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dimanche 21 novembre 2010

Saint-Pol-Roux, le disciple & la maîtresse...

Il y avait de bien belles choses dans les archives de Gustave Kahn qui ont été tout récemment dispersées lors d'une vente à laquelle, malheureusement, je ne pus assister et participer. Mais, inutile de sombrer dans l'amertume ou la provincialiste tristesse puisque les 21 lettres de Saint-Pol-Roux à son cher "Libérateur du Verbe" furent préemptées par la Bibliothèque de Brest, où elles sont désormais conservées, enrichissant un fonds déjà conséquent et appelé à grossir encore, grâce à la politique d'acquisition très-active menée par Nicolas Galaud. Pour les autres documents, qui auraient pu tenter le saint-pol-roussophile, ne regrettons pas davantage d'avoir manqué la vente. Car, ils réapparaîtront un jour. Certains, même, réapparaissent déjà. Tenez, en voici un, qui passe... et tombe dans mes filets. C'est un poème : "Les yeux des enfants" ; il est de Jules Méry, daté du 22 juin 1889, et dédié à Mme Élisabeth Dayre.


Jules Méry, c'est, à cette époque, un ami de Saint-Pol-Roux. On les voit en compagnie de Justin Clérice,  qui signera la musique de leur Fiancée de Salamanque dont nous parlions il y a quelques semaines, de Gabriel Randon aussi. Jules Méry, c'est, deux ou trois ans plus tard, l'unique disciple du Magnificisme, hautainement lancé par son aîné dans les colonnes de l'Écho de Paris, Jules Huret arbitrant. Ainsi le présenteront les critiques qui accueilleront son recueil, La Voie Sacrée, édité à la Librairie de l'Art indépendant, avec un frontispice de Sérusier. Élisabeth Dayre, à la fin 1889, deviendra Élisabeth Kahn, puis moins d'une décennie plus tard, effacera, de son état-civil, les traces d'un passé d'amoureuse plurielle, devenant Mme Rachel Kahn. Car Élisabeth Dayre fut d'abord, du temps de la Pléiade, Mme Roux. Non pas officiellement, mais pour les amis du jeune Marseillais, Paul Roux. Puis elle fut la petite anthologie, trompant notre poète avec Darzens, Moréas, peut-être Mikhaël. Je ne détaillerai pas ici les houleuses amours d'Élisabeth Dayre et de Paul Roux, car Jean-Jacques Lefrère en révéla déjà de nombreux rebondissements dans ses Saisons littéraires de Rodolphe Darzens, et j'y consacre un article, illustré de vers inédits, dans le prochain Frisson esthétique. Qu'on se reporte donc à ces deux sources. Aussi me contenterai-je de reproduire le poème (inédit ?) de Jules Méry, document curieux qui réunit sur un même feuillet les noms de l'unique disciple du Magnificisme et de l'inconstante maîtresse du Magnifique.
Les yeux des enfants
à Mme Élisabeth Dayre
Quand un enfant aux yeux songeurs
Joue à mes pieds et me regarde
Avec de soudaines rougeurs,
Je frémis sans y prendre garde.

Sous la transparence des yeux
Je vois des mystères sans nombre ;
Car ces doux yeux, souvent joyeux,
Parfois versent des regards d"ombre.

On dirait qu'un souffle subtil
Fane la rose de sa bouche :
Le pauvret déjà pourrait-il
Soupçonner l'au-delà farouche ?

Son sourire était si joli !
Contemplait-il passer des Fées
De leurs doigts blancs versant l'oubli
Et follement ébouriffées ?

Était-ce à Dieu qu'il souriait ?
Dieu lui touchait-il la paupière ?
Ou bien si l'innocent priait ?
- Car le sourire est sa prière...

Son regard soudain s'est terni :
Il semble qu'une inquiétude
De l'insaisissable Infini
Clot ses yeux pleins de lassitude.

Il m'interroge sans parler
Et je suis forcé de me taire !
Puis-je à cet ange révéler
Une science qui m'atterre ?

