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dimanche 24 octobre 2010

Saint-Pol-Roux, un banquet, une photo : réponses & résultats

Le jeu est clos. Les réponses, bien que relativement peu nombreuses, me permettent toutefois de désigner un gagnant et de fournir quelques détails sur cette prestigieuse réunion. Disons-le sans pudeur : j'ignorais la date exacte de ce banquet. Nicolas Galaud, qui donna un précieux commentaire, avance celle du 21 juin 1936, précisant qu'il pourrait s'agir du "Banquet de l'Académie Mallarmé" organisé "à l'occasion du Cinquantenaire du Symbolisme". La date n'est pas improbable et nous la retenons comme une hypothèse très-sérieuse, mais, dans ce cas, ce ne peut être une tablée d'académiciens Mallarmé, puisque l'Académie ne naîtra que quelques mois plus tard, en février 1937. C'est d'ailleurs lors du Cinquantenaire que naîtra, comme une Minerve, du crâne de Dujardin-Jupiter, l'idée de fonder cette institution poétique nouvelle. Retenons donc, magré tout, la date du 21 (ou alentours) juin 1936, même si la présence de certains jeunes dont nous n'avons pas retrouvé les noms dans les comptes rendus du déjeuner, parus à l'époque, laisserait à penser que ce banquet-là eût lieu plutôt en 1937, avant le mois de décembre. L'identification d'une onzaine de convives permettra - qui sait ? - de mieux cerner les circonstances de l'événement.

La reproduction est de mauvaise qualité. Aussi certaines identifications restent incertaines et nous les faisons suivre d'un dubitatif point d'interrogation.
1. Saint-Pol-Roux
2. Edouard Dujardin
3. Francis Vielé-Griffin
4. André Fontainas
5. Jean Ajalbert
6. Divine Saint-Pol-Roux
7. André Rolland de Renéville
8. Roger Lannes
9. Maurice Genevoix (?)
10. Michel Manoll (?)
11. Edmond Jaloux (?)
Je n'ai pu identifier la dame chapeautée à la droite de Dujardin. Il ne semble pas qu'il pût s'agir de Rachilde. Quelques profils restent encore à nommer. La présence de Vielé-Griffin permet d'assurer que le banquet eut lieu avant le mois de décembre 1937 - le poète de la Chevauchée d'Yeldis disparaissant le 11. N'hésitez donc pas, forts de ces informations nouvelles, à poster de nouveaux commentaires pour préciser la nature et la date de cette conviviale célébration, pour parfaire aussi les identifications. En attendant, décernons le prix à David Nadeau qui recevra, lorsqu'il m'aura communiqué son adresse postale, un exemplaire de Saint-Pol-Roux le crucifié de Paul-T. Pelleau.

vendredi 13 août 2010

Saint-Pol-Roux, un banquet, une photo : jouons un peu en attendant la rentrée...

Ah, la belle tradition des banquets littéraires ! On sait que Saint-Pol-Roux participa moultes fois à ces déjeuners et dîners qui réunissaient bien du beau monde. Et bien le voici attablé de nouveau. Il est au centre, à la table du fond, et semble présider. Mais qui sont ceux qui l'entourent ? J'en ai identifié quelques-uns. A vous de jouer et, même, de combler mes lacunes.

Un cadeau magnifique espère celle ou celui qui aura identifié le plus de convives. A vos commentaires, donc !

