vendredi 13 août 2010

Saint-Pol-Roux, un banquet, une photo : jouons un peu en attendant la rentrée...

Ah, la belle tradition des banquets littéraires ! On sait que Saint-Pol-Roux participa moultes fois à ces déjeuners et dîners qui réunissaient bien du beau monde. Et bien le voici attablé de nouveau. Il est au centre, à la table du fond, et semble présider. Mais qui sont ceux qui l'entourent ? J'en ai identifié quelques-uns. A vous de jouer et, même, de combler mes lacunes.

Un cadeau magnifique espère celle ou celui qui aura identifié le plus de convives. A vos commentaires, donc !

samedi 7 août 2010

Le Tombeau de Jean Cras

Elles sont rares les plaquettes que Saint-Pol-Roux fit éditer, à ses frais souvent, par l'imprimerie de la Dépêche de Brest. Aussi suis-je bien heureux de posséder celle-ci, et d'autant plus heureux qu'elle me fut offerte par un homme que j'estime grandement et qui est mon ami. Le Breton Jean Cras, dont il fut prestement question dans un précédent billet, où l'on rappelait, grâce à Pierre Saunier, sa parenté avec Victor Segalen, partageait avec ce dernier une singulière bivalence : il était officier de marine et pianiste. Comment Saint-Pol-Roux et le compositeur se rencontrèrent, il est bien difficile de le dire. Sans doute est-il possible d'avancer qu'ils se seront croisés, entendus, appréciés à Brest, lors d'une audition dans la salle des concerts Sangra. Mais, à défaut d'avoir retrouvé les lettres qu'ils n'auront pas manqué de s'échanger ou tout autre indice permettant de préciser leurs relations, nous devrons nous contenter de cette hypothèse. Toujours est-il que l'estime du poète pour le pianiste avait dû être grande pour qu'à la mort du marin-musicien, le 14 septembre 1932, il lui dédiât un beau sonnet, et qu'il en fît tirer cette plaquette cartonnée de 4 pages.
LE TOMBEAU DE JEAN CRAS
Autrefois couronné des diamants de l'Onde
Emanant de la terre ainsi que de la mer,
Désormais je m'inspire au rythme épars du monde
Echangé par les globes jonglés parmi l'air.

Musique universelle, ô majesté profonde
Aux symboles d'esprit dont le son est la chair,
Dans l'océan du temps j'infinise la sonde
Et surgit le trésor qui n'a plus rien d'amer.

La lyre et le navire eurent un même phare
A guider l'imprévu de leur élan jumeau,
Le pilote et l'aède enfin rois du rameau.

Voici la gloire en l'or humain de sa fanfare
Où chantent les étoiles de nos deux exploits,
Mais les orgues de Dieu s'éveillent sous nos doigts.
Nota : Si quelque visiteur voulait nous mettre sur la piste de la correspondance échangée entre Jean Cras et Saint-Pol-Roux, nous lui en serions fort reconnaissant.

jeudi 5 août 2010

Retour sur l'hommage de Camaret-sur-Mer à Saint-Pol-Roux

La municipalité, entraînée par le dynamisme de David Pliquet, et les associations culturelles de Camaret (les Amis du Quartier de Saint Thomas, Nautisme Arts Culture) avaient bien préparé l’événement. Les trois jours d’hommage à Saint-Pol-Roux, qui adopta le petit port finistérien en 1905 pour ne plus le quitter, furent denses, généreux et festifs. Le prétexte de cette célébration, le 70e anniversaire de la mort du poète, eût pu solenniser excessivement l’atmosphère, mais, si quelques-unes des manifestations ne manquèrent pas d’émouvoir, c’est la vitalité de l’œuvre magnifique qui occupa surtout la scène.

