dimanche 11 mai 2008
vendredi 9 mai 2008
SPiRitus S'entRetient avec Vincent Gogibu
SPiRitus S'entRetient avec
Vincent Gogibu
[Né en 1976, Vincent Gogibu dirige avec Nicolas Malais le "Cahier Gourmont" du Clown Lyrique. Il est l'auteur de nombreux articles sur Loti, Henri de Régnier, Remy de Gourmont. Il prépare une édition en plusieurs volumes de la correspondance de ce dernier. Les deux premiers tomes devraient paraître cette année]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l’œuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ? Si oui, comment ?
Vincent Gogibu : Il s’agissait de Les Féeries intérieures 1895-1906, tout premier volume découvert et ouvert sur le poème ouvrant le recueil "Le poëte au vitrail". Je ne connaissais que son nom, l’ayant croisé bien souvent dans telle ou telle évocation. Mais c’est à Remy de Gourmont que je dois d’avoir lu pour la première fois le nom de Saint-Pol-Roux. Bien vite, la légende du poète m’est apparue et je dois dire qu’elle est loin de me laisser indiférent.
SPiR. : Qu’avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?
Vincent G. : Ce fut un choc esthétique, une séduction stylistique ; et puis j’étais sensible à "Je naquis en cette Tour qu’aujourd’hui seulement, à l’âge d’homme, j’ai quittée." ayant été tellement marqué par La Vie est un Songe de Calderon.
SPiR. : A ce jour, qu’avez-vous lu de son œuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?
Vincent G. : La Dame à la faulx, Les Féeries intérieures… Mais bien trop peu encore.
SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?
Vincent G. : "Sept fois sept nuits après je parviens devant la Cité de Sagesse à cette heure où l’immense fruit de lumière pend à la médiane branche de l’azur. / Le vrombissement des taons, telle une satanique fanfare d’assaut, fait les Sages accourir aux remparts et se pencher." ("La Torche de Ténèbre").
SPiR. : Quelle première œuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?
Vincent G. : Bigre ! loin de moi l’idée de conseiller la jeunesse ! Qu’elle tâtonne et découvre par elle-même les perles et autres pépites offertes çà et là ! Et puis il me semble que Saint-Pol-Roux est le genre d’auteur qui, conseillé ou appris, a moins de saveur que déniché par soi-même : la saveur d’une trouvaille rare, et unique.
SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?
Vincent G. : Datée ? Pas nécessairement. Du moins transpire-t-elle son époque, peut-être même davantage que d’autres. Et puis, telle ou telle scorie surréaliste ou de Michel Deguy est parfois bien plus datée….
SPiR. : Pensez-vous que son œuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?
Vincent G. : Assurément ! Le Symbolisme fut le catalyseur de beaucoup. Saint-Pol-Roux parmi d’autres fut le terreau fertile d’une littérature fulgurante au XXe siècle. Songeons qu’entre 1890 et 1935 il s’en est quand même passé de notables.
SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son œuvre ?
Vincent G. : Un silence de plus en plus éloquent grâce à M. Lugan et au blog des Féeries Intérieures, un silence dû à un manque cruel de rééditions et d’études. Hélas ! la poésie est souvent l’alliée, malgré elle, du silence. Il appartient aux amateurs de rompre cela.
jeudi 8 mai 2008
Encore un contemporain méconnu : Emile BOISSIER
Le fait n'est pas banal : deux blogs, celui de C. Arnoult, consacré à Han Ryner, et celui-ci, dédié à Saint-Pol-Roux, publient en même temps, à la minute près, chacun un billet sur l'une des figures les plus discrètes et donc des plus méconnues du Symbolisme : le poète nantais Emile Boissier, qui fut parmi les derniers intimes de Verlaine, et dont les vers accompagnèrent, longtemps après sa mort, son compatriote, le beau René-Guy Cadou. Voilà qui n'est pas coïncidence, mais signe qu'il existe bel et bien un "réseau" en formation sur la toile. Les sites et blogs constitués autour d'une personnalité artistique et littéraire de la fin ou de l'avant-siècle se connaissent, dialoguent par articles ou notices interposés, se complètent, et parfois, comme aujourd'hui, leurs voix s'accordent pour éclairer quelque pan d'ombre.
"Chaque fois que j'entrais dans la Cité par la porte triomphale, je remarquais, balayé là comme un excrément de fatalité, tragique en ses haillons, un mendiant que les passants dévisageaient sans que la main tendue reçût la moindre obole, hormis les rares jours naïfs de foire et de pèlerinage."
C'est par ces lignes que s'ouvre "Le mendiant philosophe", poème qui parut dans La Vogue du 15 août 1900, et que Saint-Pol-Roux dédia, lors de sa reprise dans La Rose et les épines du chemin (1901), à son ami Emile Boissier. Il faut dire que la vie ne fut pas tendre avec cet épris d'idéal, tout entier voué à la poésie qui, comme chacun sait, nourrit bien mal son homme, et dont la mauvaise santé devait le conduire au tombeau à l'âge de trente-cinq ans.
Il était né le 28 mars 1870 à Nantes. Son entrée au lycée causa le premier traumatisme. Jusque-là protégé par le cercle familial aimant et tendre, il y fit la décevante expérience de la vie, en cette petite société de camarades et professeurs. Seules, la lecture et l'écriture de vers le distrayaient de sa souffrance. Il découvrit à cette époque Verlaine et Banville, puis Mallarmé un peu plus tard. Les oeuvres de ces poètes, le premier et le dernier surtout, faisaient écho à son tempérament sensible, un tempérament d'inadapté au monde. Il publia, encore adolescent, au moment où naissait le Symbolisme, des poèmes dans Nantes-Lyrique, Le Peuple et L'Ouest Artiste. Il serait poète. Il s'installa à Paris et, comme le jeune Paul Roux huit ans plus tôt, suivit des cours de droit. Bien qu'il réussît sa première année, il ne perdait pas de vue son ambition et mena la vie nocturne de tout provincial qui cherche à se faire une place dans la petite République des lettres : il passa ses soirées au théâtre, fréquenta les cafés du Quartier Latin, les salons et les écrivains nouveaux. Licencié en droit, il vêtit quelques mois la robe d'avocat. Mais c'était encore éprouver trop violemment la misère du réel ; il l'abandonna sur un cintre du Palais de Justice et composa son premier recueil que publia à 200 exemplaires, en 1893, le bibliopole Vanier : Dame Mélancolie. C'est un volume plein de langueurs, de spleen, d'allégories, bien dans l'air du temps. Il est d'un poète jeune, mais qui s'est déjà fixé la voie à suivre, loin du monde et de son tumulte :
"Dame Mélancolie, en robe de brocartSe promenait au bord de l'antique terrasse,En quête de songeurs, dont l'âme par trop lasseFuit le rire brutal et s'exile à l'écart"
Emile Boissier s'élabore un univers idéal, immaculé, peuplé de vierges blondes, de cygnes, où parfois la Mort passe, drapée dans un peu d'ombre et des fracas de la réalité. Ses vers et ses proses rythmées - l'une des originalités du recueil - sont harmonieux, d'une douce et naïve musicalité. Le préfacier, qui n'était autre que Paul Verlaine, ne s'y trompa pas :
Pas plus que Mallarmé, toujours encourageant pour ses jeunes confrères, qui lui écrivit :"Le recueil de vers que voici est l'oeuvre d'un très jeune homme, mais n'allez pas vous y tromper ! - Sous la forme d'une sorte de "RECIT", ou plutôt de "VISION SYMBOLIQUE" (dans le meilleur sens du mot), l'auteur se dépeint, en tant que poète, lui-même."DAME MELANCOLIE", qui doit lui rester et à qui il doit rester fidèle, joue ici le rôle principal, ainsi d'ailleurs que l'indique le titre général. - Aussi bien, les poèmes désignés par les sous-titres sont une marche lente vers un but qui n'est autre que cette idée : "Les rêveurs doivent être préférés aux gens raisonnables".Cette conclusion, ainsi que les prémisses et les pièces intermédiaires, se présente dans le livre d'Emile Boissier, revêtue d'une forme parfaite - ou presque, puisqu'ici-bas rien n'est complètement parfait, - solide, souple et brillante comme une arme de luxe bien trempée."
