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dimanche 2 octobre 2011

L'Académie Mallarmé sous l'occupation - dernier épisode de notre feuilleton, réalisé à partir de coupures du MATIN

Grâce à Gallica, nous pouvons mettre un terme complémentaire à notre mallarmacadémique feuilleton qui s'acheva déjà une première fois. Autant dire qu'il y aura probablement d'autres derniers épisodes. Toutes les coupures de presse reproduites en ce billet proviennent du journal Le Matin, qui continua de paraître pendant l'occupation.
Vendredi 20 juin 1941
Mardi 14 octobre 1941
Lundi 22 décembre 1941
Vendredi 27 mars 1942
Mercredi 9 décembre 1942
Mercredi 13 janvier 1943
Mardi 29 juin 1943
Jeudi 18 mai 1944
Addendum : Un lecteur du blog nous a récemment écrit pour nous signaler et réparer un oubli. Nous n'avions effectivement pas donné le nom du récipiendaire du prix Âge Nouveau de l'Académie Mallarmé, pour l'an 40. Et pour cause, nous ne l'avions pas retrouvé au cours de nos feuilletages de la presse quotidienne. Grâce à M. Cédric Allegret, nous pouvons désormais compléter l'historique palmarès : c'est Paul Bulliard (1911-1943) qui remporta la poétique couronne, cette année-là, grâce à Chacun sa croix, recueil préfacé par André Dez. Sur l'auteur, nous renvoyons à la page bien documentée que lui consacre M. Allegret.
Pour retrouver l'intégralité du feuilleton, il suffit de cliquer ici.

lundi 25 août 2008

De retour de chine : Karl Boès, directeur de LA PLUME, nouvelle série.

Parmi les acquisitions que je fis récemment sur ebay, je veux signaler ce numéro spécial 47 de la Revue A Rebours (printemps 1989) consacré aux hommes de LA PLUME, petite revue symboliste, mais aussi romane et naturiste, à laquelle Saint-Pol-Roux, comme j'ai eu déjà l'occasion de le dire, collabora surtout lors de sa reprise par Karl Boès, à la mort de Léon Deschamps. Les deux auteurs de cette livraison d'A Rebours, Aurélien Marfée & Léopold Saint-Brice, ont justement dédié un chapitre quasi entier, "les résurrections de LA PLUME", au second directeur de la revue.

Karl Boès aimait Saint-Pol-Roux, et il lui rendit même visite à Roscanvel - quelques lettres conservées, çà et là, en témoignent. Aurélien Marfée & Léopold Saint-Brice présentent d'ailleurs le dernier comme l'ami du premier. C'est au détour d'un paragraphe biographique que voici :
"Karl Boès est un pur produit normand, de par la lignée paternelle originaire du bocage normand, de par la souche maternelle fixée d'immémorial temps dans la Vallée d'Auge. Il était fier d'un arbre généalogique ayant branche sur une gloire littéraire nationale. Il s'en est vanté à son ami Saint-Pol-Roux le Magnifique :"
Suit la citation :
"Apparenté à Bernardin de Saint-Pierre par son aïeule paternelle, femme ancien régime, riche, autoritaire, dévote, chez laquelle à Rouen le sort amène, en qualité de locataires, Bouilhet et le grand Flaubert qui le premier jour, rencontrant dans l'escalier le futur directeur de La Plume, alors âgé de six ans, l'empoigne et jongle avec lui en guise de poids."
Une note précise que ces lignes sont extraites de La Vie Cosmopolite du 15 juillet 1904. Et elles seraient donc de Saint-Pol-Roux, issues d'un article ou d'un entretien. Je crois me souvenir - il faudrait que je retrouve mes notes, et pour cela, que je range mon bureau - que La Vie Cosmopolite fut une revue dirigée par le comte Austin de Croze, figure étrange de la Belle Epoque, qui s'installa un temps en Bretagne. Le comte s'était lié d'amitié avec Saint-Pol-Roux, ce qui pourrait expliquer la présence du Magnifique dans cette publication. Malheureusement je n'ai jamais pu en consulter de collection complète et les rares numéros que j'ai eu l'occasion de feuilleter ne contenaient aucune contribution du poète. Conséquemment, j'ignore tout d'un article sur Karl Boès, signé Saint-Pol-Roux, enfin pas tout à fait, puisque grâce à MM. Marfée & Saint-Brice une piste s'ouvre...

