarmé célébrera en lui un des derniers représentants du mouvement symboliste. Nous dirons simplement : "Le Poète est mort !", en percevant, jusqu'à l'hallucination, sa voix dorée, et en le revoyant lever les bras pour une incantation.
F[lorian] Le R[OY].
Le Figaro - 9 novembre 1940
Mort de Ferdinand Hérold
Le poète A. Ferdinand Hérold est mort dans sa propriété de Lapras-Saint-Basile (Ardèche). Il fut un des fondateurs du Mercure de France.
Membre de l'Académie Mallarmé, il figurait dans cette ultime représentation du symbolisme qui vient de perdre, presque à la même heure, Saint-Pol Roux le Magnifique.
Le Figaro - 28 décembre 1940
Une autre Académie souffre de difficultés de recrutement. Elle est la dernière née, sans gîte et sans ressources. L'Académie Mallarmé a espéré incarner la poésie, mal accueillie dans les autres Compagnies.
Deux de ses membres : Saint-Pol-Roux et Ferdinand Hérold, viennent de mourir. Mais, soupire-t-on, comment leur élire des successeurs ? Il n'y a à Paris que trois électeurs, Paul Valéry, L.-P. Fargue et E. Dujardin. Les autres sont dispersés dans les provinces.
Le soupir ne nous émeut guère. Serait-il meilleur de faire vivre normalement les institutions littéraires dans une France dont l'état est si cruellement anormal ?Mais, on a déjà eu l'occasion de le vérifier, nos jeunes académiciens avaient bien de la ressource, et, en 1941, l'Académie, procédant à de nouvelles élections, se refit une santé.
Journal des débats politiques et littéraires - 16/17 juin 1941
Le professeur Mondor, membre de l'Académie de Médecine, vient d'être élu à l'Académie Mallarmé.
Le professeur Mondor a publié notamment un ouvrage sur l'amitié de Verlaine et Mallarmé.
Le Figaro - 15 octobre 1941
L'Académie Mallarmé a renouvelé son bureau
Paris, 14 octobre. - On annonce qu'au cours de sa dernière séance l'Académie Mallarmé a renouvelé son bureau, les deux tiers de ses membres se trouvant actuellement à Paris.
Ont été élus : MM. Jean Ajalbert, Paul Valéry, Charles Vildrac qui a accepté les fonctions de trésorier et Henry Charpentier, celles de secrétaire général.
L'assemblée a élu pour président M. Edouard Dujardin.
Le Figaro - 20/21 juin 1942
Activité de l'Académie Mallarmé
Voici six ans peut-être est venue au jour une Académie de poètes qui a pris le nom d'Académie Mallarmé.
L'on devine de quelle pensée profonde elle est née : que l'on est peu de chose dans les honneurs si l'on n'est académicien. Les poètes regardaient les Compagnies littéraires et combien ils étaient oubliés. Ils voyaient l'Académie Française élire des hommes plus polis que brillants et ils se disaient : "Pourquoi pas nous ?" Ils assistaient au tintamarre que déclenchaient les faits et gestes de l'Académie Goncourt et ils songeaient qu'un tintamarre est toujours bon.
Faute d'être une Académie existante, ils en ont fait une. Il faut croire que leur protestation contre la négligence contemporaine à l'endroit de la Poésie n'était pas tant gratuite puisque Paul Valéry d'abord, puis Paul Fort, Léon-Paul Fargue ont apporté à l'institution le secours de leur gloire et le poids de leur talent.
L'homme de peine, le maçon et tout à la fois le cuisinier de l'Académie Mallarmé fut une sorte de grand homme du nom d'Edouard Dujardin. Personne n'a jamais dit avec fermeté s'il avait ou non quelque talent littéraire. A son nom les vénérables aînés déclarent :
- Il a fait "Les lauriers sont coupés".- C'est une romance ?- Un livre, un livre... un récit poétique, celui de l'invention du monologue intérieur.
Le monologue intérieur est éternel. Du moins M. Dujardin prenait-il, sous cette fiction, une place dans la vie littéraire.
L'Académie Mallarmé eut cette particularité d'être sans dotation, sans local, sans costume : un enfant nu sur la paille. Les poètes qui la composent vont, selon un chemin tout tracé, déjeuner place Gaillon - c'est le moment suprême de leur existence - et puis ils partagent l'addition.
Ainsi, ayant choisi façade bourgeoise, ces poètes académiciens n'ont pas réussi, en tant que Compagnie, à passer le cap des existences falotes et menaçées.
***
L'Académie Mallarmé décernera son prix annuel mardi - ou plutôt deux prix : celui de 41 et celui de 42.
Bilan cruel et injuste. Mais qui rappelle assez bien les difficultés endurées par la jeune Académie poétique. Et, en cette année 1942, il y eut effectivement un prix, et un seul.Le premier irait à Pius Servien et le second serait partagé entre Mme Yanette Delétang-Tardif et Georges Pillement.