Vendredi 30 juillet


A dix heures, eut lieu l’opportune assemblée générale de la « Société des Amis de Saint-Pol-Roux ». Le Café de la Marine, l’ex-Hôtel de la Marine, de Rosalie Dorso, hospitalière aux artistes et écrivains en villégiature, initialement choisi pour accueillir la réunion, étant fermé, les quatre membres, qui avaient fait le déplacement, optèrent pour le bistrot voisin. On pouvait donc voir, autour d’un café et discutant de l’avenir de l’association, MM. Jean-Louis Debauve, Alistair Whyte, Marcel Burel & Mikaël Lugan. Le temps viendra plus tard, pour les adhérents, du compte rendu de cette restreinte mais conviviale AG. Aussi, éloignons-nous du quai Gustave Toudouze et engageons-nous sur la place Saint Thomas qui accueillit, à 14h30, la première des conférences programmées. Marie-Françoise Bonneau, guide et historienne, retraça la vie de Saint-Pol-Roux devant un public nombreux, relativement, et curieux. L’échange, qui suivit, fut nourri et intéressant. Le Club des Poètes donna ensuite un récital de poèmes de contemporains du Magnifique : Mallarmé, Verlaine, Max Jacob, Apollinaire, etc. C’est le Club des Poètes – dont on sait qu’il prend traditionnellement ses quartiers d’été sur la presqu’île de Crozon – qui devait clore cette première journée, avec un bel & émouvant spectacle poétique, hommage couplé à Jean-Pierre Rosnay, décédé en décembre dernier, et à Saint-Pol-Roux. Le lieu de cette manifestation ne pouvait être plus approprié puisque la scène naturelle et nocturne en était le Manoir ruiné de Cœcilian, formidablement illuminé pour l’occasion.


Samedi 31 juillet

Le lendemain, deux nouvelles conférences : Mikaël Lugan parla d’abord de l’amitié de Saint-Pol-Roux & d’André Antoine, citoyens de Camaret ; le premier, certes, méritait ce titre, qui y demeura trente-cinq ans ; mais le second y villégiaturait seulement et vendit ses villas en 1935. Pourtant, Saint-Pol-Roux avait ainsi baptisé le fondateur du Théâtre-Libre dès 1903 : « Antoine, citoyen de Camaret » ; et, malgré les réticences de l’ogre dramatique, le poète n’eut pas tort, sans doute, puisqu’Antoine y réside désormais, voisin perpétuel de son improbable ami, au petit cimetière marin de Camaret. Marcel Burel entretint ensuite le public, venu plus nombreux, relativement, que la veille, des années roscanvélistes (1898-1905) du Magnifique. Roscanvéliste lui-même, professeur de lettres classiques et historien incontournable de la Presqu’île, il sut admirablement montrer, à partir des textes composés dans cette période, comment Saint-Pol-Roux, charmé par ce village, se dépouilla de son costume parisien pour se faire ou devenir roscanvéliste. Là encore d’intéressants échanges. Le reste de l’après-midi ne fut pas moins dense en manifestations que la précédente : des mises en musique de poèmes du Magnifique, un spectacle composé de textes de Jean-Pierre Rosnay dont la vie dédiée aux poètes et à la poésie méritait qu’on lui rende hommage aussi pendant ces trois jours. La nuit, deux concerts animèrent la lande, emmi les menhirs de Lagatjar.

Dimanche 1er août

C’est au tour d’Alistair Whyte de prendre la parole. Les lecteurs de Saint-Pol-Roux le connaissent : il prépara, avec Jacques Goorma, l’édition, chez René Rougerie, de la plupart des volumes publiés à partir des années 1980. Olivier Rougerie, initialement prévu, n’ayant pu venir, Alistair occupa les deux heures de conférence, animant, dans un premier temps, un café-philo en plein air sur le thème : « A quoi sert la poésie ? ». On quittait là Saint-Pol-Roux – encore qu’à peine – pour y mieux revenir. Alistair connut très bien Divine, et c’est tout naturellement qu’il décida de consacrer sa deuxième intervention à la fille du poète, que ce dernier avait sacrée l’ange de ma solitude. Il parla de la femme qu’elle fut, de son dévouement pour son père, de son humour aussi ; puis il laissa la parole à Jacques Goorma qui, empêché de participer à ces trois jours, avait enregistré une lecture du beau poème, « Ma Divine a vingt ans », écrit par Saint-Pol-Roux en 1918. L’émotion, dans l’assistance, alors que, sur un écran, défilaient, accompagnant la voix magnifique du poète Jacques Goorma, des photos de Divine, était sensible. Ainsi s’achevait le cycle de conférences de la place Saint Thomas. Il revint au spectacle musical, « Saint-Pol-Roux, poète oublié ? », de Céline Caussimon & Cécile Girard de clore les festivités saint-pol-roussines. Il fut donné dans la chapelle Rocamadour, qui accueillit l’exposition inaugurée le 10 juillet ; la chapelle était comble. Mêlant textes du Magnifique, dits par les deux comédiennes-musiciennes et par Loïc Baylacq, qui incarnait le poète, intermèdes musicaux (accordéon, violoncelle et tuba qu’embouchait Jean-Yves Lacombe), reconstitutions d’épisodes biographiques importants (la lecture de la Dame à la Faulx à la Comédie Française, le banquet de 1925), le spectacle, bien documenté et bien construit (de sorte que le travail de documentation n’apparaisse pas sur scène), connut un beau succès.