Si l'existence des petits
N'est rien qu'un rêve, il faut qu'il dure :
Quand les beaux rêves sont partis
L'âme est nue, et la bise est dure !

L'enfance est une floraison
Dont la splendeur est toute brève :
Pourquoi faut-il que la raison,
S'allumant, éteigne le rêve ?


Enfants, ne cherchez plus à voir
Autre chose que vos doux songes :
La Vérité qu'il faut savoir
Ne vaudra jamais leurs Mensonges !
22 Juin 1889

lundi 24 mai 2010

Saint-Pol-Roux, auteur d'opéras-comiques

Il faut l'avouer : les premières années parisiennes de Saint-Pol-Roux demeurent assez obscures. Il y a, bien sûr, les aventures connues, celles-là même que l'histoire du Symbolisme a retenues : la fondation de la première Pléiade, puis la collaboration à quelques-unes des petites revues, Le Moderniste d'Aurier, la seconde Pléiade de Louis Pilate de Brinn'Gaubast, d'où allait naître le Mercure de France d'Alfred Vallette. Mais c'est bien peu de choses. Il m'a été possible de recueillir, on s'en doute, au cours de mes recherches sur le poète, certains des petits cailloux semés par lui entre octobre 1882 et 1890, mais insuffisamment encore pour prétendre retracer avec précision son itinéraire biographique dans la Babylone moderne. Voici l'un de ces cailloux.

C'est en feuilletant l'année 1889 du Gaulois que mon oeil l'a d'abord aperçu, intrigué par un entrefilet du "Courrier des théâtres", en p.3 du numéro du 1er mai, qui annonçait que "M. Lagoanère, le nouveau directeur des Bouffes-Parisiens, [venait] de recevoir un opéra-comique en trois actes, intitulé la Fiancée de Salamanque, de MM. Saint-Pol et Jules Méry, musique de M. Justin Clérice". Bien que le premier de ces trois noms fût amputé de son appendice patronymique, la présence des amis Méry et Clérice, qui ne sont plus totalement des inconnus pour nous, identifiait à coup sûr le co-auteur de l'opéra-comique comme étant Saint-Pol-Roux. La consultation d'autres quotidiens devait apporter la confirmation. Certes, le Journal des débats politiques et littéraires (2 mai) et Le Figaro (1er mai) procédaient à la même amputation, mais La Presse (3 mai) et l'Echo de Paris (2 mai) mentionnaient "M. Saint-Paul Roux". L'hésitation orthographique entre "Paul" et "Pol" est intéressante dans la mesure où elle permettrait de dater, de cette époque, le choix, par le poète, de son pseudonyme définitif , même si la plaquette du Bouc Emissaire sera encore signée, quelques semaines plus tard, Saint-Paul Roux.

Mais revenons à nos trois compères et à leur pièce. La Presse donne un petit complément d'informations sur Justin Clérice, ajoutant qu'il fut "élève de [M. Emile] Pessard" et "l'auteur du Meunier d'Alcala, qui a été joué plus de trois cents fois à Lisbonne, Oporto et Rio-de-Janeiro". Le Figaro annonce : "La pièce sera représentée, suivant traité, dans la première quinzaine de septembre" et l'Echo de Paris, plus rigoureux : "Cette pièce doit passer vers le 10 septembre". Malheureusement, aucun opéra-comique intitulé La Fiancée de Salamanque ne fut représenté, malgré sa réception, aux Bouffes-Parisiens, ni en septembre, ni plus tard. On note, toutefois, que, si le nom de Saint-Pol-Roux disparaît du programme du théâtre pour cette année 1889, ceux des deux comparses y figurent bel et bien. Ainsi, Jules Méry apparaît comme co-signataire, avec Charles Grandmougin (auteur prolifique des périphéries parnassiennes), de Figarella, opéra-comique en un acte, sur une musique de Clérice, dont la première eut lieu le 3 juin et qui connut 30 représentations. Justin Clérice composa également la partition d'un vaudeville-opérette, en un acte, Monsieur Huchot, d'un certain Jacques Térésand, qui, malgré nos recherches, nous demeure absolument inconnu. La pièce fut donnée le 3 novembre, pour la première fois, et connut 18 représentations.