"Vous avez, comme rarement, le sens du vers, j'entends ce qu'il faut mettre juste de rêverie dans chacun et aussi de la façon dont il l'y faut insérer, bref votre rythme est certain. J'ai aussi goûté les délicates lignes de prose."
L'année suivante il publia Le Psautier du Barde, chez Ollendorff, avec une préface maladroite d'Armand Silvestre, où se confirmait le talent du poète. Ce deuxième recueil fut bien accueilli, par Mallarmé encore :
"MON CHER POËTE,Tard, mais très sympathiquement, je vous remercie pour le "Psautier du Barde" dont pas un mot peut-être ne demeure sans me charmer. Tous les tons principaux où s'accordent le vers, vous les employez avec un instinct rare et la variété de vos motifs sentimentaux ou de songe, dans ce peu de pages, est grande, très complexe. Voilà le bel Art, rassemblé sur le moindre espace, beaucoup de vision et de chant, implicitement ; autant flottera qu'on exprime.Merci de tout cela et croyez toujours à ma ferveur."
par Huysmans, qui en apprécia le pouvoir dépaysant :
"Merci de l'envoi du "Psautier". Je l'ai lu avec l'allégresse d'un homme qu'on enlève à la salauderie formidable de son temps."
par Remy de Gourmont, qui en fit la recension dans le Mercure de France :
Le Nantais avait acquis, en deux recueils, ses galons symbolistes. Il pouvait vivre enfin en poète. On le connaissait et reconnaissait au Procope, où il lisait ses vers nouveaux, rendait visite aux félibres de Paris. Il collaborait à Demain, la revue de Henri Ner (Han Ryner). Il passait de longues heures en compagnie de Verlaine, hantait la rue de Rome, où les enseignements du bon Maître confortèrent sa conviction que le rêve du poète doit s'imposer en lieu et place du sordide réel. Il fit paraître Esquisses et Fresques (Salières, Nantes, 1894), Le Chemin de l'Irréel, poème de rêve (Victor Havard, Paris, 1895), L'Enlumineur Marcel Lenoir (Arnould, Paris, 1899), Les Symphonies florales (1900). Il livra des articles et des poèmes dans Simple Revue, La Nouvelle Revue Moderne, Nantes Lyrique, Le Korrigan, L'Ouest Artiste, Le Coq Rouge, La Revue Nantaise, Les Tendances Nouvelles, Le Gotha Français, L'Hermine de Bretagne, Le Magasin Pittoresque, L'Ermitage, La Gazette des Théâtres, La Vie, La Revue Internationale de Musique, Le Peuple, La Cloche, La Plume, La Vogue, Les Partisans, etc. Cependant, l'existence de Boissier fut misérable et son inadaptation à la vie, sa modestie, son ingénuité l'empêchèrent de brandir son nom hors de la mêlée littéraire. Le 27 mai 1901, il avait pourtant, élu par ses confrères, coprésidé avec René Ghil la séance nocturne du houleux Congrès des Poètes au cours duquel on devait discuter vers libre et décentralisation et qui se solda par un échec cuisant. Mais la postérité est cruelle, et René Ghil qui se souviendra du Congrès dans Les Dates et les OEuvres mentionnera avec un dédain certain la participation de son cadet :"C'est un soir monotone et triste qui s'endort;Un soir d'Astres qui sont les yeux d'or des Chimères.Sous les tilleuls fleuris volent les éphémères ;C'est un soir monotone et triste qui s'endort.Ou bien :Aux Vergers où pleurait une musique lente,Des Dames ont passé sous les pommiers fleuris ;- Le regard triste et la démarche nonchalante -Des Dames ont passé sous les pommiers fleuris.Ou bien :Sur les sabres aigus des frêles roseaux verts,Sur la virginité des nénuphars très pâles,Une lune d'argent au sourire perversFait scintiller l'éclat de ses tristes opales.Ces vers ne sont-ils pas agréables ? Ils donnent bien, je crois, le ton de ce petit recueil, dont le titre, d'un romantisme un peu trop pourpoint de velours et toque à créneaux, est ce qu'il y a de moins bon. Verlaine avait présenté le premier recueil de ce jeune poète ; c'était juste, car M. E. Boissier est un verlainien. Il a choisi un maître exquis et un de ceux que l'on peut suivre sans abdiquer sa personnalité. Un bon verlainien rougirait d'être impersonnel ; M. Boissier chante sa chanson en disciple et non en élève."
Tel était le destin de ce discret poète. Atteint de neurasthénie, il fut ramené, en janvier 1902, par ses parents à Nantes où il mourut le 1er février 1905, oublié de la plupart de ses confrères parisiens. Quelques amis et admirateurs décidèrent de publier, quelques mois après sa mort, ses oeuvres complètes en cinq ou six volumes. Seul le premier parut."A huit heures et demi, quand s'ouvrit la seconde séance, l'acclamation un tant soit peu tumultueuse m'élut président. Une minorité cependant tenait pour un nom que d'aucuns, paraît-il, connaissaient, - Emile Boissier. Je priai simplement M. Boissier, qui était mon aîné (sic), de s'asseoir à ma gauche : ce qu'il accepta avec un plaisir évident... Sous ma ou notre présidence, rien de remarquable ne se produisit davantage..."