Le Figaro - 25 juin 1942
Le Prix Mallarméa été attribuéà Mme Delétang-Tardif
Aujourd'hui, le prix de poésie Mallarmé a été décerné au cours d'un déjeuner qui réunissait notamment : MM. Edouard Dujardin, Paul Fort, Charles Vildrac, Léon-Paul Fargue, Cocteau, etc. Le prix a été attribué à Mme Jeanette (sic) Delétang-Tardif.
La Croix - 1er mai 1943
M. Félix Fénéon est élu membrede l'Académie Mallarmé
L'Académie Mallarmé qui avait décidé de ne pas élire de nouveaux membres avant la fin des hostilités, vient de revenir sur cette décision en désignant M. Félix Fénéon, en remplacement de M. Ferdinand Hérold, décédé récemment.
C'est à l'issue du déjeuner qui réunissait la semaine dernière, au restaurant Drouant, les membres de l'Académie que le nom de M. Fénéon fut prononcé. Il était alors plus de 15 heures. Malgré cette heure tardive, une unanimité sympathique se réalisa autour de ce nom et l'idée vint de procéder aussitôt à une élection.
Le nouveau membre de l'Académie Mallarmé est âgé de 83 ans. C'est un ancien ami de Mallarmé qui le tenait en haute estime. "C'est un des critiques les plus fins de notre temps", disait-il, en parlant de lui. Ancien co-directeur de la Revue indépendante et de la Revue Blanche, M. Félix Fénéon a joué un rôle très important dans l'histoire de l'impressionnisme et du symbolisme. Les oeuvres complètes du nouvel académicien sont précisément en instance d'être éditées par la maison Gallimard avec une présentation de M. Jean Paulhan. La plus grande partie n'a pas été jusqu'ici réunie en volume et se compose d'études littéraires, de critiques d'art et de préfaces à différents ouvrages.Sur cette bonne nouvelle, s'achève notre feuilleton. L'Académie Mallarmé vit toujours, d'une vie sans doute moins précaire qu'à ses débuts. Ses membres actuels, apparemment plus nombreux qu'hier, en connaissent-ils tous l'histoire ? Peut-être. Peut-être pas. Désormais, il ne tient qu'à eux d'en lire le récit documenté.
Nota : Pour lire les précédents chapitres, il suffit de se téléporter ici.
lundi 6 juillet 2009
L'Académie Mallarmé : le prix de poésie 1939
Le Journal des débats politiques et littéraires - 27 mai 1939
Le prix Mallarmé sera décerné le mardi 6 juin. Une réunion préparatoire des membres de l'Académie Mallarmé vient d'avoir lieu au restaurant Drouant et a été consacrée à un premier examen des candidatures assez nombreuses qui ont été posées.
Le Figaro - 3 juin 1939
La couronne du poète
L'Académie Mallarmé décernera mardi prochain son prix de Poésie.
C'est une jeune compagnie. Elle ne peut s'offrir des drames sur la grande scène - et puis la poésie ne se prête qu'à demi à la passion sportive.
Le jury est pourtant bel et bien divisé par le cruel débat : jeunes ou vieux ? Le prix encourage-t-il un jeune talent qui fait sa première preuve ou apporte-t-il un rayon à l'une de ces têtes chenues mais méritantes que la première ombre assaille ?
Au camp de la jeunesse M. Patrice de la Tour du Pin, le poète de Quête de joie, a des chances. M. Jean Follain aussi. M. Ivan Goll idem.
Si les vétérans devaient emporter la couronne, ce serait pour le front de M. Henri Hertz.
La Girouette.
Le Figaro - 7 juin 1939
L'académie Mallarmé fait trois lauréats
L'académie Mallarmé a décerné hier son prix de poésie annuel, avant un déjeuner qui réunissait ses membres place Gaillon.
Le mérite poétique n'est pas plus facile qu'un autre à découvrir.
Dès midi MM. Dujardin, Mockel, Vildrac, Ferdinand Herold se serraient autour du président Saint-Pol-Roux et commençaient à causer sérieusement devant les sandwiches-apéritifs. Peu après, M. Ajalbert, qui avait les airs de qui a épousé le printemps ; Paul Fort, le béret basque en bataille ; M. Fontainas, l'air déjà brisé, et M. Cocteau, caracolant, rejoignaient leur assiette respective. Les délibérations promettaient d'être longues.
Pourquoi ? Ce n'était qu'une impression née du peu d'enthousiasme affiché par le jury. Non plus réconfortantes furent les arrivées de M. Henry Charpentier et de Mme Gérard d'Houville. Quant à M. Léon-Paul Fargue, surgi bon dernier de l'ascenceur, il eut un geste las et déclara : "Je n'ai pas faim", sans qu'on sût à quelles nourritures il faisait allusion. On savait que MM. Maeterlinck, Paul Valéry et Valéry-Larbaud étaient empêchés. Le jury n'avait plus qu'à voter.
Les résultats furent acquis à 13h. 15 et M. Dujardin prit soin de les commenter d'abord.
L'Académie était en proie à un double scrupule : couronner un jeune poète ou un aîné ? Un poète classique ou un moderne ? La générosité de Mme Vielé-Griffin et celle du groupe, en formation, des Amis de l'Académie Mallarmé lui ont permis de résoudre ces difficultés. Disposant de 9.000 fr., elle a réparti cette somme en trois prix de 3.000 fr. L'un à un aîné, M. Henri Hertz ; les deux autres à des jeunes, MM. Jean Follain et André Bellivier.