vendredi 27 mars 2009

Lumières sur le portrait-mystère : le bon camarade Eugène Figuière

Bon sang, mais c'était bien sûr ! Notre bonhomme aux bajoues conviviales ne pouvait être un autre que l'éditeur hyperactif Eugène Figuière (1882-1944). J'entends déjà les participants qui se sont cassés la dent bibliophile sur l'identité de notre héros, s'exclamer d'auto-indignation en relisant l'indice clarissime où il fut question de fruit chu, de caprification, et d'un trop exotique banian, et en s'apercevant fort tard - trop tard - que c'était ainsi les placer à l'enseigne du figuier, de l'arbre qui servit de marque transparente à notre éditeur. Quant à l'indice ultime, il se contentait de lister quelques-uns des auteurs publiés à ladite enseigne, hors René-Louis Doyon qui n'y publia pas mais fit ses propres armes éditoriales chez l'ami Figuière, Marie Laurencin, qui y donna ses premières illustrations livresques en 1912, et Saint-Pol-Roux, qui manqua de peu commettre quelque infidélité envers le Mercure de France pour paraître sous le fructueux figuier. Nous en reparlerons. En attendant, on s'infligera - et avec le sourire - cette petite page d'auto-promotion retrouvée dans l'annuaire général des lettres pour 1932, et on félicitera -oui, oui, toi aussi, visiteur et beau joueur - l'ami perspicace C. Arnoult, maître-entoileur du blog Han Ryner, qui, seul, donna la juste réponse.

lundi 23 mars 2009

Grand Jeu Concours : Mais qui est-ce donc ? (dernier indice)

Sentant que le visiteur souffre de ne pas associer de nom à ce visage bonhomme, j'ai décidé - magnanime - de lui offrir un ultime indice, qui le fera glisser, en savonneux toboggan, vers la soulageante révélation.
Mais qui est-ce donc ?


Indice ultime :
Son histoire est faite des rencontres d'Apollinaire, Jules Romains, Jean Ajalbert, Georges Polti, Léon Riotor, Louis de Gonzague Frick, Marie Laurencin, René Arcos, O. W. de L. Milosz, Jules Supervielle, Riccioto Canudo, Tristan Klingsor, Paul Fort, Aurel, Carlos Larronde, John Millington Synge, André Salmon, Charles Vildrac, Bernard Shaw, André de Lorde, Pierre Jean Jouve, Valentine de Saint-Point, André Gide, René Ghil, Georges Duhamel, Alexandre Mercereau, Han Ryner, Léon Frapié, Laurent Tailhade, Walt Whitman, René-Louis Doyon, Saint-Pol-Roux, etc.
La route vers la bonne réponse étant désormais fort découverte, je me tairai jusqu'à la fin de la semaine. Postez vos réponses en commentaires (ci-dessous). Le gagnant sera celui qui aura été le plus rapide à donner l'identité de notre bonhomme. Toutes les réponses seront publiées, dans l'ordre où elles me seront parvenues, vendredi en fin d'après-midi. A vos claviers...


NOTE A DESTINATION DES REPONDEURS INQUIETS

LE COMMENTAIRE SUPPRIME ETAIT UN TEST. COMME ANNONCE, TOUTES LES REPONSES PARAÎTRONT EN MÊME TEMPS, MAIS DANS LEUR ORDRE D'ARRIVEE, VENDREDI 27 MARS. N'HESITEZ DONC PAS A POSTER VOS REPONSES... JE LES TIENS AU CHAUD JUSQU'AU GRAND JOUR.

vendredi 20 février 2009

Le Grand Jeu Concours des Féeries Intérieures : mais qui est-ce donc ?

Il est bien ardu le grand jeu concours, au point que le visiteur timide n'ose avancer des noms qu'à grand'peine : Léon-Paul Fargue, Valery Larbaud, Léon Daudet... et c'est tout ; au point qu'on me demande un indice... Mais c'est que je n'en ai pas concoctés, moi, des indices. Pasque - comme disent & écrivent les chères têtes brunes - il est si bien connu des amateurs de littérature bellépoque, le patronyme du bonhomme ci-d'ssous, ça est tellement une figure qui compta dans la 'tite République des Lett' d'alors, que tout indice constituerait illico un don de langue au chat. V'là seul'ment keskej'peudire...


Mais qui est-ce donc ?

Est-ce utile, en ce blog, de préciser que notre client a sa place dans l'historiographie saint-pol-roussine ?