... et que je n'hésite pas à lancer un appel aux anciens rédacteurs d'A Rebours pour qu'ils puissent nous apporter encore davantage de lumière sur les relations entre Karl Boès et Saint-Pol-Roux. Peut-être pourront-ils aussi nous mettre en contact avec la petite-fille du dernier directeur de LA PLUME ?
Nota : Le Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux connaît un joli succès ; si joli qu'il m'a fallu procéder à un deuxième tirage de 25 exemplaires, également numérotés, pour répondre aux demandes de rentrée. Le deuxième numéro sera donc imprimé, non pas à 50 comme le fut initialement le premier, mais à 75 ou 100 exemplaires. Merci aux abonnés et lecteurs de cette petite publication pour leur confiance et amitié.

samedi 9 février 2008

Deux numéros de LA PLUME : Hugo, Saint-Pol-Roux et la poésie en toute simplicité...

J'ai reçu, cette semaine, de Bruno Leclercq, deux numéros, parus en 1902, de LA PLUME dirigée par Karl Boès. 1902 fut l'année du centenaire de la naissance de Victor Hugo. Les célébrations prévues à cette occasion causèrent quelques remous dans le petit monde des lettres qui batailla ferme - comme on dit dans le Béarn - pour décider de la juste qualification à coller sur l'auteur des Misérables, d'Hernani et des Contemplations. Grand poète, grand penseur, grand politique, grand pacifiste, grand-tout-court, etc., il n'est pas un périodique qui ne se posa la question et trancha, ou presque. La Plume, opportunément éclectique, préféra donner un numéro spécial où chacun de ses collaborateurs pût exprimer, sans bornes, ou avec réserves, son admiration. C'était une bonne idée. Le sommaire de la livraison impressionne, tant il réunit de belles signatures :
  • "Victor Hugo", Stuart MERRILL, pp. 258-260.
  • "A Victor Hugo", poème, Adolphe RETTE, pp. 261-262.
  • "Victor Hugo patron de la langue française", Remy de GOURMONT, p. 262.
  • "La première femme", poème, SAINT-POL-ROUX, pp. 263-264.
  • "Victor Hugo", préface pour le Victor Hugo jugé par son siècle, de M. Tristan Legay, Pierre QUILLARD, pp. 265-266.
  • "Trois jours pour un article sur Victor Hugo !...", Eugène DEMOLDER, p. 266.
  • "Chant séculaire de la jeunesse/A Victor Hugo", poème, Paul SOUCHON, pp. 267-268.
  • "[Sans titre]", André FONTAINAS, p. 269.
  • "A Victor Hugo", poème, Louis Le CARDONNEL, p. 270.
  • "Victor Hugo fut au XIXe siècle le plus grand poète du genre humain...", Charles van LERBERGHE, p. 270.
  • "Un hommage à Victor Hugo...", Robert SCHEFFER, p. 271.
  • "Cri sacré", poème, Saint-Georges de BOUHELIER, p. 271.
  • "A Hauteville-House", Eugène MONTFORT, p. 272.
  • "A Victor Hugo", poème, Francis JAMMES, pp. 273-274.
  • "La Glorification des surhumains", Charles SAUNIER, p. 275.
  • "Hugo", poème, Edmond PILON, pp. 276-278.
  • "[Sans titre]", Pierre JAUDON, p. 278.
  • "Le génie de l'hallucination", FAGUS, pp. 279-281.
  • "Au génie de Victor Hugo", poème, F.-T. MARINETTI, pp. 282-285.
  • "Le Maître (Fragment)", Charles DOURY, p. 286.
  • "Hommage à Hugo", poème, Yvanhoé RAMBOSSON, p. 287.
  • "A Victor Hugo", poème, Henri AIME, p. 287.
  • "Stances", poème, Emile DESPAX, p. 288.
  • "[Sans titre]", Laurent TAILHADE, pp. 289-291.
  • "Libérés des hugolâtries vieillotes et des ridicules dédains...", Edouard DEVERIN, p. 291.
  • "Au sein d'un chaos énorme...", poème, Albert SAINT-PAUL, p. 292.
  • "Si je ne vénérais pas Victor Hugo...", Frantz JOURDAIN, pp. 292-293.
  • "Victor Hugo, géant de baudruche, histrion...", poème, Marcel REJA, p. 294.
