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dimanche 24 octobre 2010

Saint-Pol-Roux, un banquet, une photo : réponses & résultats

Le jeu est clos. Les réponses, bien que relativement peu nombreuses, me permettent toutefois de désigner un gagnant et de fournir quelques détails sur cette prestigieuse réunion. Disons-le sans pudeur : j'ignorais la date exacte de ce banquet. Nicolas Galaud, qui donna un précieux commentaire, avance celle du 21 juin 1936, précisant qu'il pourrait s'agir du "Banquet de l'Académie Mallarmé" organisé "à l'occasion du Cinquantenaire du Symbolisme". La date n'est pas improbable et nous la retenons comme une hypothèse très-sérieuse, mais, dans ce cas, ce ne peut être une tablée d'académiciens Mallarmé, puisque l'Académie ne naîtra que quelques mois plus tard, en février 1937. C'est d'ailleurs lors du Cinquantenaire que naîtra, comme une Minerve, du crâne de Dujardin-Jupiter, l'idée de fonder cette institution poétique nouvelle. Retenons donc, magré tout, la date du 21 (ou alentours) juin 1936, même si la présence de certains jeunes dont nous n'avons pas retrouvé les noms dans les comptes rendus du déjeuner, parus à l'époque, laisserait à penser que ce banquet-là eût lieu plutôt en 1937, avant le mois de décembre. L'identification d'une onzaine de convives permettra - qui sait ? - de mieux cerner les circonstances de l'événement.

La reproduction est de mauvaise qualité. Aussi certaines identifications restent incertaines et nous les faisons suivre d'un dubitatif point d'interrogation.
1. Saint-Pol-Roux
2. Edouard Dujardin
3. Francis Vielé-Griffin
4. André Fontainas
5. Jean Ajalbert
6. Divine Saint-Pol-Roux
7. André Rolland de Renéville
8. Roger Lannes
9. Maurice Genevoix (?)
10. Michel Manoll (?)
11. Edmond Jaloux (?)
Je n'ai pu identifier la dame chapeautée à la droite de Dujardin. Il ne semble pas qu'il pût s'agir de Rachilde. Quelques profils restent encore à nommer. La présence de Vielé-Griffin permet d'assurer que le banquet eut lieu avant le mois de décembre 1937 - le poète de la Chevauchée d'Yeldis disparaissant le 11. N'hésitez donc pas, forts de ces informations nouvelles, à poster de nouveaux commentaires pour préciser la nature et la date de cette conviviale célébration, pour parfaire aussi les identifications. En attendant, décernons le prix à David Nadeau qui recevra, lorsqu'il m'aura communiqué son adresse postale, un exemplaire de Saint-Pol-Roux le crucifié de Paul-T. Pelleau.

dimanche 23 mai 2010

Iconographie : Amélie Saint-Pol-Roux

A peine descendu du train qui m’amenait de Paris, je m’engageai dans la rue de Siam, ce ruisseau pavé de Brest, humide, gris, saumâtre et laid. J’allais d’un pas machinal vers le port où attendait le vapeur qui traversait trois fois la semaine la rade pour déverser ses cargaisons de touristes sur la côte de Camaret. Au détour d’une rue, la vue subite d’une silhouette féminine me figea sur place. Un visage ardent que mangeaient deux vastes yeux noirs, croisa son regard avec le mien. Le novice que j’étais aux trois quarts sentit ses joues devenir de pourpre. Redressant la tête, je continuai résolument mon chemin. Quelques mètres plus loin, je ne pus dompter mon caprice. Je me retournai. L’aimable visage, mû par un mouvement identique, me regardait lui aussi. Je crus le voir me sourire. [...]

Amélie Saint-Pol-Roux devant le Manoir du Boultous

[...] Le déjeuner prêt, la voix magique appela la maisonnée. Deux garçonnets râblés firent irruption dans la pièce : Lorédan et Cécilian, les fils. Puis une fillette de cinq ans : Divine. Enfin, la dame de ces lieux.

Stupéfait plus que de tout ce qui venait de précéder son entrée, j’hésitai à me persuader… La dame qui me souriait de l’éclat de ses larges yeux noirs était, en chair et en os, la Dame de la rue de Siam et de la lande…

Edouard Schneider.

samedi 2 février 2008

Du Portrait au Masque : une photographie retrouvée de Saint-Pol-Roux

Il y a quelques mois, Bruno Leclercq, de la librairie "La Ligne & le Lien", me dénichait un document rare : un portrait photographique du Magnifique, datant de l'époque symboliste. Il fut réalisé dans les salons du photographe E. Voisin du 148bis, rue du Faubourg Poissonnière, dans le Xe arrondissement de Paris. Sans doute, Saint-Pol-Roux, alors âgé d'une petite trentaine d'années - ce qui permet de dater le portrait de la première moitié des années 1890 -, en fit tirer plusieurs exemplaires qu'il devait joindre à son courrier et à l'envoi de ses livres. Celui en ma possession fut offert au directeur du Mercure de France et porte, au dos, une chaleureuse dédicace : "à mon ami Alfred Vallette / Sympathiquement / Saintpolroux". Le portrait semble postérieur à celui qui figure en tête des Reposoirs de la Procession (1893); le gilet et la chemise paraissent identiques, mais la veste a changé et la longue chevelure a été coupée; en outre, un monocle - accessoire symboliste - a fait son apparition. Il est, néanmoins, antérieur à l'exil ardennais, ce qui me permet une datation plus précise encore et de situer sa réalisation en 1894.


En plus de sa rareté et de son originalité, cette photographie présente un indéniable intérêt littéraire et artistique. Car il servit de modèle au masque dessiné par Vallotton pour illustrer le portrait symboliste que fit Remy de Gourmont de Saint-Pol-Roux pour son Livre des Masques (Mercure de France, Paris, 1896). On sait que le peintre travailla peu d'après nature, en faisant poser son modèle (ce fut le cas pour Schwob), et qu'il préféra faire appel à sa mémoire (Mallarmé et Fénéon) ou user de représentations dont il n'était pas l'auteur : dessins, bustes (Claudel) ou photographies. C'est Gourmont lui-même qui, la plupart du temps, lui fournissait ces dernières. Daniel Grojnowski, dans sa présentation d'une réédition récente chez Manucius, cite une lettre de l'écrivain à Vallotton qui nous fournit un bon exemple de leur collaboration :
"Ci-joint Retté et un croquis assez ressemblant, - mais l'oeil est SOURIANT, ironique ou gouailleur, quoique bon enfant - et non pas fixe."
Saint-Pol-Roux envoya-t-il à Gourmont, qui le lui avait demandé, son portrait ? Ou l'avait-il déjà fait spontanément quelques mois plus tôt ? A moins que l'éminence grise de la rue de l'Echaudé l'empruntât, simplement, à Vallette... Et voici que je me prends à rêver follement... mes empreintes se superposant à celles du Magnifique, d'Alfred Vallette, de Remy de Gourmont et de Félix Vallotton...