Oui, Camaret avait décidément bien fait les choses. Ces trois jours furent un beau succès. Pour la ville et pour le poète. Et j’espère que l’an prochain, pour le cent-cinquantenaire de la naissance de Saint-Pol-Roux, inscrit aux célébrations nationales, d’autres villes – Marseille où il naquit, Paris où il vécut et combattit au temps du Symbolisme, Brest où il mourut – sauront rendre leur juste hommage au Magnifique. Il leur suffira, pour cela, avec leurs moyens, autrement plus conséquents, de suivre le dynamique exemple camarétois.

lundi 24 mai 2010

Saint-Pol-Roux, auteur d'opéras-comiques

Il faut l'avouer : les premières années parisiennes de Saint-Pol-Roux demeurent assez obscures. Il y a, bien sûr, les aventures connues, celles-là même que l'histoire du Symbolisme a retenues : la fondation de la première Pléiade, puis la collaboration à quelques-unes des petites revues, Le Moderniste d'Aurier, la seconde Pléiade de Louis Pilate de Brinn'Gaubast, d'où allait naître le Mercure de France d'Alfred Vallette. Mais c'est bien peu de choses. Il m'a été possible de recueillir, on s'en doute, au cours de mes recherches sur le poète, certains des petits cailloux semés par lui entre octobre 1882 et 1890, mais insuffisamment encore pour prétendre retracer avec précision son itinéraire biographique dans la Babylone moderne. Voici l'un de ces cailloux.

C'est en feuilletant l'année 1889 du Gaulois que mon oeil l'a d'abord aperçu, intrigué par un entrefilet du "Courrier des théâtres", en p.3 du numéro du 1er mai, qui annonçait que "M. Lagoanère, le nouveau directeur des Bouffes-Parisiens, [venait] de recevoir un opéra-comique en trois actes, intitulé la Fiancée de Salamanque, de MM. Saint-Pol et Jules Méry, musique de M. Justin Clérice". Bien que le premier de ces trois noms fût amputé de son appendice patronymique, la présence des amis Méry et Clérice, qui ne sont plus totalement des inconnus pour nous, identifiait à coup sûr le co-auteur de l'opéra-comique comme étant Saint-Pol-Roux. La consultation d'autres quotidiens devait apporter la confirmation. Certes, le Journal des débats politiques et littéraires (2 mai) et Le Figaro (1er mai) procédaient à la même amputation, mais La Presse (3 mai) et l'Echo de Paris (2 mai) mentionnaient "M. Saint-Paul Roux". L'hésitation orthographique entre "Paul" et "Pol" est intéressante dans la mesure où elle permettrait de dater, de cette époque, le choix, par le poète, de son pseudonyme définitif , même si la plaquette du Bouc Emissaire sera encore signée, quelques semaines plus tard, Saint-Paul Roux.