Saint-Pol-Roux et Emile Boissier avaient dû se rencontrer et sympathiser au temps de Dame Mélancolie. Leur haute conception du poète les aura rapprochés. Le jeune Nantais avait sans doute lu des poèmes et des articles de son aîné, sa réponse à l'enquête d'Huret. Certains vers du recueil de 1893, tels que "Dans la plaine où serpente un ruisselet d'argent" ou "Une chanson sommeille en l'odeur des corolles" ne sont d'ailleurs pas sans rappeler certaines images du Magnifique. L'influence est encore plus manifeste dans le chef-d'oeuvre de Boissier, le long poème du Chemin de l'Irréel, dont son biographe et exégète, André Perraud-Charmantier, nous rappelle le thème : "Le Poète sollicité par les trois Courtisanes : "La Nuit avec ses mirages, la Volupté multiforme et la Mort en royaume inconnu" triomphe de ces apparences vaines et s'érige vers l'Idée". Si l'on retrouve ce principe d'apparitions dans l'Epilogue des saisons humaines de Saint-Pol-Roux, c'est à La Dame à la faulx surtout que le "poème de rêve" de Boissier semble le plus emprunter. Certes le drame ne fut publié qu'en 1899, mais, commencé en 1890, il était terminé en 1895, année où parut Le Chemin de l'Irréel. Le Magnifique avait pu en lire des scènes à ses amis, parmi lesquels : le Nantais. Malheureusement je ne connais du poème que les extraits qu'en cite Perraud-Charmantier et il m'est donc difficile de tenter une analyse intertextuelle précise. Néanmoins les assez longs passages reproduits me permettent déjà de constater d'intéressantes ressemblances. Les trois allégories de la Nuit, de la Volupté et de la Mort n'en forment qu'une dans la tragédie de Saint-Pol-Roux : le personnage d'Elle en conflit avec Magnus, double du poète et représentant de l'Humanité. Chacune, dans le rêve de Boissier, tente de charmer le héros et de l'écarter de son Rêve. C'est aussi l'argument de La Dame à la faulx. La Nuit ouvre le bal :
Son chant semble un écho de celui de la Dame :"Je suis la Reine au profil d'ombreEt je ferme les yeux sans nombre...[...] Viens dans mes bras, je suis la bonne empoisonneuse.... J'ai des seins parfumés de brune moissonneuse."
Sa soeur, la Volupté, lui succède et dresse la liste de ses incarnations depuis l'Antiquité : Sapho, Laïs, Phryné, Aspasie, Cléopâtre, Titania, Manon Lescaut. "Je suis toute la femme et je suis le symbole", "Je reste Une, la Seule ; et tu dois me chérir" ordonne-t-elle au poète, jouant de tous les motifs de la séduction. A la fin de l'acte II, Elle se revêt des apprêts des plus belles tentatrices : "la bouche et le fruit d'une idole de Lesbos", "les seins durs d'une courtisane de Paphos", "les bras d'une gladiatrice de l'Hellade", "la nuque et les reins d'une esclave du Nil", etc., pour se métamorphoser, malingre squelette, en "la plus belle des belles d'entre les mortelles", devenant par ces artifices la femme unique :"Je suis l'acerbe Vendangeuse aux doigts d'octobre !Les Nations sont mes vignobles,Et mes raisins les yeux des Passants de la Vie..."
"A moi les aubes d'Eve,Et les aurores de Vénus,Et les lys noirs de Cléopâtre,Et les iris de Magdeleine,Et le mirage des Sirènes aux alcôves de nacre !"
La Mort enfin survient au bout du chemin de l'Irréel, guidant une Danse Macabre :
"Son coursier qui se cabreEn galops effrénésSuit la danse macabreOù hurlent les damnés.La ronde se déroule.De chemin en cheminLes morts viennent en fouleEn se donnant la main.Les uns portent des toquesEt des pourpoints de bal ;Les autres, des défroquesDe fous de Carnaval.Le Gueux et la Princesse,L'Evêque et le MarchandTournent, tournent sans cesseAu rythme de leur chant.Des tibias pour baguettesSur leur thorax à jour,Les Cadavres-SquelettesVont, jouant du tambour.Leur geste vous invite :Ils valsent sans repos,Toujours, toujours plus vite,Au cliquetis des Os."
Et tout le quatrième acte de La Dame à la faulx est une danse macabre, une bacchanale carnavalesque que préside la Mort. Il faudrait, pour s'assurer des relations entre les deux oeuvres, mettre en regard des citations, des tirades entières de l'une et de l'autre, mais ce travail serait fastidieux à faire comme à lire. Et j'attends pour le réaliser d'avoir sous les yeux l'intégralité du Chemin de l'Irréel. Il ne s'agissait donc là que d'indiquer de probables points de rencontre entre des textes achevés la même année. Points de rencontre qui témoignent d'une amitié ancienne qui se poursuivra jusqu'à la mort de Boissier. Ainsi, preuve de son intérêt pour le Magnifique, le jeune Nantais cita plusieurs de ses vers, avec d'autres de Mallarmé, lors d'une conférence, qu'il fit en 1897 à l'Association des Etudiants de Nantes, sur "Baudelaire et son école". Lorsque Saint-Pol-Roux s'installa, l'année suivante, à Roscanvel, dans la chaumière de Divine, Boissier fit partie des rares à lui rendre visite ; il en rapporta un sonnet dédié à Mme Saint-Pol-Roux, qui rejoindra bientôt La Petite Anthologie Magnifique. De son côté le poète des Reposoirs lui dédia "Le Mendiant philosophe" et lui consacra un "médaillon" dans la Nouvelle Revue Moderne (janvier 1903) alors que Boissier était irrémédiablement atteint du mal qui devait l'emporter deux ans plus tard. C'est un bel hommage, un témoignage d'amitié sincère. Saint-Pol-Roux connaissait probablement son état de santé, mais comme Boissier, il avait trop confiance en l'avenir et dans les pouvoirs de la poésie pour laisser place à l'appitoiement et ne pas croire que le Nantais avait encore un rôle important à jouer :
"Jamais le culte de la Beauté n'eut de fervent plus sincère, plus vaillant, plus noble que M. Emile Boissier.[...] La caractéristique de ce Nantais d'origine se compose ainsi : amour de la légende, joie de l'action. Joie et amour constituant d'ailleurs un ménage parfait. [...] Ce rêveur descendit dans la Vie, et voilà qu'il s'affirme idéoréaliste à sa façon.[...] Mon intime voeu serait que notre héroïque poëte devint directeur de quelque revue d'avant-garde. Dès lors, assurément, ces chemineaux du Meilleur, les poëtes modernes, trouveraient une route ouverte à la victoire prompte et définitive."
