Beaucoup des billets qui paraîtront sur ce blog seront consacrés au poète Saint-Pol-Roux, à son oeuvre, à ses contemporains et à leur actualité vivante. Leur seul objet - donc - la poésie.
C'est le génie d’Éric Dussert, maître-entoileur de l'Alamblog, que de (re)découvrir des auteurs inconnus ou méconnus, des maudits de l'histoire littéraire quoi, et de nous les faire aimer au point qu'ils finissent par nous devenir indispensables. Il y eut, récemment, Marc Stéphane et Jean Duperray. Voici Marc Michel ! Célèbre en sa maturité pour ses pièces de théâtre, des vaudevilles, des comédies bouffonnes, on a oublié qu'il fut aussi un petit romantique, et l'auteur d'un récit d'une noirceur très... noire : ce Pohol que j'ai trouvé dans ma boîte aux lettres ce matin et que j'ai lu d'une traite. Inspiré des romans gothiques alors en vogue, Marc Michel, en de courts chapitres qui sont comme des chants d'un poème archétypal, en outre les codes : "Il était grand, pâle et maigre ; il avait un front large et osseux, des cheveux noirs, des yeux noirs..." et, ironique, les met à distance : "Son père était mort, sa mère était morte ; il était seul au monde. - Il eut voulu mourir, lui aussi... Oh ! non ! je mens !" Cette distanciation, qu'avec humour il opère sur son récit et son héros, est déjà toute maldororienne. Certains accents même ne manquent pas de faire penser à l'épopée du Comte de Lautréamont :
"Oh ! maudit sois-tu, bourreau et tyran !... toi qui m'as jeté sur la terre pour me voir souffrir et te rire de mes angoisses. Maudit sois-tu de ce cœur qui voulait n'aimer que toi ! (...) Que du fond de l'abîme où ton pied me pousse mes blasphèmes t'atteignent dans le sein de ton bonheur et épouvantent tes anges !"
Marc Michel ne s'embarrasse pas de psychologie, de descriptions, de détails : comme nous lui en savons gré. Et, dans le même temps, l'histoire de Pohol présente une étrange parenté avec Le Rouge et le Noir qui parut deux ans plus tôt. Le ténébreux héros entre, dans l'attente de pouvoir accéder au séminaire, comme instituteur chez Mme de Bax qui s'éprend éperdument de lui ; Julien Sorel fut précepteur, aussi, chez Mme de Rênal qui ne devait pas moins se troubler de la présence du beau jeune homme ; mais quand Julien répond à l'amour de sa "bienfaitrice", Pohol la rejette violemment : "Arrière, démon !". Julien entrera au séminaire, Pohol en sera empêché. Julien s'introduira dans les milieux parisiens et dans la lumière où il rencontrera Mathilde de La Mole ; Pohol hantera le cimetière du Père Lachaise et les ténèbres où il rencontrera Marie et connaîtra, avec elle, l'amour. Dans les deux récits, il sera question de mariage ; dans les deux récits, le mariage sera empêché par une lettre de la femme blessée (Mme de Rênal et Mme de Bax) ; Julien et Pohol se vengeront, mais le second réussira où le premier échoua ; Julien et Pohol en perdront la tête. On le voit, la structure narrative est presque identique. Et, le sous-titre de Pohol, "Histoire de 1829", ne fait-il pas écho à celui du roman de Stendhal, "Chronique de 1830" ? Personnellement, je n'ai jamais pris plaisir à la lecture des aventures de Julien Sorel ; la fin du récit m'ayant toujours semblé particulièrement improbable. Ah, les interminables affres psychologiques du condamné à mort ! Rien de tout cela dans le récit vif, noir, très-noir, de Marc Michel, qui fut, le temps d'un roman, l'anti-Stendhal. Comme nous lui en savons gré.
Marc Michel, Pohol et autres textes terribles inédits, édition établie et présentée par Éric Dussert, Des barbares..., 2011 (16 €).
Après le compte rendu de l'audition du 30 juin 1926, voici les souvenirs pittoresques et amusants d'un des récitants des Litanies de la Mer. Ce récitant-là n'est pas n'importe qui. Car Jim-E. Sévellec, le peintre et illustrateur brestois, fut un familier de Saint-Pol-Roux qu'il considérait comme un père spirituel. Un intime, et une figure de Brest, sur lequel j'aurais l'occasion de revenir. Pour ceux, toutefois, qui n'auraient pas la patience d'attendre, voici un document vidéo trouvé sur le site de l'ina qui leur donnera un assez juste aperçu de l'artiste attachant que fut Jim-E. Sévellec. Les lignes qu'on va lire plus bas parurent dans Les Cahiers de l'Iroise de janvier-mars 1965.
MES AMIS CAMARÉTOIS Marine et poésie
Ils étaient ce soir-là quatre matelots, quatre matafs comme on dit lorsqu'on veut être à la page, quatre gars légèrement éméchés qui traînaient leurs godillots sur les pavés humides de la rue de Siam. Le verbe haut, faisant le faraud, ils semblaient cependant hésiter quant à la direction à prendre. Ils s'arrêtaient parfois, interrogeaient un passant puis reprenaient leur marche jusqu'à ce qu'une dame enfin, d'un geste large et assuré, leur indiqua la rue Traverse vers laquelle ils bifurquèrent aussitôt.
Ils étaient ce soir-là quatre matelots, quatre matafs nés natifs de Camaret : Eugène Morvan, une sorte de colosse débonnaire, Auguste Guéguéniat, Henri Belbéoch surnommé l'"Enclume" et Noël Le Bris, le "titi" de la troupe, le débrouillard, toujours assuré de trouver une solution aux difficiles problèmes qui peuvent surgir lorsque quatre marins, pas très argentés, déambulent par les rues d'un port, en quête d'une soirée agréable à passer.