Pourquoi donc La Fiancée de Salamanque dont le traité semble avoir été signé par le nouveau directeur des Bouffes-Parisiens n'a-t-elle finalement pas été jouée ? On ne peut se livrer ici qu'au petit jeu des hypothèses. Rappelons d'abord qu'il n'est guère étonnant de retrouver Saint-Pol-Roux en auteur d'opéra-comique ; n'avait-il pas signé un Sabalkazin, deux ans auparavant, sur une musique de Vincent Fosse, autre opéra-comique qui fut représenté à Marseille et y connut un certain succès ? Mais rappelons aussi qu'en cette année 1889 Saint-Pol-Roux s'engage nettement dans la bataille symboliste et travaille à la Femme à la Faulx, qui deviendra celle qu'on sait, et dont il veut faire l'Hernani du mouvement nouveau. Dans ce contexte, apparaître comme l'auteur d'un opéra-comique, genre mineur ou considéré tel par l'avant-garde poétique, a pu poser à Saint-Pol-Roux quelque cas de conscience : comment concilier le poète hautain du Bouc Emissaire et le divertissant dramaturge de La Fiancée de Salamanque ?

Hélas, de cette pièce non représentée, nous ne savons rien, pas même l'argument. Fut-elle recyclée, son titre changé, une fois le nom de Saint-Pol-Roux disparu ? Il serait sans doute facile (trop) de voir dans cette Figarella du 3 juin, où le nom prodigue (trop) de Charles Grandmougin remplace dans le trio initial celui du poète, une Fiancée de Salamanque déguisée. La facilité est une tentation... à laquelle je cède bien volontiers, pour le plaisir des recoupements. Remarquons que les deux titres font d'un personnage féminin l'héroïne et que le "F" initial s'y retrouve - on ne s'en étonnera guère chez un poète hanté par la Femme à la Faulx. La transformation en Figarella pourrait s'expliquer par une translation géographique de Salamanque à Séville, puisqu'il faut bien lire dans ce titre nouveau un hommage à peine déguisé au valet célèbre de Beaumarchais. Le Figaro, le journal, ne s'y trompe, bien évidemment, pas :
"Figaro ne peut qu'applaudir Figarella, délurée commère qui est sa digne fille, bien qu'elle ait trois pères : MM. Grandmougin, Méry et Clérice. Nous laissons Beaumarchais dans l'ombre.
Par son adresse, Figarella décidé un père à marier sa fille au galant qu'elle aime, après avoir fait évincer les soupirants qui déplaisent.
Gentille petite pièce, amusante, et musique bien venue." (5 juin 1889, p.6)
Voilà un résumé qui pourrait parfaitement convenir à notre Fiancée de Salamanque, du moins à ce que, de l'histoire, à défaut d'en connaître davantage, son titre laisse deviner. Poussons le bouchon interprétatif un peu plus loin encore ; on se souvient que Figaro donne à Double-Main qui lui demande son nom de baptême, la laconique réponse : "Anonyme". Ah, comme il me plaît, dans mon délire, de penser qu'en modifiant le titre de La Fiancée de Salamanque, déjà peut-être référence au Mariage de Figaro, en Figarella, modeste fille littéraire du personnage de Beaumarchais, elle aussi sans "nom de baptême", c'est-à-dire sans père connu, Saint-Pol-Roux aura voulu attirer notre attention sur son souhait de s'effacer, auteur anonyme de cette "gentille petite pièce, amusante" !

Et il faudrait alors, pour conforter cette hypothèse d'un Grandmougin prête-nom occasionnel de Saint-Pol-Roux, rappeler les nombreux travaux de ghost writer que le poète effectua, avec ou sans le fidèle Jules Méry, en pleine ascension symboliste, pour Pierre Decourcelle, romancier et dramaturge populaire. Et se remémorer la Louise de Gustave Charpentier... Mais cela nous mènerait bien trop loin.
Nota : L'illustration en tête de billet est extraite du BASPR4 et signée Tristan Bastit.

mercredi 10 octobre 2007

LA PETITE ANTHOLOGIE MAGNIFIQUE : poèmes de Jehan Ajalbert, Ephraïm Mikhaël et Jules Méry.