Nota : Je remercie Mme Hélène Cadou qui m'a aimablement communiqué une copie du manuscrit de ce médaillon, qui a appartenu à René-Guy Cadou. Je remercie également C. Arnoult qui m'a transmis les documents qu'il possédait sur le poète, notamment la monographie d'André Perraud-Charmantier : Emile Boissier, poète nantais (1870-1905) (Librairie ancienne et moderne L. Durance, Nantes, 1923) dont je me suis servi pour réaliser cette notice. Pour lire, le chapitre de Prostitués consacré à Emile Boissier, rendez-vous sur le blog Han Ryner.
mercredi 7 mai 2008
SPiRitus S'entRetient avec Kensaku Kurakata
mercredi 30 avril 2008
SPiRitus S'entRetient avec Jacques Goorma
SPiRitus S'entRetient avec
Jacques Goorma
[Le premier à avoir soutenu une thèse sur l'oeuvre de Saint-Pol-Roux, il édita, en collaboration avec Alistair Whyte, la plupart des volumes parus chez Rougerie à partir de 1983. Jacques Goorma n'est pas seulement l'un des meilleurs connaisseurs du Magnifique, il est également l'auteur d'une douzaine de recueils, dont le dernier paru, Le Vol du loriot (Arfuyen, 2005), m'a découvert un beau poète. Evénement trop rare pour ne pas être signalé]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l'oeuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ? Si oui, comment ?
Jacques Goorma : Le premier livre, acheté 3 francs d'occasion en 1965 : Le Saint-Pol-Roux par Théophile Briant chez Seghers. J’ai 15 ans, je l’ouvre et tombe sur le poème "Frappez et l’on vous ouvrira". Je "dévore" l’ouvrage d’une seule traite. Le lendemain, à l’école, je demande à mon professeur de français où l’on peut trouver d’autres livres du poète. Elle ne connaît pas et m’indique le nom d’un prof de fac susceptible de m’informer. Celui-ci me dira "oui, c’est un symboliste, un poète mineur". Deux ans plus tard, c’est un bibliophile qui me prêtera L’Ancienne à la coiffe innombrable et me donnera un peu plus d’informations.
SPiR. : Qu’avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?
Jacques Goorma : Un choc énorme. La confirmation d’intuitions non formulées. Une véritable révélation. Le fond autant que le style provoque un vif enthousiasme, une surprise, une exaltation.
SPiR. : A ce jour, qu’avez-vous lu de son œuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?
Jacques Goorma : L’intégralité des ouvrages (livres et revues) en édition originale et tous les titres parus chez Rougerie.
SPiR. : Quels sont, parmi ses ouvrages (parutions posthumes comprises), ceux que vous préférez ? Sauriez-vous dire pourquoi ?
Jacques Goorma : Difficile de faire un choix ! Les 3 tomes des Reposoirs pour l’extraordinaire maîtrise (unique dans l’histoire littéraire) de cette forme de prose poétique (j’ai bien sûr mes textes préférés dans cette vaste trilogie). Les nombreux "métaphorismes" rattachables au projet de la Répoétique (Vitesse, Vendanges…) J’ai aussi un faible pour Les personnages de l’individu.
SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?
Jacques Goorma :
"L’univers n’est qu’un grain de sable auprès de la grandiose basilique épanouie dans le cerveau même d’un enfant."
"On pourrait être quelqu’un de l’Univers mais on veut être quelqu’un du Tout Paris. L’homme s’use à trop croire à soi seul, à se limiter à son égoïsme. Au lieu qu’il doit océaniser sa goutte d’eau. Notre regard est un bandeau flamboyant, aussi fermer les yeux à jamais et mourir, c’est avoir du génie soudainement et pour toujours."
"Le vrai génie c'est la bonté."
SPiR. : Quelle première œuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?
Jacques Goorma : Le Saint-Pol-Roux chez Seghers, La Rose et les épines du chemin.
SPiR. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote personnelle, de lecture, de recherche, de chine, ou autre, où Saint-Pol-Roux joue un rôle important ?
Jacques Goorma : Ma première rencontre avec Divine Saint-Pol-Roux qui parlait toujours de son père au présent.
SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?
Jacques Goorma : Le somptuosité verbale et la luxuriance d’images. Une certaine préciosité baroque peut sembler "datée". Mais il faut souligner l’extraordinaire modernité tant dans l’inspiration visionnaire que dans la forme des "œuvres futures".
SPiR. : Pensez-vous que son œuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?
Jacques Goorma : Influence indéniable et directe sur le surréalisme et le simplisme (les poètes du Grand Jeu)
SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son œuvre ?
Jacques Goorma : La valorisation d’une forme d’excès, d’un baroque fort peu dans le goût classique des français et des "eternels tradionnaires malherbiens".
SPiR. : Faites le "portrait chinois" du Magnifique.
Jacques Goorma : 1. un animal : un centaure. - 2. un végétal : les immortelles. - 3. une pierre (semi)précieuse : l'escarboucle. - 4. un objet : un encrier. - 5. un moyen de locomotion : l'automobile. - 6. un lieu : la "salle verte", son "rêvoir". - 7. une couleur : celle (sic) de l'arc-en-ciel. - 8. un parfum : celui de l'océan. - 9. un être mythologique : Amphion. - 10. une heure du jour : l'aube. - 11. un événement historique : la post-histoire. - 12. un péché capital : l'orgueil. - 13. un sentiment : la joie. - 14. un artiste : Gustave Moreau. - 15. un vers : (inutile de résister au bonheur d'en choisir quatre !)
La chevelure en pleurs à la façon des saulesL'intruse se leva comme on sort de la merUn frisselis subtil à fleur de ses épaulesIndiquait que deux ailes germaient de sa chair.
Nota : Pour lire les entretiens précédents, cliquez ici ; pour répondre à votre tour au questionnaire, demandez en un exemplaire là.
mardi 29 avril 2008
SPiRitus S'entRetient avec Bruno Leclercq
SPiRitus S'entRetient avec
[Zeb de Livrenblog, amateur d'histoire littéraire, chineur, collectionneur, acheteur et vendeur de livres]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec la poésie de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l'oeuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ?
Bruno Leclercq : Ma première rencontre avec Saint-Pol-Roux c'est à Gourmont et à son Livre des Masques que je la dois. Ma première lecture est sans doute celle de La Dame à la faulx. Sa légende : le titre rosicrucien de Magnifique, le scandale "Rachilde" du banquet, son influence sur Breton et le surréalisme, son travail de "ghostwriter" pour Louise de Charpentier, le manoir de Camaret et sa fille Divine... Toutes ces histoires et la réputation d'un poète fortement original étaient arrivées jusqu'à moi par la lecture des souvenirs des uns et des autres, par les essais de Royère ou les écrits de Théophile Briant.
SPiR. : Qu'avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?
Bruno L. : La sensation de découvrir un poète unique, une oeuvre complètement originale, à saisir dans son ensemble et dans sa progression, le contraire d'un poète d'anthologie. La sensation qu'avec lui s'ouvre un monde à explorer, une oeuvre à déchiffrer.
SPiR. : A ce jour, qu'avez-vous lu de son oeuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?
Bruno L. : La Dame à la Faulx, La rose et les épines du chemin 1885-1900 (Les Reposoirs de la procession I), sont les deux premiers volumes trouvés aux éditions du Mercure de France, puis au hasard des trouvailles quelques volumes aux éditions Rougerie, Cinéma Vivant, La Répoétique...