Précisément, le matin même, Noël en ouvrant la Dépêche de Brest avait lu une petite note émanant du poète Saint-Pol-Roux qui priait tous les interprètes des Litanies de la Mer de bien vouloir se réunir salle des "Concerts Sangra" pour une sorte de répétition générale.
Certes, "Litanies de la Mer" ça faisait un peu religieux, mais "salle des Concerts Sangra" devenait prometteur de choses gaies, de chansons, peut-être même de danses et, bref ! de rigolades. Noël Le Bris qui, dans l'état d'euphorie où il se trouvait, imaginait sans doute Saint-Pol dirigeant un corps de ballet, n'avait eu aucun mal à persuader ses camarades que l'on passerait sûrement une bonne soirée à ce concert où le poète accepterait leur présence avec sa coutumière courtoisie.
Et après quelques bonnes rasades, prises en chemin, le quatuor s'était rallié à l'avis de Noël.
Pour les lecteurs qui n'ont pas connu cette époque des années 1925 à 1930, il me faut donner quelques explications. Les Litanies de la Mer étaient une œuvre magistrale, une sorte de partition parlée à plusieurs voix, une symphonie orale, orchestrée comme un ensemble musical ou choral et dont différents exécutants, groupes et solistes, développaient et enchaînaient les mots et les phrases de la même façon qu'un orchestre superpose en harmonies les notes de l’œuvre d'un compositeur.
C'était là une nouveauté que l'on a traité, à l'époque, de géniale création. Jamais, en effet, jusqu'à ce moment, rien n'avait été réalisé ni même tenté en ce genre. Le poète avait créé cette œuvre pour être dite lors de l'inauguration, à la Pointe Saint-Mathieu, du monument, dû au ciseau du sculpteur Quillivic, érigé à la mémoire des marins morts pour la France pendant la première guerre mondiale.
Quant aux "Concerts Sangra", c'était une noble compagnie musicale groupant un nombre important des musiciens de la ville, professionnels et amateurs. Les gens faisant partie de la Société brestoise (avec un grand S) d'entre les deux guerres, considéraient comme un devoir de devenir membres de ces concerts qui donnaient, chaque année, nombre d'auditions de qualité.
Les "Concerts Sangra" tenaient leurs assises au troisième étage d'une maison de la rue Émile-Zola et c'est la salle des répétitions desdits concerts que M. Sangra avait mise à la disposition de Saint-Pol-Roux pour le fignolage des Litanies de la Mer.
Ils étaient donc quatre matelots, quatre matafs qui, dûment renseignés cette fois sur la route à suivre, se dirigeaient vers ce temple de la musique et de la poésie, le col bleu bien repassé, étincelant de propreté, le béret au large pompon de fantaisie négligemment rejeté en arrière ou coquinement capelé sur le côté.
Quand ils arrivèrent devant l'immeuble des "Concerts Sangra", ils trouvèrent, dame ! que ça faisait un peu bourgeois et, un instant, ils hésitèrent, mais Noël Le Bris, le plus hardi et le plus entêté, n'eut guère de peine à entraîner ses copains.
Et ce furent quatre matelots, quatre matafs légèrement excités qui se mirent à monter allègrement vers la salle d'audition. Ils arrivaient au deuxième étage quand, tout à coup, surgit devant eux un quidam qui avait été posté là afin d'éviter, le cas échéant, que l'on fasse du tapage dans l'escalier, ce qui aurait pu troubler la répétition.
- Halte-là ! leur dit-il. Que venez-vous faire ici ? Avez-vous des cartes d'invitation ?
- Nous, répondit Le Bris, on n'a pas besoin de cartes, on est venu voir Monsieur Saint-Pol.
Et comme le quidam insistait, l'un des marins lui jeta au visage :
- Allez ! tire-toi de là qu'on monte, sans quoi tu vas voir comment on va te vider.
Il eut beau s'opposer de son mieux à l'ascension, il fut irrésistiblement, avec force jurons, poussé vers le haut par nos quatre lurons. Alors, affolé, rompant le contact avec ces forcenés, il s'élança en coup de vent vers la salle où il arriva rouge, la cravate arrachée, au moment où Saint-Pol m'interpellait :
- Jim, veux-tu essayer d'équilibre davantage les groupes du "Vent" et de la "Vague" ?
Mais un flot ininterrompu de mots rocailleux et sonores provenant du vestibule fit se retourner le maître.
- Que se passe-t-il donc ?
- Il y a, maître, dit le quidam (en l'occurrence M. Grigeol) qui se dressait outragé, les cheveux en désordre, il y a là quatre marins de Camaret qui veulent à tout prix vous voir et pénétrer dans la salle.
- Mais qu'ils viennent ! s'exclama aussitôt Saint-Pol, les petits Camarétois seront toujours les bienvenus ici.
Et ils étaient ce soir-là quatre matelots, quatre matafs, l'air furieux, qui, devant la réception si cordiale, si majestueuse du maître, ne savaient plus très bien comment se tenir ni comment s'excuser.
On leur donna des sièges d'auditeurs, ils se firent bien sages et la séance continua. Mais que l'on juge de l'ébahissement de ces braves gars venus là pour se distraire, pour entendre des chansons et peut-être, qui sait ? voir danser quelque pin-up et qui, aux lieu et place de ces réjouissances, assistaient à la répétition d'une chose, certes émouvante, mais tellement inattendue pour eux, dont on modelait et remodelait sans cesse certains passages afin d'obtenir peu à peu la perfection.
- "Matelots ! Matelots !... Le tumulte des flots...", etc...
Certes, le tumulte des flots ils le connaissaient, mais quoique les voix prissent, à de certains moments, toute leur ampleur, ça ne les faisait pas frémir. Le bon géant Morvan s'était endormi sur l'épaule de Belbéoch assoupi, lui aussi, et qui sursautait aux moments les plus bruyants, tandis que les deux autres, le nez baissé vers leurs bras croisés, attendaient que ça se termine, rêvant sans doute d'un bon coup de rouge qu'ils auraient pu prendre dans un sympathique petit bistrot et chacun d'eux de se demander :
- Quelle drôle d'idée nous avons eue de venir nous fourrer là-dedans !