  • "Il n'y a pas vingt ans qu'il est mort...", Judith CLADEL, pp. 294-295.
  • "[Sans titre]", Robert de MONTESQUIOU, pp. 295-296.
  • "[Sans titre]", Gérard de LACAZE-DUTHIERS, pp. 296-297.
  • "Quand le soir d'Austerlitz Bonaparte parla...", poème, Pierre QUILLARD, p. 297.
  • "[Sans titre]", Léon BAZALGETTE, p. 298.
  • "Victor Hugo libertaire", Jean RODES, p. 299.
  • "A Victor Hugo", poème, Georges PIOCH, pp. 300-301.
  • "Le Verbe s'est fait homme...", Marcel BATILLIAT, p. 301.
  • "La Maison de l'Exil", Albert LANTOINE, pp. 302-305.
  • "Vingt-quatre ans sont passés bientôt...", Louis DUMONT, pp. 306-307.
  • "Chez lui", Léon RIOTOR, pp. 307-308.
  • "Une page d'amour", Henri DEGRON, pp. 308-310.
  • "De tous les noms humains, seul le nom d'homme est grand...", poème, Paul GILBERT, p. 311.
  • "La plume de Zoïle", poème, Tristan LEGAY, pp. 312-313.
  • "Puisque ton fier exil vers la Mort s'est mué...", poème, André THEVENIN, p. 314.
  • "Mise au Tombeau", poème, Pierre LOUYS, p. 315.
  • "Avènement", poème, Albert MOCKEL, p. 316.
  • "A Hugo", poème, Emile VERHAEREN, pp. 317-318.
  • "Pieusement", poème, Francis VIELE-GRIFFIN, p. 319.
Saint-Pol-Roux choisit, plutôt que de lui consacrer un article, de dédier à Victor Hugo, un assez long poème composé de dix quatrains de décasyllabes, qui sera repris, l'année suivante, seul en ce mètre, dans Anciennetés (Mercure de France, 1903). Les vers ne furent pas rédigés pour la circonstance, mais douze ans plus tôt. "La première femme", qui appartient à ce vaste ensemble de poèmes mythologiques ou bibliques des années 1885-1891, s'inspire, à l'évidence, du "Sacre de la Femme" (La Légende des siècles). Hugo fut le premier des maîtres du jeune Paul Roux, qui lui dédia, à 22 ans, l'une de ses plaquettes : Poète ! Il serait aisé de montrer combien le Magnifique a, dans ses premières années de lutte idéoréaliste, fondé sa stratégie littéraire sur le modèle hugolien, et combien il n'a eu de cesse de reformuler et d'enrichir le message romantique des Contemplations, une fois celui-ci passé au crible symboliste. Je me contenterai de citer Edmond Pilon qui reproduisait quelques lignes d'une lettre que le Magnifique lui adressa, dans son "Carnet des oeuvres et des hommes", consacré à Hugo (La Plume, ibid., p. 350) :
"Je vénère plus que personne le grand aïeul. Je suis de ceux qui ont bougrement pleuré lorsque les journaux annoncèrent sa mort..." Voilà qui nous rachète de bien des hontes, de bien des fanfares et qui vaut bien tous les discours.
Car pour Saint-Pol-Roux, Hugo ne constitua pas un terminus ad quem, mais le terminus ad quo de la modernité :
"N'ai-je pas - çà et là, cherchez bien - n'ai-je pas devancé le magique frisson du profond Baudelaire ? Né dans mes bois, Verlaine n'a-t-il pas grapillé les refrains de mes rues, et n'a-t-il pas versé les pleurs que j'ai versés sous le marteau divin de Villequier ? L'ivresse illuminée de mon Satan n'a-t-il pas déchaîné Rimbaud qui devait l'incarner dans l'écarlate enfer de ses vingt ans ? Puis, tous les vents de mon esprit n'ont-ils pas provoqué l'éclair impérissable au front sacré de Mallarmé ?"
Cet extrait de la "Tristesse de Victor Hugo", que Saint-Pol-Roux lut au Théâtre Municipal de Brest, à l'occasion de cinquantenaire de la mort du poète (14 juin 1935), est d'un disciple qui n'a cessé d'aimer son maître, mais d'un disciple qui s'est assimilé le lyrisme magistral et, d'une voix nouvelle, l'actualise.