SPiR. : Quels sont, parmi ses ouvrages (parutions posthumes comprises), ceux que vous préférez ? Sauriez-vous dire pourquoi ?
Bruno L. : La Dame à la Faulx, bien que je ne sois pas féru de théâtre et parce qu'il me semble difficile de mettre en avant un titre dans ses recueils poétiques.
SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?
Bruno L. : "Poètes, la poésie s'étiole de fabriquer des chaussons de lisière, fussent-ils de vair ou de diamant."
SPiR. : Quelle première oeuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?
Bruno L. : Laissons-les découvrir par eux-mêmes. L'important est que le nom de Saint-Pol-Roux soit arrivé jusqu'à eux, qu'ils fassent leur chemin comme nous avons fait le nôtre.
SPiR. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote personnelle, de lecture, de recherche, de chine, ou autre, où Saint-Pol-Roux joue un rôle important ?
Bruno L. : Dans ma quête de chineur invétéré, trouver une édition ancienne de Saint-Pol-Roux reste un événement, et une joie, toujours trop rare.
SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?
Bruno L. : Illisible, datée... On entend trop souvent ces commentaires à propos des oeuvres un peu ardues, un bon moyen de se dédouaner de les lire. Datée ? La poésie de Saint-Pol-Roux l'est moins que celle de nombreux "symbolistes", pas plus "datée" que le Surréalisme ou Dada, toujours considérés comme théories d'avant-garde et pourtant centenaires, déjà. Définir sa poésie, n'est-ce pas définir la poésie ? Une quête d'absolue ?
SPiR. : Pensez-vous que son oeuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?
Bruno L. : Un certain Mikaël Lugan répondrait mieux à cette question que moi-même. Une réflexion, pourtant : j'ai pu constater l'aura dont dispose Saint-Pol-Roux auprès des lecteurs d'Apollinaire, de Max Jacob ou des amateurs de poésie surréaliste, l'importance accordée à son rôle fantasmé ou réel de précurseur.
SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son oeuvre ?
Bruno L. : Il ne me semble ni plus ni moins important que le silence entourant la poésie en général : un silence relatif...
SPiR. : Faites le "portrait chinois" du Magnifique.
Bruno L. : Désolé, seule l'amitié a été capable de me pousser à produire les quelques lignes qui précèdent, mais le portrait chinois est au-dessus de mes forces.
SPiR. : Pour finir, à quelle question sur le poète ou son oeuvre, non posée ici, auriez-vous aimé répondre ? Répondez-y.
Bruno L. : Faire la question et la réponse ? Je laisse ça aux politiques.
vendredi 25 avril 2008
SPiRitus S'entRetient avec Bernard Barral
SPiRitus S'entRetient avec
Bernard Barral
[Agrégé de philosophie, professeur dans un lycée de Seine-et-Marne, également chargé de cours d'esthétique à l'Université Inter-Âges de Melun (Paris II), Bernard Barral donne parfois des conférences, sur Verlaine et Rimbaud notamment, sous la forme singulière de dialogues avec un comédien, Maxime Daniel. Bernard Barral est aussi poète]
SPiRitus : Vous souvenez-vous de votre première rencontre de lecteur avec l'oeuvre de Saint-Pol-Roux ? Quel était le titre de l'oeuvre, du poème, etc. ? Connaissiez-vous déjà, avant cette première lecture, son nom, son histoire, sa légende ? Si oui, comment ?
Bernard Barral : Je connaissais par coeur la dédicace du Silence de la mer de Vercors : "A la mémoire de Saint-Pol-Roux, Poète assassiné". J'étais frappé par le P, lettre capitale.
Le premier texte lu se trouvait dans... le Lagarde et Michard : Soir de Brebis.
SPiR. : Qu'avez-vous éprouvé au cours de cette lecture ?
B. Barral : A l'époque, au lycée, j'admirais Mallarmé et Apollinaire, et je trouvais, de façon évidemment inadéquate, que Saint-Pol-Roux "tenait des deux".
SPiR. : A ce jour, qu'avez-vous lu de son oeuvre ? Quels sont les titres qui figurent dans votre bibliothèque personnelle ? Dans quelle édition, etc. ?
B. Barral : Je fréquente surtout La Rose et les épines du chemin (Poésie/Gallimard) et le choix de textes par Théophile Briant (Seghers).
SPiR. : Quels sont, parmi ses ouvrages (parutions posthumes comprises), ceux que vous préférez ? Sauriez-vous dire pourquoi ?
B. Barral : Par simple commodité, le Seghers.
SPiR. : Pouvez-vous citer, pour les visiteurs du blog, quelques vers ou lignes de votre volume préféré ?
B. Barral : "Mer ancienne et jeune, gracieuse et farouche, reine des pavois de fête, souveraine des tempêtes, ô Mer accorde ta miséricorde à ces pêcheurs venus pour déposer la caresse ingénue de leurs yeux sur la risée de ta joue bleue !" (Prière à la Mer)
SPiR. : Quelle première oeuvre conseilleriez-vous à un jeune homme ou à une jeune fille qui voudrait découvrir Saint-Pol-Roux ?
B. Barral : Le recueil Vitesse.
SPiR. : Pouvez-vous nous raconter une anecdote personnelle, de lecture, de recherche, de chine, ou autre, où Saint-Pol-Roux joue un rôle important ?
B. Barral : Sans cuistrerie aucune, le sentiment de vivre ce qu'est le sublime pour Kant, en découvrant le Manoir de Coecilian, au lever du soleil, en 2003.
SPiR. : Comment définiriez-vous sa poésie ? Vous semble-t-elle "datée" ?
B. Barral : La question est révélatrice que le doute plane... La poserait-on à propos d'Apollinaire ou d'Eluard ?
Ma méconnaissance de Saint-Pol-Roux est trop grande pour oser "définir" sa poésie. J'emploierais cependant l'image du vitrail. C'est une poésie dont la luminosité fixe le regard comme celle du vitrail.
SPiR. : Pensez-vous que son oeuvre a pu influencer certains des mouvements du XXe siècle poétique ? Lesquels ? Dans quelle mesure ?
B. Barral : Le surréalisme (voir ce qu'en dit Breton lui-même); le poème en prose.
SPiR. : Comment expliquez-vous le relatif silence qui entoure actuellement son oeuvre ?
B. Barral : Le silence entoure tous les poètes. Saint-Pol-Roux est desservi par une diffusion restreinte de ses oeuvres dans les librairies "grand public". Le drame du "Poète assassiné" occulte l'oeuvre.
SPiR. : Faites le "portrait chinois" du Magnifique.