Tout à coup, à un des moments les plus pathétiques des Litanies, le maître, entraîné par sa fougueuse direction orchestrale, dans un large mouvement des bras se fit, on ne sait trop comment, une forte égratignure à la main qui se mit à saigner abondamment.
Me portant immédiatement vers lui, je stoppai l'élan des exécutants.
- Arrêtez ! Le maître s'est blessé.
Et ils étaient toujours là nos quatre matelots, nos quatre matafs, les yeux vagues, légèrement endoloris par cette extraordinaire poésie qui ne les atteignait guère mais qui les clouait inexorablement à leur siège, quand Noël Le Bris, qui depuis longtemps était à l'affût d'une occasion propice à la fuite, se rendit compte qu'il se passait quelque chose dont il fallait au plus vite profiter.
- Gast ! dit-il à ses compagnons, faut calter les gars, c'est le moment de tailler la route si on veut pas moisir ici.
Et dans le brouhaha qu'avait créé cet incident de l'égratignure, ils filèrent à l'anglais, heureux de s'en tirer à si bon compte et de pouvoir s'écarter de cet antre qui devenait pour eux un véritable purgatoire.
Ce furent donc quatre matelots, quatre matafs, gorgés, repus de poésie à en vomir, qui détalèrent au pas gymnastique et s'en allèrent, je l'imagine, finir leur permission de minuit dans une de ces boîtes à marins de la rue Louis-Pasteur où retentissaient les notes joyeuses d'accordéons et de pianos mécaniques scandant le voluptueux balancement de hanches de jolies filles.
Ceci n'est qu'une supposition, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'ils n'étaient ni l'un ni l'autre, ces quatre braves matelots, ces quatre matafs, à la cérémonie de la Pointe Saint-Mathieu. Une audition leur avait suffi, ils ne voulurent pas encaisser une deuxième. Est-ce de la médisance ? Peut-être, mais j'ai même ouï-dire que l'un d'entre eux ayant été désigné pour faire partie de la compagnie d'honneur déléguée à l'inauguration préféra se faire porter malade plutôt que d'y assister.
Est-ce vrai, amis camarétois, à qui cette aventure arriva ?
Il y a quelques semaines, je donnais le compte rendu du "Lundi de Rosengart" dédié au Magnifique, que m'adressa, de Saint-Brieuc, notre envoyé spécial. On se souvient que les spectateurs chanceux eurent l'occasion d'entendre une séquence des Litanies de la Mer, la formidable symphonie verbale de Saint-Pol-Roux, pour l'exécution de laquelle le poète mobilisa pas moins de 250 récitants. C'est le 12 juin 1927, lors de l'inauguration du Monument aux marins victimes de la guerre, sur la pointe Saint-Mathieu, qu'il dirigea son orchestre vivant. Étrangement, les articles qui furent consacrés à cet événement dans la presse ne s'attardèrent pas sur cette extraordinaire réalisation poétique, l'oubliant, même, ou se contentant de la signaler en passant, après avoir longuement reproduit le discours de Georges Leygues, ministre de la marine d'alors. Heureusement, Saint-Pol-Roux avait donné, l'année précédente - le 30 juin 1926 exactement - quelques extraits, à Brest, lors d'une audition, à laquelle la presse locale fit meilleur et plus large accueil. L'Ouest-Éclair, par exemple, dans son édition finistérienne, lui consacra un assez long compte rendu, que je reproduis ci-dessous. Comme on va le lire, les extraits des Litanies de la Mer furent précédés d'une conférence de Saint-Pol-Roux, "Le Verbe total et vivant", dont le texte magnifique est reproduit dans La Besace du Solitaire (Rougerie, 2000). L'auteur posait là les premières pierres lyriques de sa Répoétique.
LA SOIRÉE SAINT-POL-ROUX
La Soirée que le poète Saint-Pol-Roux a donnée l'autre soir salle d'auditions des concerts Sangra qui regorgeait de monde, a été une véritable apothéose. Dans une langue riche et neuve, bigarrée d'images saisissantes et de visions imprévues, Saint-Pol-Roux traita devant un public d'élite : du verbe total et vivant, en une verve difficile parfois, parce que philosophique et symbolique mais combien incomparable.
D'après Saint-Pol-Roux, le verbe est une unité innombrable. Mais s'il est quantité, le verbe est surtout, sous le vocable de poésie, qualité. Conséquemment celle-ci se définirait : qualité de quantité.
Ce poète de qui Ferdinand Herold a écrit : "Je le considère comme un des grands poètes qui vivent aujourd'hui. Il a été un inventeur, dans toute la force du terme et jamais on ne le répètera trop", nous entretient de la vie des mots et parvient à nous présenter la poésie comme un travail, d'après même son étymologie, ce qui l'amène à conclure que le poème, cette action doit s'élever jusqu'à la construction.
Saint-Pol-Roux veut émanciper la poésie du livre coutumier pour lui demander une œuvre parallèle à celle de la sculpture et de la musique : "Que ne tenterions-nous, dit-il, de créer des œuvres qui, par leur plasticité verbale alimentée de rythmes, donnerait l'impression d'une solidité et par la bactériologie des mots, d'une solidité vivante."
Et nous voilà conduits à l'animation du verbe par l'orchestre vivant des récitants.
On devine quelle amplitude cela donnerait à la poésie jusqu'ici cantonnée dans les cadres traditionnels ; agissant désormais par masses capables d'ériger des œuvres compactes comme des batailles, des tempêtes, des apothéoses, des cathédrales.
Une telle entrée de la poésie dans la vie étendrait considérablement le drame et renouvellerait le théâtre. Un progrès de cette envergure équivaudrait celui de l'apport cinématographique.