D'une certaine manière, l'outrance métaphorique du Magnifique trouve sa source dans la poétique hugolienne. Mais il est un autre aspect de l'oeuvre de Saint-Pol-Roux, plus méconnu, qui doit peut-être plus encore à Hugo : c'est la naïveté, apparente, le lyrisme populaire qui se lisent dans nombre de proses post-symbolistes, à destination des humbles et des enfants, et dont certaines furent recuellies dans les trois tomes des Reposoirs de la Procession, nouvelle série. C'est le cas d'"Ambition", parue dans le n°313 de La Plume, qui s'ouvre sur ce modeste voeu de poète :
"Oh ! quelque jour, plus tard, lorsque j'aurai depuis longtemps fini de vivre et que la fille de ma fille sera mère ou bien grand'mère, oh ! quelque jour, plus tard, avoir mon nom dedans les menus livres des classes primaires !"
N'est-ce pas d'une simplicité hugolienne, celle des Chansons ou de l'Art d'être grand-père ? C'est enfantin comme une comptine... et ça en a le charme. Cet exemple d'art poétique naïf valut d'ailleurs à Saint-Pol-Roux une jolie lettre de Monsieur A. Dupré, instituteur, qu'Edmond Pilon - encore - reproduisit dans La Plume du 1er juin (n°315) :
"Monsieur,

Je viens de lire à l'instant votre bel article de La Plume : Ambition et je ne puis me retenir de vous écrire à ce sujet.
Je ne connais malheureusement de vous que peu de choses mais j'ai admiré, il y a quelques mois, dans l'Ermitage, votre superbe : Magdeleine aux parfums. Peu au courant, alors, de notre littérature d'aujourd'hui, votre poème a été pour moi une révélation. Je le récitais à haute voix au cours de mes solitaires promenades, chaque vers était pour moi une merveille; cette richesse inouïe d'images, surtout, m'enthousiasmait. Enfin, c'était donc de la vraie Poésie !
A tous ceux de mes amis qui lisent j'ai communiqué ce numéro de l'Ermitage, tâchant de leur faire partager mon enthousiasme; et, depuis, c'est avec un plaisir rare que j'ai savouré dans le Mercure le fragment (trop court) de La Rose et les Epines du Chemin.
Cette Ambition si légitime (cette gloire là vous est bien due) dont vous nous parlez si délicieusement dans La Plume, on pourrait tenter déjà de la satisfaire en partie. Je suis instituteur dans une commune de la Beauce et nous avons, ma femme et moi, chacun une soixantaine de bambins et de fillettes à instruire. Nous avions pensé, comme exercices de récitation, à faire apprendre quelques très simples de vos poèmes ou quelque page de votre riche prose, à nos élèves. Et puisque ceux qui font la vogue semblent vouloir ignorer les vrais poètes, du moins les enfants de nos villages connaîtront leurs noms et rediront, le soir, à la veillée, dans le silence de la maison, quelques-unes de leurs belles pages fraîchement apprises.