L'Académie eût aussi couronné l'auteur de Quête de joie, M. Patrice de la Tour du Pin. Mais ce dernier s'est récusé, préférant que quelqu'un d'autre bénéficiât de cet encouragement.
M. Henri Hertz est né le 17 juin 1875, à Nogent-sur-Seine. Il débuta en 1895 à la Revue générale. Son premier volume parut en 1906, chez Messein, sous ce titre : Quelques vers. En 1909 parut chez Grasset les Mécréants, mystère civil en quatre actes. En 1912, à la Phalange, un nouveau recueil de poèmes : Apartés. Un autre en 1921 : Lieux communs. Citons deux livres de prose : Sorties et Vers un monde volage, qui sont des séries de croquis de la vie moderne ; un ouvrage mixte, vers et prose, Le Guignol horizontal et, enfin, son dernier recueil de poèmes : Passavant, qui reste dans la veine fantaisiste.![]()
M. Jean Follain, dont on fait généralement précéder le nom de l'épithète de "délicieux", est avocat. Il donne des chroniques savoureuses à la N.R.F. avec des trouvailles de mots dont son ami Audiberti dit "qu'ils font froid dans le ventre". On lui doit les Epiceries d'Enfance et les Chants terrestres. Son lyrisme est familier, ironique et bien en chair.
Placides, les maçons de la CreuseEn longues bandes silencieusesRetraversaient Paris le soirJusqu'à leurs dortoirs de barrière.
Un, puis deux, puis trois lauréats, en trois remises de prix, la jeune Académie Mallarmé fut, à ses débuts, bien prodigue, aimant les poètes. Etait-ce en pressentiment des années noires qui allaient suivre ? Peut-être, on en profitait d'ailleurs pour organiser un (dernier) pèlerinage à Valvins, le dimanche 9 juillet, et banqueter à l'occasion de l'ultime séjour du Président Saint-Pol-Roux à Paris. Ce fut, quelques jours après la remise des prix, le 19 juin à la Brasserie Lipp. J'en dis quelques mots déjà dans un précédent billet consacré à René de Berval, mais un article retrouvé par mon ami Christopher Todd me donne l'occasion d'allonger ce feuilleton.M. André Bellivier, l'auteur d'un recueil, Poèmes, où il s'inspire de Saint-Jean de la Croix. - L. E.
L'Intransigeant - 4 juillet 1939
LA VIE LITTERAIRE
Saint-Pol-Roux à Paris
Un dîner en l'honneur de Saint-Pol-Roux n'est, certes, pas chose commune. On se souvient encore - et l'histoire littéraire anecdotique en conservera longtemps le souvenir - du dernier qui eut lieu à la Closerie des Lilas en 1925, dîner où les Surréalistes cassèrent force vaisselle et brisèrent maints carreaux. Un seul écrivain n'avait pu se résoudre à venir ainsi flétrir la majesté de celui qui, au temps du Symbolisme, mérita le surnom de Magnifique. Aussi Paul Eluard, affectueux et discret, s'était-il fait représenter par une magnifique gerbe de lys.
Toute l'année, Saint-Pol-Roux habite dans son manoir au fond d'une Bretagne que ne hantent que les goélands - apprivoisés par la fille du poète, Divine - et les lames d'une mer souvent périlleuse. Il ne vient à Paris qu'une fois l'an, et cela pour présider le déjeuner de l'Académie Mallarmé, au cours duquel celle-ci décerne son prix de poésie. Aussi l'arrivée du doyen de la poésie française émut-elle profondément ses amis intimes qui résolurent de se réunir pour, en un dîner, témoigner de leur attachement et à la grande poésie, et au Magnifique.
C'est ainsi que, l'autre soir, une des brasseries les plus littéraires de la rive gauche groupait, autour de Saint-Pol-Roux et de sa fille Divine, des Académiciens Mallarmé : Edouard Dujardin, Charles Vildrac, et Henry Charpentier, qui fraternisèrent avec de nombreux jeunes poètes : Jean Follain, Fernand Marc, Claude Sernet, Roger Lannes, A. Rolland de Renéville, Marcel Sauvage, etc.
Un message de Paul Fort qui, souffrant, s'excusait de n'avoir pu venir et rendait hommage à son "Maître Saint-Pol-Roux, le Goethe-à-images" fut fort applaudi. On prépara en commun le pèlerinage du 9 juillet à Valvins, à l'occasion de l'anniversaire de la mort de Mallarmé et on se sépara en s'embrassant fraternellement.
A l'heure actuelle, Saint-Pol-Roux a rejoint son manoir enchanté. Il a abandonné Paris sa Dame à la Faulx qui, montée au cinéma par Abel Gance, serait un des plus grands films lyriques et mystiques qu'on ait jamais représentés.
Les Treize.
(à suivre...)
dimanche 10 mai 2009
Le prix de poésie de "L'Âge Nouveau" remis par l'Académie Mallarmé : et les lauréats sont...