L'exécution des quatre parties de la Synthèse des pêcheurs de Camaret fut des plus impressionnante par la vérité du texte et par la nouveauté du mode.
Par cette œuvre, le poème, désormais n'est plus la solitaire expression d'un poète, mais la collective expression de tous les êtres.
A la fin de cette éclatante soirée, quelques poèmes construits par une riche palette tirés des œuvres du maître et en particulier de "La rose et les épines du chemin" ; des "Reposoirs de la Procession" ; de la "Colombe au Corbeau par le Paon" furent dits avec beaucoup d'émotion et d'enthousiasme, par Mmes Jeanne-Pierre Bodros ; Magda Tarquis ; MM. Pierre Massé et Édouard Mocaër.
Nous ne saurions trop féliciter les "protagonistes" et "récitants" de la "Synthèse légendaire", parmi lesquels Mmes Tarquis, J.-P. Bodros, Kuntz, Plisson, Frichot et MM. L. Gautier, E. Tarquis, E. Mocaër, J. Sevellec, etc., qui ont servi l’œuvre avec un beau dévouement.
Glorifions surtout Saint-Pol-Roux, qui daigna nous dire de sa voix prophétique ses "Stances à la Dame" et qui nous donna la joie rare de l'entendre.
ÉDOUARD ROCA
(Ouest-Éclair, 2 juillet 1926, p. 5)
Il convient de rappeler que les récitants réunis par Saint-Pol-Roux n'étaient que des amateurs - et j'entoilerai prochainement quelques souvenirs de l'un de ces amateurs - des bonnes volontés, 250 bonnes volontés qui, à la pointe Saint-Mathieu, servirent une haute idée de la poésie. C'était folie. C'était le bon temps.
On m'apprend que vous me faites le doux honneur de consacrer aux Féeries Intérieures une note de votre contribution au recueil collectif d'Hommage à René Rougerie paru ce printemps, la même note sans doute que vous publiâtes sur votre site le 12 mars dernier, et que je ne lis qu'aujourd'hui. Certes, j'aurais apprécié - l'orgueil que vous flattez en eût été moins gonflé - un petit mot de vous me signifiant sa mise en ligne ; mais vous vouliez sans doute me laisser la joyeuse surprise de me découvrir insulté sur papier bouffant afnor 5.
Cette note, quelle est-elle ? Vous me permettrez - l'honnêteté le commande - de la reproduire pour empêcher mon manque de rigueur de déformer vos propos. La voici donc :
Au sujet de ces ânes à qui René faisait la fête, je signale le site suivant :
Site d'un "doctorant" au beau nom de Spiritus... Ce ne peut être qu'une antiphrase.
Spiritus donc, appelons-le ainsi par ironie voltairienne, nous "apprend" que René était d'une précocité incroyable :
"C'est une belle histoire que celle de René Rougerie. Il avait débuté dans les lettres comme poète naturellement. J'ai de lui un recueil, préfacé par A.-M. Gossez, Sous les figuiers aux mains pâlies... (Éditions Provinciales et Grande Librairie Universelle), qui date de 1931. Il avait déjà donné A l'ombre de la dune (Gloria, 1928) et Clarines et Bourdons - Choix de poésies mises en musique par l'auteur (Éditions des Roses, 1930). Le volume de poèmes en ma possession témoigne déjà d'un goût prononcé pour le beau livre, pour cet artisanat d'art que sait être encore, parfois, l'édition. Rougerie n'avait laissé à personne d'autre qu'à lui-même le soin d'illustrer Sous les figuiers aux mains pâlies... et il est vrai que ses bois sont charmants." Suit une glose sur Saint-Pol-Roux...
Un premier livre publié à 2 ans (René est né en 1926...) ! A côté de cela, Mozart fait figure d'attardé indécrottable. Sous les Figuiers aux mains pâlies (ça sent le mirliton) est même illustré par l'auteur... âgé alors de 5 ans !!! De même René aurait mis en musique ses poèmes à 4 ans !!! Ah, oui alors, pauvre Mozart !
Apparemment, notre ami Spiritus n'est pas doctorant en maths... Quel crédit accorder alors à sa glose sur Saint-Pol-Roux qui suit dans ce même article quand ce "chercheur" ne s'embarrasse guère de la plus élémentaire vigilance ?
René a pourtant maintes fois rétabli la vérité au sujet de cet homonyme qui n'avait rien à voir avec la poésie qu'il défendait et qui était de la génération d'un Char si ce n'est de Breton sans en avoir assurément le génie.
C'est ainsi, il y en a qui envahissent nos medias en citant Botul, d'autres qui font de René Rougerie un auteur à deux ans ! Comme disait Ph. Meyer, "nous vivons une époque moderne".
En voilà une belle note, Monsieur, qui vous honore au moins autant qu'elle m'honore. Le dernier paragraphe m'enchante, surtout. SPiRitus et ses Féeries Intérieures colonisent donc l'espace médiatique ! Sapristoche, la bonne nouvelle pour Saint-Pol-Roux ! La joie que vous me faites, cher poète ès-médiamétrie ! Comme il est dommage que vous la tempériez, cette joie, par l'injure. Ah, poète - non pas doctorant, mais doctoral - vous connaissez vos tropes ! Le pur esprit que je suis s'en émeut, vraiment...