Complément : Depuis l'entoilage de ce billet ont été proposés les noms de Fargue & Larbaud - encore & toujours -, Henri Béraud, Francis Vielé-Griffin, Aristide Bruant, Elemir Bourges, Charles-Louis Philippe, André-Ferdinand Herold, Francis Carco, André Beucler. (Je complèterai la liste au fur et à mesure des réponses données). Le mystère reste entier... Tentez & retentez votre chance.

lundi 9 février 2009

Jouons un peu : Qui est-ce ?

Il y a longtemps que nous n'avions pas joué - c'est-à-dire posé une question magnifiquement difficile - sur Les Féeries Intérieures. Eh bien, voici :
"QUI EST-CE ?"

Le gagnant se verra offrir un exemplaire du n°3 du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux, à paraître. S'il venait à l'idée d'un déjà abonné de donner la bonne réponse, il remporterait alors un prix spécial, certifié "magnifique".

Nota : Je n'ai pas oublié nos deux amis qui trouvèrent les noms des quatorzéquinzièmes académiciens Mallarmé. Leur lot devrait leur parvenir bientôt. Patience...

vendredi 2 janvier 2009

L'Académie Mallarmé : premières manifestations - et un petit jeu-concours...

Pour exister, notre poétique aéropage dut se montrer et donner de ses membres à diverses manifestations & célébrations ; bref, il fallait commencer par s'agiter, ce qui, naturellement, ne déplaisait pas à nos échotiers du Figaro, les André Billy et autres Alguazils. Voici donc quelques coupures de presse qui nous donnent une idée de ce que fut l'agenda de la vaillante Académie, au cours de ses premiers mois d'existence.

29 mai 1937
La jeune Académie Mallarmé brûle de faire parler d'elle et d'affirmer sa vitalité. C'est de son âge. il faut donc lui pardonner d'avoir accordé son patronage à une entreprise dont le titre avait pourtant de quoi la faire reculer : les Olympiades de la Poésie. Cela donne le frisson.

Ces Olympiades consisteront en une série de galas destinés à faire connaître au grand public la poésie de tous les pays. On nous fait entrevoir que les plus grands poètes et les plus grands artistes des cinq parties du monde y participeront. Ce serait magnifique. Il est à craindre, hélas ! que la réalité ne soit moins belle. Attendons.
André Billy.
On attendit. Et on n'en parla plus.

1er juin 1937
"Au calendrier des lettres"
Le cinquantenaire de la mort de Jules Laforgue : les membres de l'Académie Mallarmé le commémoreront en se rendant, dimanche prochain, à 16h. 45, au cimetière de Bagneux, sur la tombe du poète.
Les Alguazils.
5 juin 1937
"Le Souvenir des Poètes"
La commémoration du cinquantenaire de la mort de Jules Laforgue aura lieu demain, à 16h. 45 au cimetière de Bagneux sur la tombe du poète.

En voici le programme : allocution de M. Edouard Dujardin au nom de l'Académie Mallarmé ; poème de M. Francis Vielé-Griffin en l'honneur de Jules Laforgue, lu par M. Paul Fort ; discours de M. André Salmon ; discours de M. André Delacour au nom de la Société des Gens de Lettres ; lecture de poèmes de Jules Laforgue par Mme Jeanne Sully et M. Fernand Ledoux, de la Comédie-Française, et M. Jean Sarment.
12 juin 1937
"Le Tombeau du Poète"
Les membres de la nouvelle Académie Mallarmé qui s'en sont allés, l'autre dimanche, à Bagneux fleurir la tombe de Jules Laforgue y ont trouvé un tertre très humble, avec une croix noire sur laquelle ces mots étaient écrits : Sépulture Laforgue...
Guermantes.
28 septembre 1937
"L'Académie Mallarmé à l'Exposition"
L'Académie Mallarmé, la jeune Académie de Poésie, fraîchement entrée dans la carrière et dont on a vu les pas hésitants, occupera aujourd'hui à 5 heures au Studio des Champs-Elysées, 13 avenue Montaigne, la scène des Mardis littéraires de l'Exposition.