Mais revenons à nos trois compères et à leur pièce. La Presse donne un petit complément d'informations sur Justin Clérice, ajoutant qu'il fut "élève de [M. Emile] Pessard" et "l'auteur du Meunier d'Alcala, qui a été joué plus de trois cents fois à Lisbonne, Oporto et Rio-de-Janeiro". Le Figaro annonce : "La pièce sera représentée, suivant traité, dans la première quinzaine de septembre" et l'Echo de Paris, plus rigoureux : "Cette pièce doit passer vers le 10 septembre". Malheureusement, aucun opéra-comique intitulé La Fiancée de Salamanque ne fut représenté, malgré sa réception, aux Bouffes-Parisiens, ni en septembre, ni plus tard. On note, toutefois, que, si le nom de Saint-Pol-Roux disparaît du programme du théâtre pour cette année 1889, ceux des deux comparses y figurent bel et bien. Ainsi, Jules Méry apparaît comme co-signataire, avec Charles Grandmougin (auteur prolifique des périphéries parnassiennes), de Figarella, opéra-comique en un acte, sur une musique de Clérice, dont la première eut lieu le 3 juin et qui connut 30 représentations. Justin Clérice composa également la partition d'un vaudeville-opérette, en un acte, Monsieur Huchot, d'un certain Jacques Térésand, qui, malgré nos recherches, nous demeure absolument inconnu. La pièce fut donnée le 3 novembre, pour la première fois, et connut 18 représentations.

Pourquoi donc La Fiancée de Salamanque dont le traité semble avoir été signé par le nouveau directeur des Bouffes-Parisiens n'a-t-elle finalement pas été jouée ? On ne peut se livrer ici qu'au petit jeu des hypothèses. Rappelons d'abord qu'il n'est guère étonnant de retrouver Saint-Pol-Roux en auteur d'opéra-comique ; n'avait-il pas signé un Sabalkazin, deux ans auparavant, sur une musique de Vincent Fosse, autre opéra-comique qui fut représenté à Marseille et y connut un certain succès ? Mais rappelons aussi qu'en cette année 1889 Saint-Pol-Roux s'engage nettement dans la bataille symboliste et travaille à la Femme à la Faulx, qui deviendra celle qu'on sait, et dont il veut faire l'Hernani du mouvement nouveau. Dans ce contexte, apparaître comme l'auteur d'un opéra-comique, genre mineur ou considéré tel par l'avant-garde poétique, a pu poser à Saint-Pol-Roux quelque cas de conscience : comment concilier le poète hautain du Bouc Emissaire et le divertissant dramaturge de La Fiancée de Salamanque ?

Hélas, de cette pièce non représentée, nous ne savons rien, pas même l'argument. Fut-elle recyclée, son titre changé, une fois le nom de Saint-Pol-Roux disparu ? Il serait sans doute facile (trop) de voir dans cette Figarella du 3 juin, où le nom prodigue (trop) de Charles Grandmougin remplace dans le trio initial celui du poète, une Fiancée de Salamanque déguisée. La facilité est une tentation... à laquelle je cède bien volontiers, pour le plaisir des recoupements. Remarquons que les deux titres font d'un personnage féminin l'héroïne et que le "F" initial s'y retrouve - on ne s'en étonnera guère chez un poète hanté par la Femme à la Faulx. La transformation en Figarella pourrait s'expliquer par une translation géographique de Salamanque à Séville, puisqu'il faut bien lire dans ce titre nouveau un hommage à peine déguisé au valet célèbre de Beaumarchais. Le Figaro, le journal, ne s'y trompe, bien évidemment, pas :
"Figaro ne peut qu'applaudir Figarella, délurée commère qui est sa digne fille, bien qu'elle ait trois pères : MM. Grandmougin, Méry et Clérice. Nous laissons Beaumarchais dans l'ombre.
Par son adresse, Figarella décidé un père à marier sa fille au galant qu'elle aime, après avoir fait évincer les soupirants qui déplaisent.
Gentille petite pièce, amusante, et musique bien venue." (5 juin 1889, p.6)
Voilà un résumé qui pourrait parfaitement convenir à notre Fiancée de Salamanque, du moins à ce que, de l'histoire, à défaut d'en connaître davantage, son titre laisse deviner. Poussons le bouchon interprétatif un peu plus loin encore ; on se souvient que Figaro donne à Double-Main qui lui demande son nom de baptême, la laconique réponse : "Anonyme". Ah, comme il me plaît, dans mon délire, de penser qu'en modifiant le titre de La Fiancée de Salamanque, déjà peut-être référence au Mariage de Figaro, en Figarella, modeste fille littéraire du personnage de Beaumarchais, elle aussi sans "nom de baptême", c'est-à-dire sans père connu, Saint-Pol-Roux aura voulu attirer notre attention sur son souhait de s'effacer, auteur anonyme de cette "gentille petite pièce, amusante" !