A. Dupré,
Instituteur."
Il serait intéressant de retrouver les descendants de cet instituteur de la Beauce qui, peu au courant de la "littérature d'aujourd'hui", lisait l'Ermitage, la Plume et le Mercure de France. Ils auront peut-être conservé la réponse que le Magnifique ne manqua pas de faire à leur aïeul. Ses descendants ou ses anciens élèves qui, eux, se récitent peut-être encore, réalisant le voeu du poète, après avoir fredonné "Gastibelza", cette primitive "Ambition".

jeudi 2 août 2007

Saint-Pol-Roux, collaborateur de "La Plume"


En rangeant de nouvelles acquisitions dans le rayonnage de ma bibliothèque, consacré aux petites revues, je remets la main sur le n°125 de La Plume (du 1er au 15 juillet 1894). Voilà une livraison qui mérite bien un billet nouveau. Parce qu'elle est historiquement d'importance. C'est de ce numéro que date la première collaboration de Saint-Pol-Roux à la revue de Léon Deschamps (1864-1899). La Plume en était déjà à sa sixième année d'existence, et il semble presque étonnant que des textes du poète y aient paru si tardivement. Bien sûr, le nom de Saint-Pol-Roux y avait déjà été cité à maintes reprises auparavant - toujours avec bienveillance; mais sa signature n'apparaît bien qu'à partir de cette livraison.

Il n'est pas impossible que le Magnifique aura voulu demeurer fidèle au Mercure de France auquel il avait souscrit, pour deux parts, dont il était l'un des rédacteurs réguliers, et qui s'annonçait comme une concurrente sérieuse de La Plume. L'examen de ses collaborations pour les années 1890, 1891 et 1892 semble confirmer cette hypothèse. Trois poèmes en vers paraissent dans les Mercure de février, août et décembre 1890; le nom de Saint-Pol-Roux figure ensuite au sommaire de tous les numéros, parus entre janvier 1891 et juin 1892, à l'exception du numéro d'août 1891. Et la plupart des autres revues auxquelles il collabore, dans cette période, sont dirigées ou rédigées par des fidèles du Mercure : Le Théâtre d'Art et le Livre d'Art de Paul Fort, revues-programmes du théâtre symboliste dirigée par le même et dont Saint-Pol-Roux, avec Vallette, Rachilde, Hérold, et quelques autres, est membre du comité de lecture; l'Echo de France, les Essais d'Art Libre, dont le directeur littéraire - pour la première - et co-directeur littéraire - pour la seconde - est Remy de Gourmont. Citons enfin l'Echo de Paris et l'En-dehors de Zo d'Axa et Roinard, pour clore la liste. On le voit, outre ces derniers périodiques, le nom du Magnifique reste, entre février 1890 et juin 1892, attaché au groupe du Mercure de France.

Il faut attendre octobre 1892 pour que Saint-Pol-Roux donne des textes à ses consoeurs et concurrentes : il signe, ce mois, six "tablettes de voyage", dans la Revue Blanche des frères Natanson. Ses affinités anarchistes l'en auront naturellement rapproché. Puis, à partir d'août 1893, il collabore à L'Ermitage, d'Henri Mazel, à L'Art littéraire, de Louis Lormel, aux Entretiens politiques et littéraires, de Paul Adam et Francis Vielé-Griffin - sans qu'aucun texte de lui ne paraisse au Mercure de France. Aucune contribution de Saint-Pol-Roux ne figure dans la revue de Vallette, entre juillet 1892 et décembre 1893 compris. L'explication ? la phynance. Dès le premier trimestre de 1892, le Magnifique, en mal d'argent, avait pris du retard dans le paiement de ses cotisations et avait finalement dû vendre ses parts puis démissionner du comité de rédaction du Mercure. Même s'il était resté en bons termes avec Vallette, Rachilde et Gourmont - qui lui adressa son Latin Mystique en novembre, malgré une souscription impayée -, il avait préféré ne plus rien proposer à la revue. Il faut néanmoins noter que les trois volumes publiés en 1893 le seront aux "Editions du Mercure de France".