M. Edouard Dujardin, secrétaire de la Compagnie créée sous l'égide de Mallarmé, dira ce qu'elle est, ce qu'elle veut être, comment elle est née du symbolisme, etc... M. Jacques Copeau dira des poèmes de Paul Valéry, Paul Fort, Charles Vildrac, Valéry Larbaud, Léon-Paul Fargue, etc...
Les Alguazils.
Certes, voilà des débuts bien timides, mais pouvait-elle plus, cette imperturbablement jeune académie, dont certains de ses membres, - Saint-Pol-Roux, Mockel, Maeterlinck -, vivaient loin, relativement, de Paris, et qui n'avait pas le sou pour fonder le prix espéré qui permît de créer l'événement attendu autour de son nom ? Puis, il lui manquait encore deux poètes pour être complète. Mais lesquels ? Une récompense à qui, le premier, donnera, en commentaire, le nom des deux futurs élus mallarméens. Faites vos jeux, et vite, car il sera question des prochaines élections dans les billets de début de semaine.

(A suivre...)

mercredi 19 mars 2008

Et l'auteur-mystère est...

Jean ROYERE
(1871-1956)

Félicitations magnifiques & vives à Zeb, notre ami de Livrenblog,
qui découvrit l'identité du poète du "Faune".


Le sonnet dédié à Henri de Régnier fut extrait d'Exil Doré, premier recueil de Royère, qui parut chez Léon Vanier en 1898.


Notre poète débutait en poésie l'année où Mallarmé mourut et, avec lui, une certaine idée du symbolisme. Doit-on y voir un signe pour celui qui déclara, au seuil de son troisième livre, Soeur de Narcisse nue (Editions de La Phalange, 1907) : "Ma poésie est obscure comme un lis" ? La formule marqua suffisamment les esprits contemporains pour qu'elle le suivît jusqu'à sa mort et qu'André Breton la répétât dans ses Entretiens, parlant à André Parinaud de Royère, qui fut l'une de ses premières rencontres littéraires décisives.


Si aujourd'hui les vers de Jean Royère sont oubliés - bien à tort -, pour des raisons que j'exposerai bientôt, l'histoire littéraire se souvient néanmoins du brillant animateur de revues. Il créa la Phalange, petite revue de grande importance, qu'il dirigea entre 1906 et 1914 et qui ressuscita, moins inspirée, entre 1936 et 1939. Mais les phalanges, pour pointer un doigt complet, vont par trois, et ce fut également une collection d'ouvrages, également dirigée par Royère, chez Albert Messein, de 1924 à 1939.


Critique lucide, ouvert aux tendances nouvelles, il resta fidèle au mouvement qui, jeune lecteur, l'avait ébloui, et devint, à l'aube du XXe siècle, chef de file du néo-symbolisme. Il consacra de beaux ouvrages à deux de ses maîtres : Mallarmé (en haut) & Baudelaire (au centre, à gauche). Avant de créer la Phalange, il avait, avec la bénédiction de René Ghil (au centre), relancé les Ecrits pour l'art (1905-1906). C'est sans doute là qu'il s'éprit de la poésie de John Antoine Nau (au centre à droite), premier prix Goncourt pour Force ennemie (1903), qui y donna les magnifiques poèmes de Vers la Fée Viviane. Fidèle en amitié, Royère ne cessera de promouvoir le génie de Nau, comme celui d'Armand Godoy (en bas, à gauche), découvert bien plus tard, à la fin des années 1920. La Phalange fut une famille, avait coutume de dire notre auteur; et quelle famille ! Royère y devint l'ami d'Apollinaire (en bas, au centre), y lança Valery Larbaud (que Léon-Paul Fargue, par quelque magie, remplace sur le montage photographique), et y publia les premiers poèmes, encore empreints de symbolisme, du très jeune André Breton (en bas, à droite). Voilà qui fait rêver...