Et il faudrait alors, pour conforter cette hypothèse d'un Grandmougin prête-nom occasionnel de Saint-Pol-Roux, rappeler les nombreux travaux de ghost writer que le poète effectua, avec ou sans le fidèle Jules Méry, en pleine ascension symboliste, pour Pierre Decourcelle, romancier et dramaturge populaire. Et se remémorer la Louise de Gustave Charpentier... Mais cela nous mènerait bien trop loin.
Nota : L'illustration en tête de billet est extraite du BASPR4 et signée Tristan Bastit.

dimanche 23 mai 2010

Iconographie : Amélie Saint-Pol-Roux

A peine descendu du train qui m’amenait de Paris, je m’engageai dans la rue de Siam, ce ruisseau pavé de Brest, humide, gris, saumâtre et laid. J’allais d’un pas machinal vers le port où attendait le vapeur qui traversait trois fois la semaine la rade pour déverser ses cargaisons de touristes sur la côte de Camaret. Au détour d’une rue, la vue subite d’une silhouette féminine me figea sur place. Un visage ardent que mangeaient deux vastes yeux noirs, croisa son regard avec le mien. Le novice que j’étais aux trois quarts sentit ses joues devenir de pourpre. Redressant la tête, je continuai résolument mon chemin. Quelques mètres plus loin, je ne pus dompter mon caprice. Je me retournai. L’aimable visage, mû par un mouvement identique, me regardait lui aussi. Je crus le voir me sourire. [...]

Amélie Saint-Pol-Roux devant le Manoir du Boultous

[...] Le déjeuner prêt, la voix magique appela la maisonnée. Deux garçonnets râblés firent irruption dans la pièce : Lorédan et Cécilian, les fils. Puis une fillette de cinq ans : Divine. Enfin, la dame de ces lieux.

Stupéfait plus que de tout ce qui venait de précéder son entrée, j’hésitai à me persuader… La dame qui me souriait de l’éclat de ses larges yeux noirs était, en chair et en os, la Dame de la rue de Siam et de la lande…

Edouard Schneider.

mardi 27 avril 2010

Saint-Pol-Roux, grand ordonnateur des fêtes camarétoises

Il n'est peut-être pas mauvais, alors que Camaret prépare d'estivales festivités en son honneur, de rappeler combien Saint-Pol-Roux participa hyperactivement à l'animation sociale, culturelle, patrimoniale de ce petit port du bout-du-monde, qui l'adopta dès 1905. J'en veux donner aujourd'hui un seul exemple, mais particulièrement emblématique.

En 1912, soit sept ans seulement après son installation dans son manoir du Boultous, Saint-Pol-Roux se chargea, ou fut chargé, d'organiser la Grande Régate de l'été, dont il fit un spectaculaire Hommage à la Victoire : ample et ambitieuse commémoration de "la victoire que Vauban remporta en 1694 contre la flotte anglo-hollandaise qui tentait un débarquement pour surprendre Brest".

Le Magnifique ne lésina pas sur les moyens de la reconstitution - reconstitution conçue toutefois comme célébration de la paix ; il pouvait en effet compter sur l'assistance d'un autre "citoyen de Camaret" d'importance : André Antoine, qu'il sollicita pour le prêt des costumes, et qui, amicalement, s'exécuta. L'inattendue grandeur de la manifestation du 11 août, attira l'attention des journaux de Paris, qui lui dédièrent mieux qu'un entrefilet. Voici d'abord, du Journal des débats politiques et littéraires (12 août 1912, p. 3) :
La fête de la Victoire à Camaret
Brest, le 11 août. - On sait que la baie de Camaret fut, en 1694, le théâtre du débarquement de la flotte anglo-hollandaise, alors en guerre contre notre pays. La célèbre chapelle de Rocamadour, dont une partie fut récemment détruite par un incendie et qui fut aussitôt restaurée grâce à l'initiative du poète Saint-Pol Roux, eut sa flèche abattue par les canons ennemis. Ce furent à peu près les seuls dégâts que put commettre la flotte anglo-hollandaise, car le marquis de Vauban veillait. Prévoyant qu'une tentative de débarquement s'opèrerait à Camaret, il fit établir des batteries.