Car que me vaut cette saillie ? Une erreur naïve, concédons bête, concernant René Rougerie dans un billet du 11 août 2007, et que vous rappelez. J'ai eu le tort de déduire une identité d'une homonymie parfaite. J'ai eu le tort de ne pas me renseigner sur la date de naissance de l'éditeur - donnée qui m'aurait été nécessaire pour effectuer le calcul que vous me reprochez de ne pas avoir su faire. J'ai eu le tort de conclure que Rougerie avait pu être aussi poète, musicien, dessinateur. J'ai eu bien des torts... et j'ai souvenir que cela m'avait valu déjà, de vous, un mail, le 23 septembre 2008, un mail charmant comme on s'en doute, dans lequel vous me reprochiez d'abord la parution du Bulletin des Amis de Saint-Pol-Roux et m'écriviez : "Connaissez-vous Monsieur René Rougerie ? (...) Je vous rappelle que (...) contrairement à ce qui a pu être écrit, il ne publiait pas en 1931 "à l'automne de sa vie" puisqu'il n'avait que cinq ans !". Naturellement, je vous répondis, le soir même. En voici un extrait pour vous rafraîchir l'oublieuse mémoire :
"Je crois n'avoir jamais fait montre d'aigreur ou d'irrespect envers René Rougerie dans mes billets de blog. Je suis même l'un des rares - vous pardonnerez cette vanité - à avoir publiquement célébré le 60e anniversaire des éditions Rougerie : http://lesfeeriesinterieures.blogspot.com/2008/04/cest-le-100e-billet-joyeux-anniversaire.html. Quant au premier billet où il est question d'un René Rougerie poète publiant un recueil en 1931, c'est une erreur qu'on ne m'a signalée que récemment et que je n'ai pas encore eu le temps de corriger ; le lien entre les deux homonymes était si manifeste que je n'ai pas cherché plus loin, bêtement, j'en conviens."
De ma bourde, donc, vous aviez déjà l'explication, mais vous n'en eûtes cure à l'évidence. C'était votre droit, comme il était de votre droit de manquer aussi de cette vigilance - Ah, cher voyant, comme vous vous mettez le doigt dans l’œil ! - qui, selon vous, me fait tant défaut, car vous auriez alors pu au moins préciser dans votre note que, suite à votre mail si sympathique, j'avais apporté, dans mon billet du 10 novembre, une rectification qui dissociait les deux homonymes. Cela eût été faire preuve d'honnêteté. Au lieu de cela, vous avez préféré, trois ans plus tard, publier sans les nuancer de ma réponse et de la rectification qui s'en suivit, les reproches que vous me fîtes si délicatement en privé ce 23 septembre 2008. Et avec quelle mauvaise foi ! Car enfin, non seulement j'étais censé ne pas ignorer l'année de naissance de René Rougerie, mais j'aurais dû aussi lire tous ses entretiens, tous ses articles, dans lesquels "maintes fois [il] rétabli[t] la vérité au sujet de cet homonyme" ! Où donc avez-vous vu, Monsieur, que ce blog était dédié à la vie et à l’œuvre de René Rougerie ? Il n'aura pas échappé à votre vigilance que le nom de Saint-Pol-Roux y apparaît bien davantage ; ainsi va ma nature, je m'attache beaucoup plus à la vie et à l’œuvre des poètes qu'à celles des éditeurs - vous m'excuserez, en passant, de me désintéresser de votre date de naissance.
Que vous mettiez en cause ma rigueur et ma vigilance concernant M. René Rougerie, soit ! la raison est pour vous, puisque l'erreur était mienne. Mais que vous usiez de cette confusion pour jeter le discrédit sur les lignes qui la suivent et concernent l'essentiel, voilà qui est un peu rude ! "Quel crédit accorder alors à sa glose sur Saint-Pol-Roux... ?" demandez-vous. Et dans cette interrogation, sans doute, réside le véritable enjeu de votre mépris. Car que trouve-t-on dans cette glose ? Rien de moins que quelques retours sur des approximations ou erreurs commises par René Rougerie dans sa préface aux Ombres tutélaires. Crime de lèse-majesté, mais en quoi la fidélité - pour vous -, le respect - pour moi -, doivent-ils rendre aveugles ? Oui, Monsieur le poète Guy Allix, lisez-la cette glose, relisez-la, donnez-la à lire et à relire à tous les spécialistes que vous voudrez, étudiez-la, retournez-la dans tous les sens, ayez cette honnêteté-là de la mettre à l'épreuve de votre feu, si prompt à surgir et à bégayer, et lorsque vous en serez venu à bout, vous conclurez peut-être que j'ai mis dans cette glose un peu de la rigueur et de la vigilance qui manquèrent à René Rougerie lorsqu'il rédigea sa préface.
J'ai bien peur, hélas, que vous n'en vouliez rien voir. Au moins aurais-je répondu publiquement à votre public mépris. Âne, je suis, et ne m'en offense pas - "Guy Allix le croit bête / Parce qu'il est poète". Âne je suis, et croyant me faire ma fête, vous, vous n'en êtes que le coup de pied.
Ne quittons pas trop vite La Revue de France et des Pays français, qui recèle bien des pages intéressantes. Voici, par exemple, un "écho" trouvé dans le n°4 de mai 1912, où l'on apprend en toute simplicité que le grand Aristide Bruant emprunta son style vestimentaire au Magnifique !
ARISTIDE BRUANT ET SAINT-POL-ROUX
On sait que M. Aristide Bruant a intenté l'an dernier un procès à un chanteur montmartrois coupable d'avoir plagié son costume.
Mais on n'a pas dit que ce costume n'était pas du tout une création de Bruant au bruyant toupet.
Jadis le poète Saint-Pol-Roux s'habillait ainsi. Bruant l'ayant vu lui dit : "- Tu es admirable" et le lendemain parut au café dans un uniforme identique. Le poète dès lors se vêtit à Paris comme tout le monde.
C'est dans l'éphémère et belle Revue de France et des Pays français co-dirigée par Olivier-Hourcade et Carlos Larronde, à laquelle collaborèrent notamment Ricciotto Canudo, Paul Claudel, René Ghil, Francis Jammes, Paul-Napoléon Roinard, Émile Verhaeren, Francis Vielé-Griffin, que j'ai récemment retrouvé un court article du fils aîné de Saint-Pol-Roux, incontestablement l'un des maîtres des deux jeunes directeurs bordelais. Fédérant plusieurs groupes régionalistes, rendant compte des manifestations artistiques et littéraires des provinces de France, la revue accueillit, dans son ultime livraison de juillet 1912, quelques lignes de Cœcilian annonçant les prochaines festivités camarétoises.