Mais refermons cette longue parenthèse explicative et revenons-en à La Plume. Suite à l'enquête sur l'évolution littéraire, et à l'article "La Gent irritable. La Trève", paru dans le Mercure d'octobre 1891, Léon Deschamps avait proposé à Saint-Pol-Roux de constituer un numéro Magnifique pour sa revue. Les numéros spéciaux n'étaient pas rares à La Plume; il y en eut sur l'anarchie, sur l'Ecole Romane, puis sur le Naturisme, et bien d'autres sujets, qui constituent des documents d'un grand intérêt. Un manuscrit conservé à Doucet prouve que le Magnifique travailla à la réalisation de son numéro : il y donne une liste des textes à reproduire, un sommaire (I- Saint-Pol-Roux II- Théâtre Magnifique III-Bibliographie IV-Les Magnifiques dans l'histoire V-Souvenirs), une liste des collaborateurs magnifiques envisagés (Camille Mauclair, Gabriel Randon, Jules Méry, Remy de Gourmont - le nom est barré -, Louis Denise). Mais cette livraison spéciale ne parut pas. Est-ce le poète qui ne mena pas ce projet au bout - il avait certains scrupules à présenter le Magnificisme comme une école nouvelle, et un numéro spécial l'aurait consacré telle - ou le directeur de la revue, au dernier moment, le refusa-t-il ? Il est difficile de trancher. Quoi qu'il en soit, nous savons que Deschamps demeurait assez sceptique à la lecture des exposés théoriques de Saint-Pol-Roux. Dans sa chronique sur "La jeune littérature" de la Revue encyclopédique, il accorda, le 1er janvier 1893, quelques lignes laconiques et sèches au Magnificisme :

Plus restreinte est la tapageuse école de M. Saint-Pol-Roux-le-Magnifique. Elle ne comporte que deux membres : le maître, M. Saint-Pol-Roux, et son disciple, M. Jules Méry.
"Dans l'art magnifique, la forme est le rayonnement de l'essence; l'arbre de l'oeuvre a ses racines dans l'idée infinie et foncière, ses fleurs et ses fruits éclos et mûris dans l'espace et le temps sont les manifestations formelles et finies de l'idée.
"Le magnificisme est l'art de la recherche de l'absolu : l'être présenté à travers l'orchestration de ses phénomènes."
Ainsi soit-il.
Léon Deschamps préférait aux théories les oeuvres elles-mêmes. Et c'est lui qui se chargea du compte rendu élogieux, malgré des réserves sur le fond, de l'Epilogue des Saisons humaines, dans La Plume du 15 novembre 1893; il y relevait "une richesse d'expression poétique inouïe qui dénote en l'auteur de ce drame un rare et pur poète". Voilà qui devait, deux ans après le projet avorté du numéro Magnifique, inciter Saint-Pol-Roux à proposer des textes à Deschamps.

Dans le numéro de la première quinzaine de juillet 1894, on trouve deux poèmes des Reposoirs de la Procession, tome second (le premier venait de paraître) : "Oiseaux" et "Chèvres parisiennes", dédiés respectivement à Catulle Mendès et Lucien Descaves. Etrangement, aucun compte rendu du recueil ne sera fait dans La Plume. Il faudra attendre le 1er août pour lire, sous la plume élogieuse d'Emmanuel Signoret, ces quelques lignes qui concluaient sa lettre sur "Les destinées de l'idée poétique" :

"Saint-Pol-Roux n'est point comme Jean Moréas, un parfait écrivain. Mais je salue en lui toutes les fougues et tout le ruissellement de sang et d'or d'un homme de génie. Sa parole est évocatrice et s'épanche - tonnante et éblouie - comme un torrent qui tombe de haut. Ses vastes conceptions me passionnent. Sa prose a parfois le vertige d'accent des plus beaux vers.
C'est en lisant les Reposoirs de la Procession que vous pourrez assister, Monsieur, à l'insensible transition qui va nous conduire à la génération de vingt ans."