B. Barral : 1. un animal : un goéland. - 2. un végétal : la fleur de bruyère. - 3. une pierre (semi)précieuse : non, un simple caillou. - 4. un objet : le bâton du pâtre. - 5. un moyen de locomotion : une barque engloutie. - 6. un lieu : la lande. - 7. une couleur : lapis-lazuli. - 8. un parfum : le varech. - 9. un être mythologique : Glaucos de Béotie. - 10. une heure du jour : l'aurore. - 11. un événement historique : ??. - 12. un péché capital : la gourmandise. - 13. un sentiment : la bonté. - 14. un artiste : un verrier. - 15. un vers : "Le Temps récite le rosaire du Soleil".
N.B. : On tombe vite dans les clichés.
SPiR. : Pour finir, à quelle question sur le poète ou son oeuvre, non posée ici, auriez-vous aimé répondre ? Répondez-y.
B. Barral : Des textes de Saint-Pol-Roux seront-ils un jour au programme de l'épreuve de Littérature de Terminale série L (avant qu'elle ne disparaisse) ? C'est évidemment une question intempestive, sans réponse ici.
Nota : Les deux poèmes de Bernard Barral, hommages à Saint-Pol-Roux mis en musique par Françoise Sauclières, figureront au programme du concert lyrique (harpe, chant & piano) qui aura lieu le 30 mai prochain, à 20h30, à la Cité Internationale Universitaire de Paris (Maison du Cambodge - 17, bd Jourdan - 75014 Paris)
Nota(bis) : Pour lire l'intégralité des "entretiens", cliquez ici; pour répondre, à votre tour, au questionnaire, il suffit de le demander là.
jeudi 24 avril 2008
SPiRitus S'entRetient avec Martine Monteau
mercredi 23 avril 2008
Feuilleton critique (2ème partie) : Chapitre II.- Pré-textes de rupture
CHAPITRE II. - PRE-TEXTES DE RUPTURE
(pour lire la première partie et le chapitre précédent, cliquez ici)
"La révolte est la loi vive du génie."
Mont de Piété signale un fort changement d'orientation poétique. L'année de parution du recueil voit la mort de Jacques Vaché et les premières expériences d'écriture automatique qui constitueront Les champs magnétiques, le premier ouvrage surréaliste. Les trois chapitres initiaux paraissent dans les numéros d'octobre et décembre de la revue Littérature, créée au printemps (celui de "Façon" ?) par Aragon, Soupault et Breton. Ce dernier trimestre correspond également à l'adhésion des jeunes parisiens au mouvement Dada; le groupe s'agrandit; les noms de Tzara, Ribemont-Dessaignes, Picabia, Max Ernst complètent désormais le sommaire des premières livraisons de la revue en 1920. Jusqu'alors "de très bonne compagnie(18)", recueillant entre autres les contributions de Gide, Valéry, Fargue, Salmon, Max Jacob, Reverdy, Cendrars, Morand et Giraudoux, Littérature devient l'organe dadaïste à Paris et rompt, définitivement semble-t-il, avec la génération symboliste. Parallèlement aux manifestations scandaleuses de Dada, Breton et ses amis entrent dans la période des sommeils, initiée par Crevel. La richesse poétique qu'ils y découvrent, associée à la pratique de l'automatisme, s'adapte assez mal au nihilisme de Tzara. En février 1922, le travail systématique du négatif a assez duré pour le futur fondateur du Surréalisme qui appelle à la réunion d'un "Congrès international pour la détermination des directives et la défense de l'esprit moderne(19)". C'est un échec. Littérature, dont les livraisons s'étaient interrompues après le compte rendu du "Procès Barrès" en août 1920, reparaît alors avec de nouveaux noms (Desnos, Vitrac, Morise) dans un format nouveau et sous la direction de Soupault et Breton. Les numéros 2 à 5 de la nouvelle série procèdent à la liquidation de Dada. Mais, au début de 1923, les liens se distendent à l'intérieur du groupe. Desnos supporte mal l'arrêt des expériences de sommeil; Aragon est critiqué pour avoir accepté de rejoindre la rédaction de l'hebdomadaire Paris-Journal de Jacques Hébertot; Soupault s'éloigne de plus en plus pour se consacrer à ses condamnables activités de journaliste et de romancier; Crevel a rejoint Tzara. C'est dans ce contexte d'intense démoralisation et de doutes quant à l'avenir que Breton confie à Vitrac son intention de ne plus écrire(20). En juillet, pourtant, il compose quelques-uns des plus beaux poèmes de Clair de Terre, son prochain recueil qu'il achève en vacances à Lorient durant le mois d'août.
***
Profitant de son séjour en Bretagne, il écrit, le 1er septembre, à Saint-Pol-Roux pour lui demander un rendez-vous. Dans sa lettre, le directeur de Littérature assure le Magnifique de sa plus "profonde admiration" et lui signifie sa volonté d'écrire sur lui "le premier article de réparation, lequel trouverait place dans le second volume de [son] livre : Les Pas perdus, qui va paraître à la Nouvelle Revue Française(21)". La rencontre a lieu le 7 dans le manoir de Camaret. Nous n'avons que peu d'indications sur la teneur de la conversation, en dehors de celles fournies par Breton dans sa deuxième lettre, datée du 18 septembre. Le jeune poète y regrette sa réserve : "Le malheur est que j'ai trop conscience de certaines barrières et que, désireux de préserver nos premiers rapports, cette heure pour moi sans prix, et ce qui pouvait s'y introduire de factice, je ne me livrais pas assez"; revient sur le sort fait à son aîné : "j'ai été profondément remué par tout ce que vous m'avez dit, révolté aussi par ce que vous m'avez tu : cette fatalité sur vous, la lâcheté de vos amis"; et, après avoir réitéré, avec ferveur, sa proposition de service, il demande au poète de Camaret d'accepter la dédicace qui doit ouvrir le recueil à paraître "dans une quinzaine de jours" :
Au grand poèteSAINT-POL-ROUXA ceux qui comme luis'offrentLE MAGNIFIQUEplaisir de se faire oublier(22)
A partir de cette date, Saint-Pol-Roux entre explicitement et de son vivant dans le panthéon surréaliste. Alors que son nom ne figurait pas dans la liste des personnalités notées de -25 à +20 par les collaborateurs dadaïstes de Littérature, il trouve place dans la double page, intitulée "ERUTARETTIL(23)", de la livraison du 15 octobre 1923.
Saint-Pol-Roux s'y voit entouré, en haut par Lautréamont, en bas par Fantomas, à gauche par Ghil et Louys, à droite par Péladan, et non loin de Rimbaud, Vaché, Apollinaire, Nouveau, Jarry, Maeterlinck, Roussel et Reverdy. Des auteurs symbolistes qui y apparaissent - en plus de ceux déjà mentionnés, citons Huysmans et remarquons l'absence de Mallarmé -, le nom du Magnifique se détache par la taille et la police de caractères utilisée qui l'apparente, entre autres, à Cros, Reverdy, Borel, Nerval, Roussel, Radcliffe et Laclos. Cette liste, qui compte soixante et onze noms de poètes, philosophes, romanciers, alchimistes ou personnages de fiction, élabore, un an avant le Manifeste, le premier arbre généalogique du Surréalisme. Ce qui unit tous ces auteurs ou titres, c'est leur capacité à prendre poétique à contresens la littérature, à en brouiller les règles du jeu, les niant peut-être, pour accéder à une nouvelle réalité. Cette reconnaissance d'une ascendance poétique, aux nombreuses ramifications, appelle un élan positif et annonce déjà une reconstruction prochaine sur les cendres littéraires de Dada.