J'aime la poésie de Jean Royère, que j'ai découverte grâce à mes recherches sur Saint-Pol-Roux. Car le Magnifique et le poète d'Exil Doré furent amis, mieux encore, frères, d'une fraternité toute poétique. Originaires de Provence, la passion de la lumière avait sans doute rapproché ces deux exilés du septentrion. Il me plaît beaucoup que Vincent Gogibu & les éditions du Clown Lyrique aient choisi de publier sous forme d'une jolie plaquette, en préambule à des parutions plus importantes, cet "En Avignon" solaire de Jean Royère, qui, originellement constituait l'un des chapitres de Frontons (Seheur, 1932), consacré à Emmanuel Signoret. Cela me plaît : voici l'ombre du beau Jean Royère qui passe...


Et je suis ravi d'offrir à Zeb, pour avoir découvert l'identité de l'auteur-mystère, l'un des 300 exemplaires, sur papier de création, de cette plaquette charmante, et d'y joindre, pour avoir trouvé le titre du recueil, un numéro du Manuscrit autographe, autre belle revue, créée et dirigée par Jean Royère de 1926 à 1933.

jeudi 6 mars 2008

Grand Jeu du Mois de Mars : un nouvel indice


Voici donc, moins parfumé que le précédent, un nouvel indice.


Pour revoir l'indice précédent, cliquez .

Et pour relire le poème, ici.

lundi 25 février 2008

Le Grand Jeu du Mois de Mars : un nouvel auteur-mystère à identifier

Vous l'attendiez avec impatience. J'ai reçu quantité de messages réclamant son retour. Eh bien, le voici ! Le Grand Jeu des Féeries Intérieures fait son come-back. Il s'agit encore une fois d'identifier l'auteur d'un texte, en l'occurrence ce sonnet :

LE FAUNE
A Henri de Régnier.
Assis au pied de l'arbre aux sonores rameaux
Dont le soleil doré baigne les jeunes pousses,
Dans le hallier propice aux solitudes douces,
Le Faune industrieux rassemble les roseaux.

Il façonne, en riant, la flûte à sept tuyaux,
Qui souffle le désir au coeur des nymphes rousses
Et, dans les frais gazons ou sur les tièdes mousses,
Fait germer les hymens harmonieux et beaux.

Les Dryades, en rond, dansent dans la prairie,
Et leur troupe, enfantine et joyeuse, s'écrie,
Apercevant le Faune au visage sournois.

Mais lui saisit la flûte et la porte à ses lèvres :
Aussitôt, dans les yeux des rieuses, tu vois
Courir l'éclair furtif des amoureuses fièvres.


Pour ceux qui trouveraient l'identification un peu ardue, j'offre dès à présent un premier indice : la page de titre, à peine maquillée, du recueil d'où j'extrais ce "Faune".


Je donnerai un nouvel indice chaque semaine, jusqu'à la fin du mois de mars. Celui qui identifiera l'auteur remportera un prix vraiment charmant, auquel je joindrai un petit supplément s'il trouve le titre du recueil. Alors, n'hésitez pas et

Tentez votre chance !

vendredi 7 septembre 2007

Le Grand Jeu du Mois d'Août : Michel-Féline, poète confidentiel

Zeb , en fin limier bibliophile et excellent connaisseur de la littérature fin de siècle, a su identifier notre mystérieux poète. Bien que le jeu fût clos le 31 août, la trouvaille méritera sa récompense. Il s'agissait bel et bien de Michel-Féline, qui publia son seul recueil (connu), L'adolescent confidentiel (Indice n°1), à la Librairie de l'Art Indépendant, en 1892. Il avait débuté, en donnant de rares poèmes à La Plume d'où notre "Princesse Magnifique" est tirée (n°75, 1er juin 1892, pp. 242-243), et à Chimère, la revue montpelliérenne de Paul Redonnel. Michel-Féline en était - de Montpellier -, et y avait rencontré, sans doute grâce à son frère, Pierre, un autre tout jeune poète : Paul Valéry, à qui on attribua abusivement, quelques années plus tard, la paternité de cet adolescent confidentiel (Indice n°2).