La Petite Anthologie Magnifique est un recueil virtuel de poèmes en vers ou en prose, dont le seul point commun est qu'ils furent dédicacés, lors de leur publication en revue ou de leur reprise en volume, à Saint-Pol-Roux. Les textes mis bout à bout formeront finalement un recueil bien curieux à lire, témoignages d'amitiés ou d'admirations, et témoignages indirects du rôle joué par le Magnifique dans l'histoire littéraire.

Jehan AJALBERT
(1863-1947)


Il s'agit, bien sûr, de Jean Ajalbert, le condisciple de Paul Roux à la Faculté de Droit, qui médiévalisa son prénom pour signer cette "Chanson d'Ille-et-Vilaine", parue dans Le Parnasse - Organe des concours littéraires (n°82, 16 juillet 1884, p. 3). Le poème parut, retravaillé, une nouvelle fois dans L'Artiste de décembre 1886, sous le titre "Paysage breton", avant d'être recueilli dans Femmes et Paysages (Tresse & Stock, Paris, 1891), avec d'autres variantes, sous le simple titre de "Chanson" (Merci à Bruno Leclercq qui m'a communiqué les deux textes de 1886 et 1891).

CHANSON D'ILLE-ET-VILAINE

A MON AMI PAUL ROUX
Au temps des fatigants labours,
Les vieilles restent dans les bourgs
Tricotant ou filant la laine
Et les filles - sabots aux mains -
S'en vont pieds nus par les chemins,
Dans le pays d'Ille-et-Vilaine.

Les pieds chaussés dans le col gras,
Jetant dans les sillons ingrats
La semence, espoir de la plaine,
Les durs Bretons courbant les reins,
Sèment pieusement les grains
Dans le payx d'Ille-et-Vilaine.

D'autres gagnent un pain amer
A s'en aller courir la mer
Parfois belle et parfois vilaine,
Habitants des flots incertains
Qui battent les récifs hautains
Dans le pays d'Ille-et-Vilaine.

Ceux qui sèment le sarrasin,
Laboureurs du hameau voisin,
A Notre-Dame Madeleine
Ont dit un bout de chapelet...
Le flot monte sur le galet
Dans le pays d'Ille-et-Vilaine.

La mer commence à se gonfler...
C'est le gros temps qui va souffler
Toute la nuit sans perdre haleine,
Et nul n'entendra les refrains
Qu'en rentrant chantent les marins
Dans le pays d'Ille-et-Vilaine.

Pourtant, se laissant caresser
Par Pierre, sans peur de casser
A son corset une baleine,
Yvonne - les jambes en l'air, -
Se signe - quand passe un éclair
Dans le pays d'Ille-et-Vilaine.

EPHRAÏM MIKHAËL
(1866-1890)


Ephraïm Mikhaël, mort à l'âge de 24 ans, fut considéré par ses contemporains comme un parfait poète. Co-fondateur avec Darzens, Quillard et Paul Roux de la Pléiade, il ne publia, de son vivant qu'un unique recueil : L'Automne (Alcan-Lévy, Paris, 1886), grave et spleenétique, d'où j'extrais "L'hiérodoule". Il écrivit quelques drames en vers, seul ou en collaboration avec Catulle Mendès et Bernard Lazare, et s'illustra dans le poème en prose. Ses oeuvres complètes ont paru dans la "Bibliothèque L'Age d'Homme", en deux volumes, sous la direction de Denise R. Galperin et Monique Jutrin (Lausanne, 1995-2001). Le buste de celui qui, d'après les mots de Remy de Gourmont, "eut une gloire précoce, comme son talent", médite aujourd'hui, solitaire, sous les outrages des pigeons du jardin La Fayette à Toulouse.

L'HIERODOULE

A Paul Roux

Dans le triomphe bleu d'un soir oriental
Elle s'accoude avec une lente souplesse
Au rebord lumineux de la terrasse, et laisse
Ses cheveux étaler leur deuil sacerdotal.