Tel est le sens du dernier "numéro démoralisant" de la revue Littérature qui paraît, huit mois après le précédent, en juin 1924. Au sommaire, des fragments d'Un coeur sous une soutane de Rimbaud, un poème d'Apollinaire, des articles de Vitrac, Desnos et Baron, le "Carnet" d'André Breton, une "lettre à Francis Vielé-Griffin sur la destinée de l'homme" d'Aragon et, pour finir, un court texte de la rédaction - mais qui selon Henri Béhar serait du seul Breton - intitulé "Nouveauté". Dans ce bref paragraphe, les futurs surréalistes exposent leur décision de délaisser la critique, jugée insignifiante :
"Comme un certain nombre des modes de l'activité humaine, la critique a cessé de nous intéresser : elle est trop bête. Nous renvoyons donc nos lecteurs, comme tu dis, au comptoir de l'épicerie (Revue universelle, Revue hebdomadaire, N.R.F., Le Temps, Le Figaro, etc...). Nous nous bornerons désormais à publier quelques extraits des livres et de la conversation de nos contemporains les plus remarquables, aussi bien que des personnages qui ont su par eux-mêmes ou par la bonne volonté d'un éditeur garder au-delà de la mort un semblant d'actualité.(24)"
Et les extraits qui suivaient ce préambule étaient signés Gauguin, Sade, Delteil, Soupault, Rabbe et Saint-Pol-Roux. De ce dernier, Breton reproduisait un passage de la lettre que le Magnifique lui avait adressée, et dont j'ai précédemment cité le brouillon publié par Rougerie. L'extrait présente certaines différences avec ce dernier :
"SAINT-POL-ROUX : "C'est la crainte et l'amour de la Beauté, les deux servantes qui firent mes malles, voilà 30 ans. Ayant élu le long silence, je ne saurais être un envieux, et j'accepte ma modeste destinée... Laissez-moi regagner cette solitude où je vins creuser jusqu'à l'os, bien avant le silex et l'ambre. Voyez-vous, nous sommes les prisonniers de la Raison. La Belle à délivrer, c'est l'Imagination : grande reine du Monde. Elle est la géniale Aventure, dont la Raison est le corps-mort."
La lettre de Saint-Pol-Roux rejoint les autres extraits proposés en ce qu'elle postule une certaine attitude littéraire, libre et peu soucieuse de la critique raisonnante. Elle manifeste également le choix devant lequel se trouvent alors les jeunes écrivains parisiens de Littérature : le silence ou l'aventure poétique.
***
En outre, écrit, en grande partie à Lorient, alors même que Breton éprouve le désir de rencontrer son aîné, il n'est pas impossible que Clair de Terre se souvienne de la poésie du Magnifique. A l'époque Dada, les proches du directeur de Littérature voyaient d'un mauvais oeil son admiration pour le poète de Camaret; Picabia, notamment, qui déclara : "Saint-Pol-Roux, j'ai horreur de tout ce qu'il a pu faire et il a eu raison de foutre le camp en Bretagne(27)". Mais certaines déclarations du poète, faites deux ans plus tôt, avaient annoncé, sur un ton amusé, le danger de pétrification qu'encourait le mouvement de Tzara. En novembre 1920, L'Esprit nouveau avait lancé, à la fin de son deuxième numéro, l'enquête : "Faut-il brûler le Louvre ?", à laquelle s'ajouta, en mars 1921, la question posée dans le numéro 15 de La Revue de l'Epoque : "Faut-il fusiller les dadaïstes ?". Saint-Pol-Roux fit d'une pierre deux coups et répondit, avec un humour proche de celui des dadas eux-mêmes : "Ne pas fusiller Louvre / Ni brûler Dada / Car Dada est dans Louvre / Et Louvre dans Dada.(28)" Il serait cependant trop simple de ne voir dans cette réponse qu'une plaisanterie astucieuse. Sous l'aspect du paradoxe, voire du nonsense, le Magnifique affirme, d'une part, que l'oeuvre d'art est par nature révolutionnaire - "Dada est dans Louvre" - et point, d'autre part, l'institutionnalisation, la banalisation imminente, en germe dans les productions dadaïstes - "Et Louvre dans Dada". Cette critique, Breton la fera sienne 18 mois plus tard. Réintroduire le nom de Saint-Pol-Roux dans le panthéon pré-surréaliste, c'est donc l'investir, comme le remarque Gérard Legrand, "du renversement que laissait percer la distance prise à l'égard de Dada(29)". Et dans la mesure où Clair de Terre représente la première manifestation éditoriale post-dadaïste, les poèmes qui y renversent la vapeur poétique renouent avec des influences jusque-là un peu délaissées.