Voici quelques comptes rendus du volume, retrouvés dans les petites revues d'époque :

- Adolphe Retté (L'Ermitage, août 1892, p.113) : "Le livre de M. Féline est assez complexe et si l'impression qui s'en dégage n'est pas toujours des plus agréantes, il faut peut-être en accuser cette préoccupation du poète d'embarrasser l'expression de sa pensée d'une foule de tournures compliquées dont elle ne se dégage pas toujours très heureusement. Sans doute il y a chez M. Féline une certaine inexpérience au maniement des rythmes. Aussi n'exerce-t-il pas toujours un contrôle suffisant sur la qualité de ses émotions; bien des brutalités étaient à éviter. Sans insister davantage sur ces deux points, nous découvrons chez M. Féline un véritable don lyrique, maints charmants détails et, çà et là, de ces vers que seul un vraiment poète pouvait écrire. Cela suffit pour classer M. Féline dans un bon rang. Enfin L'ADOLESCENT CONFIDENTIEL est dédié à la mémoire de Jules Laforgue, ce à quoi il faut applaudir car on ne glorifiera jamais trop le seul écrivain de génie que notre génération ait donné jusqu'à présent."

- Jean Court (Mercure de France, septembre 1892, p. 84) : "Les jolis vers ne sont point rares dans cette oeuvrette, mais l'âme de l'adolescent qui écrivit ces pseudo-confidences est sans doute un peu artificieuse et dénuée de toute sincérité. Les préférences de M. Michel Féline vont à Jules Laforgue, à qui le recueil est dédié. L'influence du poète de l'Imitation de N.-D. la Lune est flagrante. Elle se traduit par quelques pastiches maladroits et surtout par une recherche d'originalité qu'on peut trouver excessive. Mais peut-on formuler sérieusement un tel reproche à l'heure où tant de pleutres chantent la même ritournelle et s'exténuent à violer la même Muse-Maritorne ? A coup sûr, M. Michel Féline cherche sa voie. Le décousu de la plaquette qu'il nous donne aujourd'hui l'indique suffisamment. Il se possèdera mieux dans son prochain livre, je pense, et il convient d'attendre jusque-là pour le juger. Cependant, qu'il prenne garde aux trop brusques écarts d'imagination. Il faut avoir acquis une certaine maîtrise pour jouer avec les images disparates, sans tomber dans le grotesque. Les vers suivants, cueillis dans l'Adolescent confidentiel, mais dont le déliquescent Adoré Floupette pourrait presque revendiquer la paternité, me semblent un exemple probant de ce que j'avance :

Rivage heureux où des sourires sont mes pleurs,
Où les pucelles font pipi sur les fleurs.
.......................................................................................
Q'une chienne ivre de toi
Te ronge les testicules,
Ecoute les Renoncules
Sangloter au jardin froid."

- Sainte-Claire (La Plume, 1er juillet 1892, p. 309) : "Voulez-vous la note vibrante, hurlante presque :

Qu'une chienne ivre de toi
Te ronge les testicules...

je vous conseille l'Adolescent confidentiel, début de M. Michel Féline. C'est un mélange étrange de sentimentalité, de lyrisme vrai, de prosaïsme - le cri jailli d'une âme puissante non-maîtresse d'elle-même, le bouillonnement d'une jeunesse névrosée clamant son ardeur aux étoiles :

Les belles Amaryllis
Se meurent de syphilis
Ou si c'est de la poitrine
A l'hôpital de Lourcine...
Il pleura sur l'omnibus...
- Et je veux chanter jusque épuisé !

Soyez sans inquiétude, M. Féline a déjà oublié son livre et avant peu il prendra une belle revanche."

[Michel-Féline assista aux dîners de La Plume en 1892. La table des matières de la revue pour cette année mentionne de Gabriel Vicaire une "Déclaration (pour répudier la paternité de "L'ADOLESCENT CONFIDENTIEL" de Michel Feline)" qui n'apparaît pas dans le corps de la revue; elle fut sans doute publiée, en même temps que deux autres poèmes du prochain recueil, dans un supplément poétique; on aura donc suspecté, avant Valéry, le co-inventeur d'Adoré Floupette d'être l'auteur de ces vers joliment étranges et faux; à moins que cette "déclaration" ne fût simplement une réponse à la comparaison avancée par Jean Court dans son compte rendu du Mercure de France ?]