Le Figaro - 14 octobre 1938
On sait que la revue L'Age nouveau a fondé un prix de poésie et a chargé l'Académie Mallarmé de le décerner - ce qui n'est pas une mauvaise idée : la jeune Académie de poètes chevronnés manque d'occupations.
La revue en question communique elle-même en ces termes ses pronostics : "Parmi les possibles lauréats, on indique les noms de Mme Céline Arnauld, du jeune poète André Dez, de M. Jacques Dyssord, fantaisiste de grand talent ; de M. Wilfrid Lucas, l'auteur des Cavaliers de Dieu ; de M. Pierre Pascal, poète traditionnel et fécond, et surtout de MM. Henri Hertz et Marcel Martinet, qui, depuis longtemps, ont fait leurs preuves."
Journal des débats politiques et littéraires - 5 novembre 1938
Arts et Lettres
C'est le 8 novembre, chez Drouant, à midi trente, que sera désigné, le lauréat du prix de poésie, fondé par la revue l'Age nouveau. L'Académie Mallarmé doit décerner ce prix à un jeune.Il revient, bien sûr, à la revue organisatrice, de donner le résultat du vote.
L'Âge Nouveau - n°9 - novembre 1938
NOTRE PRIX DE POESIE
Après diverses réunions, l'attribution du prix de L'Age Nouveau a eu lieu, chez Drouant, au cours d'un déjeuner amical qui réunissait autour de la table ronde, MM. Jean Ajalbert, Jean Cocteau, Edouard Dujardin, Léon-Paul Fargue, Paul Fort, A. Ferdinand Hérold, H. Charpentier, Albert Mockel, Charles Vildrac et Marcello-Fabri. - MM. Maeterlinck, Saint-Pol-Roux, Paul Valéry, Fontainas et Valéry Larbaud avaient voté par correspondance. Mme Gérard d'Houville s'était excusée.
La presse avait annoncé que la lutte serait chaude, - les lauréats possibles indiqués après les premiers échanges de vue n'étaient pas moins de huit : Mme Céline Arnauld, - le jeune poète André Dez, - Jacques Dyssord, un fantaisiste de grand talent (v. notre N°8) - Wilfrid Lucas, le poète des Cavaliers de Dieu (v. notre N°4) - Pierre Pascal, poète traditionnel et fécond de qui nous donnerons quelques vers dans un de nos prochains numéros, - et surtout Henri Hertz et Marcel Martinet notoires depuis longtemps. - Un outsider : Roger Lannes, présenté par Jean Cocteau - et l'on sait avec quel tact et quelle flamme Jean Cocteau soutient une candidature.
Ce furent les deux plus jeunes qui furent choisis : MM. André Dez et Roger Lannes ont, l'un et l'autre, un bel avenir devant eux. L'un et l'autre ont leurs tiroirs garnis de manuscrits. Puisse le prix de "L'Age Nouveau" les mettre en selle. Jamais la position des jeunes poètes n'a été aussi difficile. - Mais Roger Lannes et André Dez ont de si grands mérites : le premier par une fraîcheur de timbre que notre époque ne nous apporte pas tous les jours, le second par une densité inhabituelle chez un poète de vingt-trois ans, - qu'il nous apparaît certain de les voir conquérir rapidement, grâce aux publications importantes qu'ils préparent, la place de choix que nous ambitionnons pour eux. L'Age Nouveau voudrait ne pas se contenter de les voir laurés, mais notre revue se propose de les aider le plus efficacement possible.
M. André Dez est l'auteur du recueil : "Exigences". Il était déjà celui de "Lame de fond".
M. Roger Lannes est l'auteur du recueil : "Les voyageurs étrangers". Il doit publier un roman cet hiver.
Le talent des deux poètes apparaissant égaux aux membres du jury, "L'Age Nouveau" a décidé de donner deux prix, (chacun de cinq mille francs), au lieu d'un seul.
A. N.
Le Figaro - 9 novembre 1938
L'Académie Mallarmé laure un front de poète
L'Académie Mallarmé, qui était chargée de décerner le prix de poésie fondé par une revue, L'Age nouveau, a couronné hier, à l'unanimité, le jeune poète Roger Lannes, parmi les candidats qui s'offraient à son suffrage.
MM. Jean Cocteau, L.-P. Fargue, E. Dujardin, Jean Ajalbert, P. Fort, A. Mockel, F. Hérold, Henry Charpentier siégeaient à table. Les autres membres de l'Académie avaient voté par correspondance.
M. Roger Lannes a publié Les Voyageurs étrangers, recueil de poèmes qui rassemble son oeuvre jusqu'ici venue au jour - art de poète, agile, ingénieux, aussi prompt à saisir et à créer les plus charmantes correspondances entre la nature et les êtres.
Des étoiles jeunes et fièresTraversent la chambre de la nuit.Le sommeil du dormeurS'ouvre à leur neige légère.Le printemps siffle dans le cielComme une lanière tranquille.
M. Roger Lannes est né à Paris en 1910.
Les Alguazils.