J'avais, l'an dernier, consacré un billet à ces fêtes, dont Saint-Pol-Roux fut le grand ordonnateur, billet à la fin duquel nous reproduisions déjà un poème du jeune homme, alors âgé de 20 ans.
Voici donc, après les vers, la prose de Cœcilian :
La Fête de la Victoire
à Camaret
par CŒCILIAN
Camaret, 13 juillet
En offrant cette année, à M. Saint-Pol-Roux, la présidence de leurs régates, les membre du comité de Camaret semblaient signifier qu'ils attendaient de ce poète une collaboration toute particulière pour la journée nautique du 11 août.
Se considérant, de ce fait, comme invité à réaliser "quelque chose" le nouveau président décida de faire appel au sentiment populaire, afin d'associer toutes les bonnes volontés en vue d'une fête à la fois d'expression locale et de portée générale : il établit donc un projet que le comité des régates vient d'adopter à l'unanimité.
Sachez que le fond décoratif, sur lequel se détachera la fête prochaine, sera constitué par des Régates Fleuries dans le port, celles-ci faisant face et pendant au Corso fleuri du quai, dont les maisons seront, elles aussi, décorées.
- Mais un fond, fût-il de fleurs, ne suffit point, émet l'auteur du projet. Il sied de l'animer au moyen d'un sujet principal, d'un motif central ; en un mot, il faut un thème. Eh bien ! ce thème, extrayons-le résolument des annales camarétoises. Cherchons un symbole local, le plus significatif, puis dressons-le en force directrice de la fête, afin que, sous son invocation, toutes ces barques et tous ces chars fleuris puissent s'exalter dans un enthousiasme commun. Ce symbole, il existe au premier rang de votre propre histoire, Camarétois, mais nous aurons soin de l'emprunter dans un sens pacifique, de le traduire dans un but de fraternisation générale. J'estime avoir suffisamment désigné la Victoire - la Victoire de Camaret.
Alors, comme les symboles doivent être réalisés pour être saisissables au peuple, de même que les idées ne nous apparaissent pleinement accessibles que sous la forme humaine, le poète propose de réaliser le symbole de la Victoire au moyen d'une jeune fille laborieuse et sage de Camaret, élue par le comité.
L'élue incarnera la Victoire.
Bonne chance à la sensationnelle journée du 11 août ! Elle ne manquera pas d'attirer une affluence considérable de visiteurs, heureux d'admirer le miracle d'une féerie de fleurs, jonchant les tragiques rochers de cette vaillante cité de pêcheurs qui, hier encore, s'appelait Camaret, mais qui, demain, sur la carte comme dans l'histoire, portera son nom véritable et qui est tout son nom, le seul vraiment sien et qu'elle a mérité, l'ayant reçu au baptême du feu ! Camaret-la-Victoire !
Nous avions annoncé cette soirée briochine dans notre précédent billet. Voici le compte rendu que nous adresse notre envoyé spécial, et qui nous fait regretter de n'avoir pu y assister.
Dans le cadre des "Lundis de Rosengart", soirées littéraires organisées par le théâtre de Folle Pensée à Saint-Brieuc, Annie Lucas a proposé le 16 mai une soirée qui célébrait le 150e anniversaire de la naissance de Saint-Pol-Roux. Il s’agissait essentiellement de lecture de textes du poète qui révélèrent à un public nombreux et attentif la diversité des registres de Saint-Pol-Roux, les textes étant d’abord brièvement mis en perspective par Annie Lucas et Patrick Besnier. Trois grands moments : "Coupe de goémon en Roscanvel", poème "réaliste" (si le mot a un sens !) extrait de De la colombe au corbeau par le paon ; plusieurs scènes de La Dame à la faulx, dans la première version, jouées avec une très belle intensité par les jeunes Clémentine Cochereau et Yohann Boutahar, élèves en 2e cycle au conservatoire de St-Brieuc. Mais surtout, nous avons entendu une séquence des Litanies de la mer, l’extraordinaire "symphonie verbale" de 1927. En suivant les indications de la partition parlée, les interprètes en montrèrent la puissance et l’efficacité. Certes, on était loin des effectifs de la création à la pointe Saint-Mathieu - deux cent cinquante exécutants ! Mais une version "de chambre" comme celle-ci laisse à coup sûr mieux comprendre les mots de Saint-Pol-Roux, mots dont les superpositions créent de véritables déflagrations musicales. Il faut très vivement féliciter les interprètes (Agathe Bosch, Jean-Jacques Dupont, Jeanne François, Annie Lucas, Monique Lucas) et remercier les organisateurs de cette soirée intense. Souhaitons que d’autres occasions permettent d’entendre intégralement ces admirables Litanies de la mer.
En août 1938, Saint-Pol-Roux s'était rendu en pays briochin pour rendre hommage à son maître, l'un des premiers, le hautain et magnifique Comte Villiers de l'Isle-Adam, dont on célébrait alors le centenaire. Lundi prochain, 16 mai, Saint-Pol-Roux reviendra, en belle compagnie, à Saint-Brieuc, et c'est à lui, cette fois-ci, qu'on rendra hommage. La Compagnie du Théâtre de la Folle Pensée, au nom si heureux, a eu, en effet, la belle idée de consacrer une soirée au poète de La Dame à la Faulx. Notre ami Patrick Besnier y jouera, avec le talent et l'érudition qu'on lui connaît, le maître de cérémonie. Puisse-t-il trouver le temps, la soirée achevée, de nous donner le récit de cette manifestation, l'une des rares - persévérons dans notre amertume - du cent-cinquantenaire magnifique. On trouvera ci-dessous les informations nécessaires pour s'y précipiter.