- L. L. F. (L'Art et la Vie - Revue Jeune mensuelle, décembre 1892) : On inclinerait à penser que ce livre, - malgré son joli titre, - est une caricature des tentatives poétiques d'aujourd'hui. La phrase est assez torturée; les idées semblent absentes; les images sont plutôt chaotiques. Après des sensations, des sensations, j'aimerais mieux dire : des mots, mieux encore : des sonorités. Et quant à ces dernières, je les ai trouvées très faibles. Au fond, je crois avoir découvert ceci : l'auteur est troublé par des rêves de femmes, qui ébranlent en désordre tous ses états d'âme, passés et présents. Mais cet adolescent n'est rien moins que confidentiel. Je n'ai guère retenu que ces trois vers :

Elle chante, et le soir tombe;
Entends-tu l'âme, colombe
Qui prend son vol dans les airs ?

et ces deux-ci, qui sont fort clairs :

Les belles Amaryllis
Se meurent de syphilis...

Mais je calomnie peut-être M. Michel Féline, et, en voyant comme il se maintient dans le genre qu'il a choisi, j'ai grand'peur qu'il ne soit sincère. Je me rassure, en pensant que cette adolescence, qu'il nous révèle si discrètement, est une période de crise."

On ne sait à peu près rien d'autre sur ce poète(1) qui passa timidement (le titre de son recueil était programmatique, sans doute) en cette turbulente République des Lettres. Pourtant, les quelques strophes citées manifestaient une belle audace, pour le moins. Il n'y eut qu'André Breton, merveilleux bibliophile, pour saluer, plus de trente ans après l'ultime compte rendu, dans son Amour fou, deux vers ("Et les vierges postulantes... De l'accalmie pour leurs seins") de ce "poète par ailleurs plus qu'oubliable" (Indice n°3) - ces deux vers, absents dans La Plume, servaient d'épigraphe à "La Princesse Magnifique" du recueil. Dans la note que les éditeurs des OEuvres Complètes de Breton (Pléiade) consacrent à l'auteur de l'adolescent confidentiel, on lit ces quelques lignes extraites d'un article d'Elie-Charles Flamand, "A propos de Michel Féline" (Bief, n°3, 15 janvier 1959), commentant le recueil :

Dans le cadre quelque peu rococo de l'esthétique symboliste, Féline s'y livre à une confrontation sur le mode ironique de "l'Idéal" et du "Réel" (selon la terminologie de l'époque), en de courts poèmes qu'il drape avec nonchalance de surprenantes images.
L'adolescent confidentiel fut-il un recueil idéoréaliste ? et Michel-Féline, un Magnifique ?


(1) Tout renseignement supplémentaire concernant Michel-Féline sera chaleureusement accueilli, et une reconnaissance éternelle paiera en retour celle ou celui qui me communiquera l'article d'Elie-Charles Flamand, paru dans Bief. Et quelle merveille pour ma bibliothèque que cet Adolescent confidentiel : avis aux libraires !

jeudi 26 juillet 2007

Grand Jeu du mois d'Août : De qui est-ce ?

C'est avec quelques jours d'avance que je lance le Grand Jeu du Mois d'Août. Notre premier inconnu, Georges Maurevert, avait été trouvé assez facilement. Je corse donc un peu l'affaire. Il s'agit de retrouver le mystérieux auteur du poème suivant, dédié à notre poète :

LA PRINCESSE MAGNIFIQUE
A Saint-Pol-Roux.

Rivage heureux où des sourires sont mes pleurs,
Où les Pucelles font pipi sur les Fleurs

Je suis la Princesse entre les glycines molles
Qui pleure d'un regret de barcarolle. -

De splendeur vêtue sa pâleur est-elle
Mortelle ? - Elle a vécu de se savoir belle.