La ville sainte aux toits baignés de lueurs blanches
Est pleine de rumeurs d'épouvante, et là-bas,
Dans le Bois pollué par le sang des combats,
Des feux semblent des yeux cruels entre les branches.

Les hommes durs venus de pays innomés
Fouleront ce matin le sol du sanctuaire;
Près des murs, attendant l'aurore mortuaire,
Veillent, silencieux, des cavaliers armés.

Et vers le ciel pareil aux cuirasses brunies
Que hérissent des clous brillants, leur rude main
Lève de longs buccins d'or qui seront demain
Les annonciateurs sacrés des agonies.

Des femmes, leurs seins nus caressés de clartés,
Dans de grands parcs plantés d'hiératiques chênes
S'attardent à rêver des souillures prochaines
Et s'apprêtent pour les mauvaises voluptés.

Mais dédaignant le songe humain des vils désastres,
L'hiérodoule au coeur d'éternel diamant
Dans la suprême nuit regarde éperdument
L'hiver du ciel blanchi par le givre des astres.

JULES MERY
(1867-19??)


Aujourd'hui complètement oublié, Jules Méry mérite une place de choix dans cette anthologie magnifique. De six ans plus jeune que Saint-Pol-Roux, il fut considéré par les contemporains comme le seul véritable disciple du Magnificisme. En réalité, il y en avait un autre, qui cherchait encore sa voix poétique : Gabriel Randon, futur Jehan Rictus. Les deux compères manigancèrent habilement auprès de Jules Huret, sur les conseils provençaux de Saint-Pol-Roux lui-même, afin de convaincre le journaliste de l'Echo de Paris d'interroger le poète dans le cadre de l'enquête sur l'évolution littéraire. Ils y parvinrent et ce fut l'acte de naissance du Magnificisme. Plus que Randon, Méry fut l'intime complice de Saint-Pol-Roux, avec qui il écrivit certaines des oeuvres signées par Pierre Decourcelle. En 1892, après un article intitulé "Les Chourineurs de Caserne" paru dans l'Endehors de Zo d'Axa, Méry l'anarchiste fit un séjour de trois mois à Sainte-Pélagie. Après plusieurs échecs littéraires et dramatiques qui lui valurent de sévères critiques, il s'installa à Monte-Carlo où il collabora au Petit Monégasque, et devint le correspondant local de Comoedia, du Figaro, et autres journaux parisiens, pour les représentations théâtrales données sur le rocher. On consultera avec intérêt l'article que lui consacra Alexandre Mercier dans La Plume du 1er avril 1893 (pp.162-163), et le texte de la communication que Philippe Oriol donna au premier colloque des Invalides ("Jules Méry", Les à-côtés du siècle, éd. Paragraphes - Montréal - et Du Lérot - Tusson - 1998, pp.107-108). Son seul recueil de vers, La Voie Sacrée (Librairie de l'Art Indépendant, 1892), s'inspire indéniablement des théories magnifiques. "Vainement" parut d'abord dans le Mercure de France de mars 1891 (n°15, p.166).

VAINEMENT

A Saint-Pol-Roux
Mon âme est un grand parc où la pousse géante
De mes désirs et de mes rêves s'enchevêtre,
Implorant de leurs bras noués la nuit béante
Sans qu'une aube clémente y veuille m'apparaître :

De trop vastes Vouloirs y tordent leur ramure,
Et des espoirs trop vieux étagent leur feuillage,
Fermant impénétrablement de leur armure
Ma voûte à la splendeur du Magique Sillage.

Tumultueusement ma famine réclame
Une Chair - magnifique pôle des prunelles -
Tabernacle marmoréen prodiguant l'Ame
En avalanche d'opulences éternelles.

Mais la Femme idéale dérobe son buste
Aux cèdres qu'érigea mon oraison altière :
Elle arbore l'effroi d'une étreinte robuste;
Mais je n'abdique point sa possession fière.

Si nul est mon espoir de sa chère récolte,
J'en veux perpétuer quand même la semence;
Qu'importe mon isolement si ma révolte
Peuple d'échos puissants ma solitude immense !