Le Figaro - 11 novembre 1938
A l'Académie Mallarmé
Le prix de poésie qu'a décerné mardi l'Académie Mallarmé pour le compte d'une revue L'Age nouveau a eu deux colauréats, et par une erreur que nous réparons spontanément, nous n'en avions retenu qu'un.
M. André Dez a remporté en effet l'unanimité des suffrages pour son recueil Exigences (Ed. Corrêa). Le jeune poète qui a vingt-quatre ans et professe au lycée Lakanal avait publié déjà Lames de fond. Il prépare un roman Ligne courbe.
Fontaine - 2e année, N°11, oct.-nov. 1940
SAINT-POL-ROUX
L'exercice d'une magistrature poétique manque à notre temps. J'eusse volontiers revêtu de son infaillibilité le personnage sacerdotal qu'était Saint-Pol Roux. Lui, vivant dans la posture de Chateaubriand mort, à l'extrémité géographique de l'Occident, au lieu même de son embarquement océanique, symbolisait l'idée de cette fonction pure à laquelle notre époque a cru, impunément, qu'elle pouvait retirer le pouvoir exécutif.
D'autres loueront la sonorité ruisselante du verbe pol-rousselien. J'admire aujourd'hui surtout qu'il se soit identifié à ce point au silence que c'est à peine si on se rend compte maintenant combien ce poète ne disparaît pas, mais, d'horreur, se recule.
Roger LANNES.
dimanche 19 avril 2009
Quand Saint-Pol-Roux, président de l'Académie Mallarmé, célébra Villiers de l'Isle-Adam
Il est à peu près certain que Saint-Pol-Roux, lors qu'il ne s'intitulait encore que Paul Roux, rencontra Villiers de l'Isle-Adam. La légende veut que ce dernier fût tellement impressionné par les vers de "Golgotha" (1884) qu'il les retint par coeur. Le jeune poète, incontestablement, admirait l'auteur des Contes cruels ; son théâtre en porte des témoignages diffus. En 1886, il lui dédia "Lazare", qui parut d'abord dans La Pléiade, où officiaient également les camarades Darzens, Quillard, Ajalbert, Mikhaël, qui fréquentèrent aussi Villiers, avant de paraître en plaquette, imprimée à compte d'auteur, la même année. Villiers de L'Isle-Adam fut un des premiers maîtres du Magnifique, avant même Mallarmé sans doute.Le Figaro - 6 juillet 1938
Pour le centenaire de la naissance de Villiers de l'Isle-Adam
Le journal littéraire Le Goéland vient de constituer un comité destiné à commémorer, au cours de l'année 1938, le centenaire de la naissance, à Saint-Brieuc, de Villiers de l'Isle-Adam. Ce comité d'honneur, sous la présidence de Mme Rachilde, a reçu, notamment, les adhésions de Mmes Segond-Weber, Gabrielle Réval, Perdriel-Vaissière, comtesse du Pontavice de Heussey ; MM. J.-H. Rosny aîné, Maurice Maeterlinck, Jean Ajalbert, Grégoire Le Roy, Georges Duhamel, Saint-Pol Roux, Maurice Beaubourg, Paul Fort, Fernand Gregh, Gustave Cohen, le statuaire Jean Boucher, le musicien Ricardo Vinès, Fernand Vandérem, André Billy, Léon Deffoux, Edouard de Rougemont, André Fontainas, Louis Mandin, René Martineau, J. Van Melle, Léon Bocquet, Jacques Dyssord, Guy-Charles Cros, Julien Cain, Jean de la Varende, H.-D. Davray, Jean Paulhan, J.-H. Aubry, Jean des Cognets, Marcel Millet, l'acteur Larochelle, qui met Axël à la scène, Jacques Bernard, Georges L. Garnier, Florian Le Roy, directeur de Bretagne, etc...Comité d'organisation : MM. Marcel Longuet, Roger Vercel, Théophile Briant, directeur du Goéland à Paramé (Ille-et-Vilaine). Secrétariat : M. Marc Loliée, 40, rue des Saints-Pères, à Paris.
"Un comité de patronage, dont M. Roger Vercel a accepté la présidence, a pris l'initiative des fêtes qui seront célébrées à Saint-Brieuc, sous les auspices et sous l'autorité de l'Académie de Bretagne. Une plaque sera posée sur la maison natale du grand écrivain. Des manifestations théâtrales et radiophoniques sont envisagées.
La principale manifestation eut lieu moins d'un mois plus tard, le 7 août 1938. La presse s'en fit l'écho ; je ne reproduirai ici que deux comptes rendus, pour éviter les répétitions et être toutefois le plus complet possible.A Paris, des manifestations sont également prévues pour l'automne, notamment une exposition de souvenirs, biographiques et iconographiques, manuscrits, autographes. Les organisateurs seraient reconnaissants de toute communication à cet égard au secrétariat, 40, rue des Saints-Pères, Paris."