LES LUNDIS DE ROSENGART
#14 - SAINT-POL-ROUX
RENCONTRE AVEC "LE MAGNIFIQUE"
EN PRÉSENCE DE PATRICK BESNIER
Lundi 16 Mai 2011
(19 h à 21 h)
Port du Légué
Carré Rosengart
16, quai Armez
Saint-Brieuc
entrée gratuite
réservation souhaitable (mais pas obligatoire) au 02 96 33 62 41
possibilité d'apporter son casse-croûte
collation légère prévue sur place
Dédicace d’André Breton à Saint-Pol-Roux : "Au grand poète SAINT-POL-ROUX, à ceux qui comme lui s’offrent le MAGNIFIQUE plaisir de se faire oublier". Saint-Pol-Roux est en effet l’archétype du poète maudit, exilé volontaire pendant 40 ans à Camaret, à la pointe du Finistère.
Saint-Pol-Roux est à Marseille en 1861, il est mort à Brest en 1940. Il consacrera plusieurs années de sa vie à l’écriture d’un drame réputé injouable « La Dame à la faulx ».
Pour ce parcours dans l’œuvre et la vie de Saint-Pol-Roux, Patrick Besnier, écrivain, professeur de littérature, sera notre invité et notre guide.
Des extraits des textes de Saint-Pol-Roux seront lus par des comédiens et des élèves du Conservatoire.
feuilleton "les oubliés"
/épisode 2
Notre feuilleton, "Les oubliés", vous propose d’aller à la rencontre des écritures peu fréquentées d’auteurs marqués par la terre et l’imaginaire de Bretagne. Épisode 2 : Saint-Pol-Roux, qui lut en 1938 à Saint-Brieuc le discours du Centenaire Villiers de l’Isle Adam (qui était « l’oublié » de l’Épisode 1 de notre feuilleton).
SPR le Magnifique
/Patrick Besnier
Patrick Besnier a travaillé sur les œuvres de Lautréamont et de Raymond Roussel. Il a également écrit plusieurs ouvrages sur Jarry dont il est devenu un spécialiste mondial. Il est l'un des "papous" de l’émission de France-Culture "Des Papous dans la tête", fondée par Bertrand Jérôme et animée par Françoise Treussard.
SPR le Magnifique
/au cours de la soirée
Objets personnels. Chaque écrivain invité à Rosengart se présente à partir de 5 objets personnels. Patrick Besnier a choisi quelques objets pour évoquer des moments de la (longue) vie de Saint-Pol-Roux.
Coups de gueule. Ils surgiront (ou pas) en cours de route : quelqu’un prend la parole (son temps est limité par une sonnerie) et proteste sur le sujet qui lui tient à cœur ce soir-là. Personne ne doit lui répondre. Prend la parole qui veut.
Partages. Un vin nouveau présenté par Arnaud Dietrich (Trink !). Un livre nouveau présenté par Mérédith Le Dez (Éditions MLD).
les lundis de Rosengart
/prochain rendez-vous
Ce LDR#14 sera le dernier de la saison.
Suite de nos rendez-vous en octobre prochain pour LDR#15.
les lundis de Rosengart
/un autre rapport entre public et artistes
Avec les lundis de Rosengart vous n’êtes pas invités à assister à un spectacle, mais à venir partager un moment avec des artistes. Une manière décontractée d’aborder les enjeux de l’art théâtral et de l’écriture.
/contact
Théâtre de Folle Pensée, compagnie conventionnée
4 rue Jouallan - BP 4315 - 22043 Saint-Brieuc cedex 2
C'est le printemps du cent-cinquantenaire magnifique. On ne pouvait rêver meilleure date pour la parution de ces Actes du Colloque de Brest, organisé il y a deux ans par Mme Marie-Josette Le Han à l'UBO, les 27 & 28 février 2009. J'en revins enchanté : Saint-Pol-Roux faisait enfin - et très joliment - son entrée à l'Université. J'aurai l'occasion d'y revenir plus en détails. Aussi, trop pressé de retrouver, dans la lecture, le charme de ces deux journées, me contenterai-je d'en reproduire le sommaire et la présentation.
"Saint-Pol-Roux occupe, à la charnière du XIXe siècle et du XXe siècle une position particulière : héritier du Romantisme, disciple du Symbolisme, il participe de "l'esprit nouveau" et prépare les recherches de la modernité poétique. Dans sa solitude bretonne il se fait l'écho des recherches esthétiques de son temps, dans le domaine de l'écriture (Surréalisme), de la musique (Beethoven, Wagner, Meyerbeer) et de la peinture (Gauguin et les nabis). C'est sa situation privilégiée de "passeur" et de médiateur que ce colloque a voulu étudier : passage du monde méditerranéen au monde celtique, de l'humble réalité aux images les plus audacieuses, de l'instant à l'éternel, du monde visible au "seuil du mystère"... Il s'agissait surtout de faire entendre la voix singulière qui fit résonner "un chant d'étoile et d'argile ensemble".