Le 18 juin, à la faveur du brouillard, sept frégates ennemies viennent s'embosser à portée des batteries françaises. La canonnade commença.

L'ennemi effectue sa descente, mais nos troupes, aidées des paysans et des pêcheurs camarétois, le met incontinent en déroute et le rejette à la mer.

Une frégate hollandaise, s'étant échouée sur le "Sillon" de Camaret, fut obligée d'amener pavillon. Un transport anglais fut coulé par les Français.

Après cette défaite, les bâtiments des alliés levèrent l'ancre et regagnèrent leurs ports d'attache.

Pour immortaliser cette victoire, Louis XIV fit frapper une médaille à son effigie, dont le revers représente, au premier plan, Minerve appuyée sur un bouclier auprès d'un trophée naval ; la mer couverte de vaisseaux forme le fond du tableau.

Le poète Saint-Pol Roux, qui passe tous ses étés à Camaret [les quatre saisons en vérité], a décidé d'illustrer les régates camarétoises, dont il a été nommé président, et qui ont lieu aujourd'hui dimanche, en commémorant cet important événement historique.

Il a imaginé, pour réaliser son idée, un éblouissant programme de fêtes, qui n'a pas manqué d'obtenir un très grand succès.

Cette "Victoire de Camaret" était personnifiée par une belle jeune fille camarétoise, Mlle Lisette Duédal, âgée de dix-neuf ans.

Portant les armes de France, elle était entourée par deux compagnes d'honneur portant l'une les couleurs d'Angleterre, l'autre les couleurs de Hollande.

Le fond décoratif sur lequel évoluait cette gracieuse trinité était constitué par des régates fleuries dans le port, celles-ci faisant face au corso fleuri du quai.

Ce qui donnait à cette fête sa véritable signification, c'est qu'elle avait été conçue dans un sens pacifique.

S.M. George V, roi d'Angleterre, a fait écrire par son ambassadeur à M. Saint-Pol Roux, pour lui témoigner sa joie personnelle de voir commémorer la journée historique du 18 juin 1694. - (De notre correspondant.)
Voici, ensuite, extrait du même journal, le lendemain :
La fête de la Victoire à Camaret, organisée dans un cadre grandiose, fut un beau succès d'entente cordiale.

Après la lettre de satisfaction du roi George, ce fut le maire de Plymouth qui adressa une splendide écharpe de soie blanche destinée à Lisette Duédal, personnifiant la Victoire. Les vapeurs brestois, pavoisés de drapeaux français, anglais hollandais, décorés de verdure, amenèrent des milliers de spectateurs.

Le ministre de la guerre avait autorisé une section d'artillerie du fort de Lagatjar à venir avec de petits canons de campagne qui tirèrent de multiples salves pendant les divers épisodes de la fête, et la musique du 19e d'infanterie prêtait son concours. A une heure, la Victoire accompagnée de deux demoiselles d'honneur portant les couleurs anglaises et hollandaises, arrive dans un superbe char à la Tour dorée de Vauban, classée comme monument historique. Le corps de garde de la tour est occupé par des soldats de Vauban. Au sommet se tiennent le Roi Soleil, Vauban, Jean Bart entourés de seigneurs, de mousquetaires, gardes françaises, corsaires.

Après avoir reçu leurs hommages la Victoire prend la tête d'un cortège historique ; puis, sur les quais, pendant que se courent les régates à la voile, se déroule corso fleuri avec bataille de fleurs.

A quatre heures commencent les régates fleuries, auxquelles prennent part des multitudes de barques toutes fleuries et pavoisées aux drapeaux des trois nations.

La fête se termine par un épisode de mer réglé par le poète Saint-Pol Roux qui déclame un poème d'hommage à la Valeur et célèbre la Fraternité.