L'Ouest-Eclair - 8 août 1938
LE CENTENAIRE DE VILLIERS DE L'ISLE-ADAMA ETE CELEBRE HIER A SAINT-BRIEUC
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De nombreuses personnalités littéraires assistaientà cet hommage au grand écrivain breton
SAINT-BRIEUC, 7 août (de notre rédaction). - Saint-Brieuc a célébré comme il se devait le centenaire de Mathias de Villiers de l'Isle-Adam. A ces fêtes organisées par l'Académie de Bretagne, la municipalité et le Syndicat d'initiative de Saint-Brieuc, assistait toute une élite littéraire, dont nous relevons les principaux noms : le poète Saint-Pol Roux, président de l'Académie Mallarmé, qui présidait les fêtes (M. André Chevrillon, de l'Académie française, avait dû s'excuser, étant souffrant, ainsi que M. Rosny aîné), MM. Roger Vercel, président de l'Académie de Bretagne ; Jean des Cognets, vice-président ; Jérôme et Jean Tharaud, représentant la Société des Gens de Lettres, le maître compositeur Guy Ropartz et de nombreux écrivains de la région, dont notre confrère Florian Le Roy, secrétaire de l'Académie de Bretagne.Le gala littéraire donné au théâtre municipal et auquel assistaient M. le préfet des Côtes-du-Nord et M. le maire de Saint-Brieuc fut un véritable régal. On entendit des chants bretons par le Cercle Celtique de Perros-Guirec et de Saint-Nicolas de Pélem, une audition de lag-pipe et une remarquable conférence par M. Jean de la Varende, grand prix du roman de l'Académie française de 1938, sur la vie de Villiers de l'Isle-Adam. La séance se termina par une pièce de Villiers : l'Evasion, jouée par la troupe du Scarabée.
Ce matin, vers 10 heures, le cortège officiel accompagné de la famille de Villiers de l'Isle-Adam, arrivait devant la maison natale du grand écrivain breton, 2, rue Saint-Benoist, où fut inaugurée une plaque commémorative. De là, les officiels se rendirent aux Grandes Promenades devant la statue de Villiers de l'Isle-Adam, inaugurée en 1914 par Viviani. Pendant que la musique du 71e d'infanterie jouait des airs de Wagner devant la stèle, les personnalités présentes se recueillaient.Puis M. Briant déposa une gerbe de fleurs au nom de Mme Rachilde. On entendit ensuite les discours de M. Briant, directeur du Goéland ; Longuet, au nom des amis de Villiers de l'Isle-Adam ; Roger Vercel, au nom de l'Académie de Bretagne ; Jean Tharaud, au nom de la Société des Gens de Lettres et Saint-Pol-Roux.
Après cette cérémonie, eut lieu un grand banquet à l'Hôtel d'Angleterre, réunissant toutes les personnalités déjà nommées, M. le chanoine Rose, vicaire général, représentant Mgr Serrand, évêque de Saint-Brieuc, et M. Mauléon, secrétaire général, représentant M. le préfet es Côtes-du-Nord.
Dans l'après-midi, la foule se porta vers le port de Légué Saint-Brieuc, où se tenait une grande fête de la mer avec diverses épreuves nautiques, défilé de bateaux fleuris, etc...
Le soir, une fête de nuit eut lieu avec bal, illuminations, et feu d'artifice.
Journal des débats politiques et littéraires - 8 août 1938
A Saint-Brieuc, pendant la commémorationde Villiers de l'Isle-Adam
(Par dépêche de notre envoyé spécial)
Saint-Brieuc, le 7 août.
Je n'étais pas revenu à Saint-Brieuc depuis l'inauguration du monument érigé en 1030 à Anatole Le Braz. La vieille cité bretonne était aujourd'hui en fête pour un de ses fils non moins célèbres, Jean-Maris-Mathias-Philippe-Auguste Villiers de l'Isle-Adam. La personnalité de l'auteur des Contes cruels n'est pas particulièrement indiquée pour les hommages de la foule, mais on ne s'en serait pas douté à voir la multitude empressée qu'avait fait accourir la cérémonie commémorative de la naissance de l'écrivain.
L'immeuble où naquit Villiers présente une large façade qui la fait comparer souvent à une caserne provinciale et l'analogie vient en effet facilement sous la plume. Cet immeuble, en retrait, est actuellement le "Grand Hôtel moderne". Le voilà maintenant adorné d'une plaque qui rappelle que là, le 7 novembre 1938, naquit l'un des esprits les plus originaux du 19e siècle.
Ce n'est d'ailleurs pas le premier hommage que Saint-Brieuc rend à Villiers puisque, en 1913, René Viviani, qui était alors ministre de l'instruction publique, inaugura un buste dû à Le Goff père.
Les fêtes avaient commencé hier soir par une conférence faite au Théâtre municipal sur l'oeuvre de Villiers de l'Isle-Adam, par M. Jean de la Varende, l'auteur de Pays d'Ouche. Une pièce de Villiers fut interprétée ensuite : l'Evasion. Enfin des artistes bretons chantèrent de vieux airs choisis avec beaucoup de goût dans le répertoire du folklore.
Ce matin, il y eut quelque déception car la manifestation du souvenir était placée sous la présidence effective de M. André Chevrillon, de même qu'elle était placée sous la présidence d'honneur de M. Paul Valéry et de M. Maeterlinck, M. Chevrillon, empêché au dernier moment, fut remplacé par M. Saint-Pol Roux, président de l'Académie Mallarmé et doyen de l'Académie de Bretagne.