Signoret admirait Saint-Pol-Roux. Déjà, dans le numéro présenté ici, il avait donné sa préface à Daphné, recueil de vers, dans laquelle il comptait le Magnifique parmi les meilleurs représentants des générations nouvelles : "Saint-Pol-Roux vient de se dresser étrangement, élevant des livres noyés de mystère".

Malgré ces marques enthousiastes, La Plume de Deschamps n'accueillit aucun autre de ses poèmes. Et on ne relève plus le nom de Saint-Pol-Roux qu'au bas de réponses à des enquêtes ou d'articles. Voici la liste de ces contributions :
  • n°132, 15 octobre 1894 : "Vote du Congrès des poètes qui élut Verlaine", réponse.
  • n°163, 1er février 1896 : "Sur Verlaine", réponse aux questions posées sur Verlaine lors du Congrès des poètes à l'issue duquel Mallarmé fut élu Prince des Poètes. - "Origines de la famille Verlaine", article.
Et c'est tout. Il est vrai que Saint-Pol-Roux avait quitté Paris pour les Ardennes et que ses collaborations aux revues s'étaient sensiblement raréfiées. La personnalité de Deschamps, plus proche poétiquement de Moréas et adhérent, politiquement, à l'antidreyfusarde Ligue de la Patrie Française, pourrait cependant expliquer la faible somme de textes du Magnifique, publiés entre 1894 et 1899 dans La Plume. Ce n'est, d'ailleurs, sans doute pas un hasard si, peu après la mort du directeur, le 28 décembre 1899, la revue, tombée aux mains de Karl Boès, accueillera les contributions du poète plus qu'aucune autre, et ce jusqu'en 1905, sa dernière année de parution(1). Amusons-nous à en dresser la liste. Il suffira alors de la comparer avec la précédente pour se convaincre que Boès estimait probablement plus la poésie de Saint-Pol-Roux que son prédécesseur :
  • n°268, 15 juin 1900 : "Le Mai", poème en prose.
  • n°272, 15 août 1900 : "Les Vieilles du Hameau", poème en prose.
  • n°276, 15 octobre 1900 : "Sarah la tragédienne", sonnet.
  • n°281, 1er janvier 1901 : "Sa Majesté la Foi", poème en vers libres.
  • n°289, 1er mai 1901 : "Enquête sur le Mariage", réponse.
  • n°309, 1er mars 1902 : "La première femme", poème en vers.
  • n°313, 1er mai 1902 : "Ambition", poème en prose.
  • n°335, 1er avril 1903 : "Coecilian le sauveteur", poème en prose.
  • n°345-346, 1er-15 septembre 1903 : "Colombe", poème en prose.
  • n°365-366, 1er-15 février 1905 : "Madame la Vie", poème en prose.
D'aucuns jugent que la mort de Deschamps précipita le déclin de La Plume. Nul doute, c'était, comme Vallette, un excellent directeur de revue. Mais il faut rendre hommage à Karl Boès. Sa Plume eut, tout de même, quelques numéros magnifiques.

(1) La Plume ressuscita en 1911 et vécut sa deuxième vie jusqu'à la veille de la guerre. On n'y trouve aucun texte de Saint-Pol-Roux.

Rappels : N'oubliez pas le sondage mensuel : "Qu'avez-vous lu de Saint-Pol-Roux ?" Laissez votre vote (barre latérale gauche). Et tentez votre chance au Grand Jeu du Mois d'Août.