Dans un grand Jardin s'en est allée
Silencieuse au bord de la mer comme une aïeule

Dont les Fils sont en Palestine partis.
Elle songe devant la mer azuréenne.

*
* *

Le Ciel s'étonne à ce paysage du soir
Où sa beauté devient resplendissante à voir

Quand, Rêveuse, de Narcisses enlacée
La Princesse se mire au lac de sa pensée

Dans un grand Jardin, au bord de la Mer...
- O comme tout vent s'est tu qui fut amer.

Tant de Langueur a des blancheurs de viatique,
Le soleil se lève sur l'Adriatique

Où des voiles à pleine Aurore vont au Vent
Et son âme sur ces voiles va rêvant

D'un refrain comme ancien de barcarolle
- La Princesse - entre les glycines molles.
Les indices paraîtront, à partir d'août, ajoutés à ce même billet. Tentez votre chance en postant vos réponses dans les commentaires.

Indice n°1 : Il publia, jeune homme, son oeuvre en toute confidentialité.

Indice n°2 : Il fut l'auteur d'un recueil unique. Et ce recueil, certains critiques - séduisante hypothèse - le pensèrent d'un autre, qui, lui, resta.

Indice n°3 et dernier : Par un prodige de fol amour, deux vers de ce "poète par ailleurs plus qu'oubliable" parvinrent à clouer sur place, un jour, le Baron Tendre.

Et toujours, une récompense magnifique à la clé. Excellentes recherches poétiques.

mercredi 4 juillet 2007

Grand Jeu du mois de Juillet : Qui est-ce ?


Chers amateurs de Saint-Pol-Roux, chers pèlerins égarés, chers errants,
jouons un peu...

Voici le charmant portrait d'un contemporain du poète. Mais de qui peut-il bien s'agir ?

Donnez vos réponses en cliquant, en bas du billet, sur "commentaires". Ce qu'il y a à gagner ? mon admiration, d'abord, et un prix - va sans dire - magnifique.

Mais pour vous aider, voici un indice laissé par notre inconnu, et trouvé dans l'un de ses ouvrages :

"Ce manoir [de Camaret], l'aède verbeux et coloré des Reposoirs de la Procession ne l'habite que depuis une demi-douzaine d'années. La dernière fois que je le vis, en août 1903, il habitait encore sa chaumière de Roscanvel, située à quelques kilomètres de Camaret, mais sur le golfe de Brest. Je villégiaturais moi-même en ces parages. Un mot de Saint-Pol-Roux me priait un jour de venir déjeuner chez lui. Je franchis allègrement à bicyclette les monts et les vaux de la presqu'île de Quélern et je passais une après-midi délicieuse auprès du poète. Rien de charmant comme cette humble et vétuste chaumière dont l'extérieur ne se différenciait aucunement des autres masures de Roscanvel - mais que l'artiste, aidé de sa gracieuse compagne, avait meublée et ornée de la plus ingénieuse façon; il y vivait, entouré de l'estime et de l'amitié de tous les habitants du bourg, qui, des années durant, n'ont jamais fait appel impunément à sa générosité, à la lumineuse bonté de "Monsieur Saint-Pol". Ils ont bien dû le regretter, le jour où l'écrivain quitta Roscanvel pour Camaret, dont il est aujourd'hui, avec André Antoine, la plus notoire célébrité."


Indice n°2 : Notre inconnu, né le 3 juin 1869, mourut à 95 ans, presque jour pour jour.

LE NOM DE NOTRE INCONNU A ETE TROUVE !

IL S'AGISSAIT DE

GEORGES MAUREVERT

dont vous trouverez une riche notice biographique & bibliographique sur le site des "Commérages de Tybalt" :

La citation (indice n°1) fut tirée de L'Art, le Boulevard et la Vie (N. Chini, Nice, 1911).

Félicitations à Pascal, le magnifique gagnant du Grand Jeu du mois de Juillet.

Rendez-vous en août pour une nouvelle énigme...