L'usage quasi systématique de la dédicace - fait assez peu courant pour attirer notre attention - se rappelle peut-être justement les recueils de Saint-Pol-Roux dont presque tous les poèmes sont dédiés à des amis ou des contemporains. Comme le Magnifique, pour qui cette pratique tendait à constituer autour de son nom une communauté idéoréaliste idéale, Breton rallie des hommes capables de susciter un mouvement nouveau. Plus significatives et plus structurantes cependant me paraissent les nombreuses allusions solaires et les images qui s'y rattachent. Contrairement à ce qu'affirme Angelos Triantafyllou pour qui "la lumière que le surréalisme a introduite dans l'image [a] ensuite [marqué] la pensée des poètes comme Saint-Pol-Roux ou même Pierre Reverdy (dans les années 30)(30)", ce sont les attributs particuliers que le Magnifique a conférés, dans toute son oeuvre - antérieure à 1923 ! -, au soleil, qui étaient à même d'orienter la poésie de Breton. Le titre Clair de Terre met, avec évidence, l'accent sur l'importance de la luminosité comme motif structurant du recueil. Le premier texte, un récit de rêve, nous plonge dans l'obscurité de l'inconscient et dans l'absence toute fictionnelle du soleil : "Je passe le soir dans une rue déserte"; et le parcours onirique s'achève sur l'expression d'un désir qui ne parvient pas à se réaliser : "je n'arrive à écrire sur le premier feuillet que ces mots : La lumière...". Cette lumière, décevante car ne subsistant qu'à l'état larvaire de mot, appelée trois fois, ne peut manquer d'évoquer l'Azur mallarméen(31). Cette tension vers un ailleurs qui, pour Breton se confond avec l'ici-bas puisque "Tout paradis n'est pas perdu" selon l'intitulé d'un autre poème, est à maintes reprises rendue par l'alternance de textes diurnes et nocturnes. Et le recueil se conclut avec "Le soleil en laisse(32)", image arrêtée de l'astre, telle qu'on peut la trouver dans La Dame à la faulx ou Les Reposoirs de la procession. Le neuvième vers, "Ce n'était qu'un rayon de la roue voilée", pourrait d'ailleurs faire référence à la fin de l'antépénultième poème des Féeries intérieures :
Or, cette image de l'astre illuminant le monde extérieur ne va pas, chez Breton comme chez Saint-Pol-Roux, sans un renversement dialectique qui intériorise la lumière et identifie le poète à un foyer rayonnant. "La construction solaire [qui l'avait] retenu jusqu'ici(34)" s'effondre et instaure une nuit angoissante au cours de laquelle s'effectue, sous l'action héliotropique, l'assimilation lumineuse. Le célèbre poème "Tournesol(35)", commenté par l'auteur, quatorze ans plus tard, dans L'Amour fou, est chargé de ce renversement. Le poète, dont le regard suit la déambulation nocturne d'une femme mystérieuse et radieuse ("l'ambassadrice du salpêtre" / "la dame sans ombre"), occupe la position de la fleur amoureuse du soleil, pendant les deux premiers tiers du texte. Mais à la fin, le spectateur devient à son tour objet de contemplation et prend la place de l'astre :"Or, tout là-bas, se fit le bruit d'un Coeur qui s'enchâssait en des rayons...Et la Roue de la Vie reparut dans le ciel comme une apothéose.(33)"
Un mouvement analogue structure le récit de "La religion du tournesol(36)", poème en prose de La Rose et les épines du chemin, composé par Saint-Pol-Roux au début des années 1890. Jaloux du soleil, le poète fait une cour assidue à l'hélianthe jusqu'à ce que"Je ne suis le jouet d'aucune puissance sensorielleEt pourtant le grillon qui chantait dans les cheveux de cendreUn soir près de la statue d'Etienne MarcelM'a jeté un coup d'oeil d'intelligenceAndré Breton m'a-t-il dit passe"
L'avant-dernier poème de Clair de Terre - j'exclus "A Rrose Sélavy" qui, répondant à la dédicace initiale, appartient plutôt au péritexte - annonce cette même solarisation du poète, qui sera réalisée, après séduction, dans "Le soleil en laisse" :"Me prenant sans doute pour le Soleil, le Tournesol tourna vers moi son admiration, - et dans cet oeil je m'aperçus tout en lumière et tout en gloire."
Il ne s'agissait évidemment pas, en indiquant ces quelques éléments, de donner un sens définitif au magnifique recueil de Breton, mais de rétablir une part du dialogue poétique qui s'est établi entre le futur fondateur du Surréalisme et le théoricien de l'idéoréalisme avant même leur rencontre effective. Car, Clair de Terre, comme Mont de Piété, se souviennent consciemment ou inconsciemment de l'oeuvre de Saint-Pol-Roux; et, il n'est pas surprenant que ces deux recueils, précédant la constitution du groupe surréaliste, se signalent justement comme des ouvrages de rupture. Celui de 1919 rompait avec les tentations symbolistes et post-symbolistes, et proclamait l'avènement de l'esprit nouveau, quand celui de 1923 niait la période Dada, brève incarnation de cet esprit nouveau, et s'affirmait comme son dépassement dialectique. Aussi, par sa double position, à la fois critique envers le dérives mallarméennes du Symbolisme et annonciatrice des données fondamentales du Surréalisme, la poésie du Magnifique a pu être réinvestie dans ces deux phases essentielles pour l'histoire poétique personnelle de Breton, et celle, générale, du mouvement surréaliste."Au temps de ma millième jeunesseJ'ai charmé cette torpille qui brille[...]Le fumeur met la dernière main à son travailIl cherche l'unité de lui-même avec le paysageIl est un des frissons du grand frigorifique(37)"
(A suivre...)
(18) Entretiens, p.454.
(19) "Appel du 3 janvier 1922", Comoedia, Paris, 3 janvier 1922; repris dans O.C.I, pp.434-435. J'ai conscience de passer sur certains faits historiques importants; mais il ne s'agit pas de refaire ici une histoire de Dada ou du Surréalisme que d'autres ont parfaitement réalisée. Aussi, pour de plus amples informations concernant la rupture entre les dadaïstes et les futurs surréalistes, je renvoie à la thèse de Michel Sanouillet, Dada à Paris (éd. Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1965 et nouvelle édition revue et corrigée établie par Anne Sanouillet chez Flammarion, Paris, 1993).
(21) Op. cit. Dans sa notice à Les Pas perdus, Marguerite Bonnet rappelle que "le second volume est annoncé dans Clair de terre, en novembre, en même temps que deux autres ouvrages qui n'ont jamais vu le jour". Il devait recueillir des articles sur les méconnus de la littérature. Seuls "Le maître de l'image" et un texte sur Pétrus Borel seront réalisés.
(22) Clair de Terre, (sans nom d'éditeur), "collection Littérature", Paris, 1923; repris dans O.C.I, p.148.
(23) Littérature, nouvelle série, n°11-12, 15 octobre 1923, pp. 24-25.
(24) Ibid., nouvelle série, n°13, juin 1924, pp.23-24.
(25) Clair de Terre, p.189. Rrose Sélavy est le pseudonyme, figure de double, que s'est choisi Marcel Duchamp. Pouvant se lire "Eros c'est la Vie", le titre du poème manifeste bien cette victoire de la poésie, tournée non pas vers l'artifice littéraire mais vers l'existence, sur la tentation du silence.
(26) Lettre de Saint-Pol-Roux à André Breton, datée du 29 décembre 1923; citée par Marguerite Bonnet dans O.C.I, p.1189. Le Magnifique y remercie l'auteur de "l'adorable Clair de terre [pour] la double dédicace, imprimée et manuscrite".
(27) Lettre de Picabia à Breton, citée par Marguerite Bonnet dans André Breton, Naissance de l'aventure surréaliste, p.325.
(28) J'emprunte le détail de la double enquête et la réponse de Saint-Pol-Roux aux commentaires de Marguerite Bonnet sur le texte inédit de Breton, "Les enfers artificiels / Ouverture de la saison dada 1921", dans O.C.I, note 1 de la page 628, pp.1484-1485.
(29) André Breton en son temps, p.81.
(30) Images de la dialectique et dialectique de l'image, p.321.
(31) Clair de terre, pp.149-150. Le poème de Mallarmé s'achève par le mot "Azur" répété quatre fois.
(32) Ibid., p.188.
(33) Les Féeries intérieures, p.191. Signalons que ce dernier tome de la trilogie poétique s'achèv également sur "une invitation à l'espérance". La dernière phrase de "Le châtelain et le paysan", l'ultime poème du recueil, exprime, comme le vers de "A Rrose Sélavy", un nouveau départ : "Le devoir accompli, je m'en irai, parmi le monde à trav