Après une messe célébrée à la cathédrale Saint-Guillaume, la plaque de marbre a été dévoilée ; les personnalités se rendirent en cortège sur les grandes promenades où se dresse le buste de l'auteur d'Isis. Cinq discours furent prononcés, l'un par M. Longuet, chef du service de la presse au ministère de l'Intérieur, par M. Théophile Briant, directeur du Goéland et qui vient de publier avec beaucoup de succès Les Amazones de la Chouannerie, par M. Jean Tharaud, qui loua en termes très heureux celui "dont la vie n'a été qu'un long conte cruel déçu par la disproportion qu'il y avait entre le monde imaginaire avec lequel il vivait et la plate misère dont il était environné" ; par M. Roger Vercel, qui obtint le prix Goncourt en 1936, et enfin par M. Saint-Pol Roux qui, bien que né sous le soleil de Provence, sut apporter à l'un des plus prestigieux écrivains bretons le tribut d'une gratitude somptueusement compréhensive. La figure de Villiers de l'Isle-Adam apparut au long de ces éloges dans une lumière de vérité.
Un banquet suivit sous la présidence de M. Saint-Pol-Roux qui avait à ses côtés le préfet des Côtes-du-Nord, le maire de Saint-Brieuc, plusieurs parlementaires du département et diverses notabilités du monde des lettres et des arts notamment - outre celles déjà citées - le compositeur Guy Ropartz, M. Jean des Cognets (le grand lamartinien), M. Auguste Dupouy, M. Pierre Guéguen, MM. Jérôme et Jean Tharaud, etc. On remarquait la présence du comte de Mazières, descendant de la famille Villiers de l'Isle-Adam, venu spécialement de Bruxelles, et d'autres descendants des Villiers par les Nepvon de Carfort ; MM. Marjot des Clos, Léon Severt, Léon de Villermay et Christian Hervé de la Héraudière. Des discours furent prononcés à l'issue du banquet. On entendit MM. Brilleaud, Saint-Pol-Roux, Marjot des Clos, Meunier, et Mme Perdriel-Vaissière, puis chacun prit la direction des fêtes de la mer qui se déroulaient au Légué, entre ses deux rangs de collines élevées et doté d'un bassin à flot. Toute la baie sera illuminée ce soir.L'évocation de Villiers de l'Isle-Adam dans Saint-Brieuc, malheureusement amputé (surtout depuis 1928) de nombreuses maisons anciennes et fort pittoresques eut lieu dans un cadre encore imprégné de majesté et de douceur du passé. L'admirable prosateur auquel on doit quelques-unes des pages les plus pénétrantes de notre langue aurait certainement goûté, par delà l'ingratitude de ses contemporains, ce suffrage équitable de la postérité. Ajoutons d'ailleurs que, par sa nature et par la forme de sa pensée, Villiers n'a guère paru souffrir de l'incompréhension de son temps.
G. S.
Ah ! vous l'avez terriblement sculpté l'âpre Tueur de cygnes qui, serrant dans sa patte d'acier votre cou de poète sacré, brûlait de recueillir le cri divin de votre désespoir, ténébreux Voyageur du magique Intersigne !Vous les avez cloués au pilori vengeur de l'immortalité, Maître natif du pays des calvaires, tous ces bourreaux qui vous tendaient le fiel, le vinaigre et le fer sur votre croix égale au sycomore défendu par vos aïeux.A jamais ils vivront à côté de vos héros fameux dont les yeux d'or allument sur nos fronts des étoiles nouvelles, leur Beauté triomphant désormais entre les Bonhomets, de même que le Christ entre ses sacripants.Regardez. La Science présente affirme votre rythme et vos forces occultes, clair prophète, c'est pourquoi notre foi peut lire au firmament vos oeuvres affichées sur l'oriflamme allant du soleil Baudelaire au soleil Mallarmé.Va, ce jour est le jour de résurrection, Lazare aux doigts crispés, sur ta lyre en réveil ! Lève-toi, lève-toi dans ton suaire d'hôpital, tel un manteau de Malte la croix rouge au coeur !Céans vous naissiez pour vivre un demi-siècle voilà cent ans, céans vous renaissez en ce matin pour survivre toujours, Jean-Marie-Mathias-Auguste, marquis de Villiers de l'Isle-Adam, cependant que les cloches natales de la cathédrale enfin vous rebaptisent dans la gloire de l'éternité !
mercredi 11 mars 2009
Et le premier prix Mallarmé est attribué à ...
Le Figaro - 21 mai 1938
L'Académie Mallarmé, elle, votera le 2 juin. Qu'on le remarque : la jeune Compagnie de poésie prend corps, un corps social ; elle est sans dotation régulière, mais ses amis ont fait une tontine pour l'institution du prix.Les poètes-électeurs se divisent tout comme les critiques, mais pour des raisons plus graves que l'âge des candidats.Jacques Audiberti, poète d'un obscur génie qu'il faut lire dans La Race des Hommes, étonnant brasseur de symboles et de vocables, a les faveurs des électeurs les plus hardis en forme poétique. Et, avec lui, Paul Eluard, maître de l'école surréaliste.Mais M. Louis Mandin, dont l'oeuvre principale vient d'être recueillie sous le titre L'Aurore du Soir, édition qui fait valoir soudain la valeur d'une carrière volontairement modeste, trouve les suffrages des "Mallarméens" de tradition plus reconnue.