SOMMAIRE
Marie-Josette LE HAN : "Avant-propos" - p. 9-13
Jean ROUDAUT : "Avenir et souvenir" - p. 15-20
Fragments d'une vie
Georges REYNAUD : "Les années de formation de Saint-Pol-Roux (1861-1882) ; Expériences vécues et magnifiées" - p. 23-35
Marcel BUREL : "Breton et bretonnismes dans les poèmes roscanvélistes de Saint-Pol-Roux" - p. 37-43
Dominique BODIN : "Entre Iroise et Émeraude : Saint-Pol-Roux et Théophile Briant" - p. 45-57
Jean-Louis DEBAUVE : "La correspondance de Saint-Pol-Roux" - p. 59-75
Jean-André LE GALL : "La correspondance de Saint-Pol-Roux-Victor Segalen" - p. 77-85
Renée MABIN : "Camaret : Saint-Pol-Roux, frère des peintres (De Gauguin à Jim Sévellec)" - p. 87-94
Affinités littéraires et rencontres esthétiques
Jean-Louis MEUNIER : "La Dame à la faulx : lire/jouer les didascalies" - p. 97-107
Patrick BESNIER : "L'Univers sonore de Saint-Pol-Roux" - p. 109-120
Jean-Luc PESTEL : "Fils du Soleil, Saint-Pol-Roux lecteur de Rimbaud" - p. 121-131
Julien SCHUH : "Saint-Pol-Roux symboliste ? Les avatars de l'idéoréalisme" - p. 133-149
Dominique MILLET-GÉRARD : "Mystère des êtres, mystère des choses, mystère du verbe : Saint-Pol-Roux, Francis Jammes, Armand Godoy" - p. 151-165
Mikaël LUGAN : "Le Magnifique & les Surréalistes : un malentendu poétique ?" - p. 167-186
Ambitions d'une œuvre
Jacques GOORMA : "La poésie comme force d'union et d'émancipation. Schéma de l'idéoréalisme" - p. 189-201
Odile HAMOT : "Portrait du poète en Ézéchiel" - p. 203-212
Nicolas TOCQUER : "Saint-Pol-Roux, Jean Royère : correspondance" - p. 213-226
Jean-Michel KERVRAN : "Ébauche d'une réflexion autour des notions d'éthique et d'esthétique chez Saint-Pol-Roux" - p. 227-234
Françoise DANIEL : "Saint-Pol-Roux et le primitivisme" - p. 235-241
Marie-Josette LE HAN : "Le poète, pèlerin de la charité..." - p. 243-249
L'intérêt des curieux, des spécialistes et amateurs de poésie, pour la figure et l'œuvre du prolifique et confidentiel Edgar Tant a subitement doublé. En effet, d'un, il y a quelques mois encore, nous voici, maintenant, deux. Et le deuxième n'est rien moins que quelqu'un, puisqu'il s'agit de notre ami Henri-Floris Jespers, spécialiste bien connu du Surréalisme belge et historiographe de la revue d'avant-garde, Ça ira. Figurez-vous qu'il y a une dizaine de jours, HFJ lançait sur son blog l'"avis de recherche" suivant :
Le poète et dramaturge gantois Edgar Tant (1889-1963) semble bien tombé dans l'oubli le plus opaque. Les catalogues des bibliothèques belges, de la Bibliothèque Nationale (Paris) et de la British Library (Londres) recensent plus de trente-cinq titres. Nulle trace de cet écrivain dans les ouvrages de références et un manque quasi total de littérature secondaire, si ce n'est une plaquette illustrée de 21 pages, Les derniers ouvrages d'Edgar Tant / par cinq auteurs différents : Victor Rousseau, Alex Pasquier, Charles Desbonnets, Georges Soyer et Adèle Durieux-Gillet (Gand, Van Melle, 1946), que je n'ai pas encore consultée. Il en est de même d'une traduction que seule la Bibliothèque de l'Université de Gand conserve, dont voici la fiche signalétique :
Tant (Edgar) V. Croin (C.C.A.), La Nationalité belge. Lettre-préface de Henri Pirenne. Traduit du Hollandais. Gand, L. Vanmelle, 1932, 8°, 49 p.
Je me recommande vivement auprès de mes lecteurs : tout renseignement bibliographique et / ou biographique sera accueilli avec gratitude.
Deux jours plus tard, HFJ publiait le premier résultat de cet "avis de recherche" : son ami Dries Vanhegen venait de lui découvrir quelques rarissimes plaquettes de Tant, dont une élégante Sérénité, qu'HFJ s'empressa, pour notre plaisir, de décrire :
Édition originale de luxe pour bibliophiles. Grand format oblong in 4° coquille : 21 x 57 cm. Couverture, encadrements, lettrines et ornementations en couleur à chaque page conçus et esquissés par l'auteur, dessinés et gravés par le Peintre Jules Verwest. Tirage non mis en librairie, limité en tout à soixante exemplaires : dix exemplaires sur papier de Hollande à la cuve et à la forme Van Gelder Zonen, sur doubles feuilles imprimées sur une face, numérotés de 1 à 10, revêtus de la signature autographe de l'auteur ; 50 exemplaires sur papier édition, numérotés de 11 à 60.
Des presses de / l'Imprimerie / LOUIS VANMELLE, S.A. / à Gand, / l'an mil-neuf-cent-quarante-cinq.
Voilà qui ajoute à une bibliographie déjà profuse. Et c'était sans compter sur les références complémentaires que nous communiqua HFJ, et que je vous livre sans plus de commentaires :
Le Christ chez nous : un acte en prose, Paris, 1919, in-8°, 14 p.
Le Rythme de la Vie, stances et sonnets, 2e édition, Laethem-Saint-Martin, chez l'auteur, 1929, in-16°, 46 p.
Le Soleil intérieur, Gand, Imprimerie Van Melle, 1930, in-16°, 48 p.
La Vie et le Rêve, drame en un acte, Gand, Imprimerie Van Melle, 1932, in-16°, 40 p.
Simplice, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1943.
Le carnet du poète, Gand, Imprimerie Louis Vanmelle, 1944, in-8°, 22 p.
Les désolées. Poème dit par M. Pierre Morin au Théâtre national de l'Odéon de Paris, Gand, Imprimerie Louis Vanmelle, 1945, in-8°, [10] p.
Sérénité, Gand, Imprimerie Louis Vanmelle, 1945, in-4°, 19 p.
Douze poèmes, Laethem-Saint-Martin, "Fleur des Sables", 1954, in-8°, 18 p.
Il ne me reste plus qu'à remercier Henri-Floris Jespers de m'avoir rejoint dans cette quête. Nul doute que, dans quelques semaines, l'intérêt des curieux, des spécialistes et amateurs de poésie, pour la figure et l'œuvre du prolifique (de plus en plus) et confidentiel (de moins en moins) Edgar Tant, aura de nouveau doublé.