La Girouette.
Le Figaro - 30 mai 1938
Jeudi, prix de poésie de l'Académie Mallarmé, qui sera décerné chez Drouant.Tous les "candidats" ou plutôt les lauréats possibles, sont des poètes de valeur.Jacques Audiberti garde les meilleures chances. Près de lui, André Breton, Pierre Reverdy, Patrice de La Tour du Pin auront des suffrages.Du côté des poètes traditionnels, Jacques Dyssord et André Druelle.L'on avait parlé aussi de Tristan Klingsor et de Louis Mandin, dont la carrière est accomplie déjà, en bonne partie. Or, il semble bien que l'Académie Mallarmé veuillet couronner un poète en pleine activité, ni un débutant, ni un ancien.
Les Alguazils.
Figaro - 3 juin 1938
L'Académie Mallarmé a tenu séance hier, place Gaillon, et a décerné pour la première fois son prix de poésie (5.000 francs), fondation de Mme Viélé-Griffin, destiné "à honorer le nom d'un poète dont l'oeuvre est assez importante pour être jugée".Au second tour de scrutin, Audiberti a obtenu huit voix contre trois à André Druelle et trois à Jacques Dyssord.Beau choix assurément : le poète Audiberti - né le 25 mars 1899 à Antibes - a publié deux livres : L'Empire et la Trappe (1930), Race des hommes (1937), qui révèlent un grand créateur poétique, d'accès difficile, hermétique parfois, du fait même que le langage, chez lui, court les aventures propres, mais un vrai poète dont l'obscur travail crée souvent des splendeurs uniques. Nous reparlerons de ce lauréat, désigné à l'attention, samedi, dans notre Figaro Littéraire.
Les Alguazils.
Le Figaro - 4 juin 1938
A L'OISEAU DE PARIS
L'Académie Mallarmé élisait avant-hier le premier lauréat de son Prix de Poésie : Audiberti - tout court - poète de L'Empire de la Trappe (1930) et de Race des hommes (1937). Il est né à Antibes en 1899.L'occasion nous paraît excellente de mettre nos lecteurs en contact avec un exemple de cette expression poétique, encore nouvelle, déconcertante même, et hermétique pour beaucoup.L'oeuvre de M. Audiberti ne figure pas une poésie ordonnée par l'intelligence et assez peu une poésie des images. De très lointaine et involontaire filiation mallarméenne, elle est d'abord une libre création du langage, du verbe, avec ses hasards, ses splendeurs et, on le verra, ses scories.A l'oiseau de Paris - tumulte poétique devant un oiseau du square Louvois - est un poème inédit du lauréat de l'Académie Mallarmé.
Au nom du pire, au nom de l'herbe, au nom de toi,oiseau, viens vers moi !Je t'aime... Je t'aime...Par les buis et les fous du jardin de Louvois,accours à la voixdu fils du baptême.Entre les oiseaux, oiseau,tu cisailles le réseaude l'espace qui sépare.Sans patrie et sans péché,du monde toujours cachétu fends l'écorce barbare.OEuf dont nul le nom ne sait,Sauf, sous ton tendre corset,une âme enfin détendue,laisse mon chaste désirdans la foule te saisirPour fixer mon étendue.Je ne te connais pas. Tu ne me connais pas.Ne vole là-bas.Faisons connaissance.S'unisse notre nid, requis par mon exil,au fond du sourcilD'une seule absence.Flûteau taciturne où courtl'appel de mon coeur, plus lourdque notre mère la brume,ouvre, enfle tes capuchons,et que l'ombre où nous marchonsse dissipe sous ta plume.Comme l'aquilon, tu crois.Les soleils, gros de leur croix,ton aile, debout, les masques,Et les dieux blancs et hideuxTremblent dès que de nous deuxSurgit la bonne bourrasque.J'exige et je supplie, ange de nos rameaux,qu'en dépit des motsà jour tu nous perces,et qu'au bol de ma soif du sang très innocentenfin tarissantla tienne tu verses.Le mal jamais je ne fis.J'exaspérai de défisl'atroce bal de la bombe.Je passai le triste jourà gémir devers l'amour...Il vit derrière la tombe.Espérez encore avantde hurler contre le vent,et de piétiner l'image.Doux, le duvet des oiseauxporte sur les sombres eauxLa promesse du ramage.
Audiberti.
Nota : Le jeu-concours court toujours. Puisque ça sèche, voici donc un indice : à moins d'habiter en Barbarie, vous devriez trouver, ô fins amateurs de littérature de la Belle-Epoque et de l'entre-deux guerres, quelque volume exhibant le nom de notre mystérieux bonhomme dans vos bibliothèques, pour sûr...