La poètesse Perdriel-Vaissière, habillée en paysanne bretonne, déclame également un poème. La fête devait se continuer le soir par des bals en plein vent et des fêtes vénitiennes, mais à partir de six heures la pluie est tombée diluvienne. - (De notre correspondant.)
Ces poèmes furent recueillis dans une plaquette, éditée par l'Imprimerie de la Dépêche de Brest. On y peut lire l'Hymne à la Victoire de Saint-Pol-Roux, La Combattante (Notre-Dame de Rocamadour en Camaret) de Jeanne Perdriel-Vaissière, et, plus inattendu, un poème de Coecilian, le fils aîné du Magnifique, alors âgé de 20 ans. Il s'intitule Camaret-la-Victoire :
CAMARET-LA-VICTOIRE
Au légendaire temps des bâtiments à voiles
Alors que les marins n'avaient que les étoiles,
Tu vis, ô Camaret, sur tes flots assagis
Bondir dans le soleil les lourds boulets rougis.

Aujourd'hui ce soleil qui dora ta victoire
A mis dans ses rayons des hymnes pour ta gloire
Et demandé des fleurs aux moindres arbrisseaux
Afin de mieux gréer les mâts de tes vaisseaux.

De la Pointe du Gouin à la Pointe Espagnole,
Les parfums et les chants te font une auréole,
Et même tes menhirs semblent ragaillardis
Sous l'obstiné lichen dont ils se sont verdis.

Partout le rire clair et la franche allégresse,
Partout le geste ancien qu'amende une caresse,
Chacun sent naître en soi comme un nouvel été
Où ces fleurs en s'ouvrant montrent de la beauté.

O fleurs qui remplacez les boulets et les piques !
O fils mâles et bons des ancêtres tragiques !
Spectacle noble et pur de trois coeurs différents
Unis dans un exploit de plus de trois cents ans !

O petit port entré pour toujours dans l'histoire,
Tu portes bien ton nom : Camaret-la-Victoire !
Reste digne des vieux qui l'inscrivirent haut,
Dis-toi que c'est par eux que ce nom dure et vaut !
COECILIAN.

mardi 20 avril 2010

Au banquet du 2 juillet 1925 : le discours de Jean Royère

On a déjà cité maintefois le nom de Jean Royère en ces lieux. Saint-Pol-Roux le considérait son "frère en poésie". Il fut, alors jeune directeur de l'influente et contestée Phalange, à l'origine de la requête adressée à Jules Claretie réclamant que la Dame à la Faulx fût jouée à la Comédie française - c'était en 1909 - puis il lui fut, jusqu'à la mort du vieil aède, un indéfectible soutien. Il faudra y revenir.

Royère assista aux deux banquets mémorables de 1909 et de 1925. Il fit partie, au cours de ce houleux dernier, des intervenants qui rendirent hommage à Saint-Pol-Roux. Il semble bien que son discours fût prononcé - mais fut-il entendu ? - soit que la bagarre rachildienne n'eût pas encore débuté, soit qu'elle fût achevée. Royère avait d'ailleurs, pour lui, le respect des surréalistes et d'André Breton - n'avait-il pas publié les premiers poèmes de ce dernier dans sa Phalange ? Leurs routes poétiques, toutefois, s'étaient depuis fort écartées. La revue, La Vie, eut la bonne idée de reproduire ce discours dans son numéro du 15 septembre 1925 ("Les lettres et les arts", p. 310) ; et comme les bonnes idées méritent d'être réitérées, le revoici quatre-vingt cinq ans plus tard :
Saint-Pol-Roux par Jean ROYERE
Discours prononcé au banquet historique offert à Saint-Pol-Roux à la closerie des Lilas.
Si je commençais mon salut par un doctoral : Qu'est-ce que le Symbolisme, vous me prendriez justement pour un cuistre en Sorbonne ! On ne définit pas ce qui est vivant et depuis vingt-cinq ans, nous avons enterré beaucoup d'embryons d'écoles dans les cendres de ce phénix !

Saint-Pol-Roux est à la fois une des personnifications et le symbole du Symbolisme ! Pour juger de sa vitalité, vous n'avez qu'à lever les yeux vers ce "jeune Nestor" (je prends une hypotypose à Paul Fort !).

Le Symbolisme, c'est la poésie ! Depuis quarante ans, elle triomphe. On dit quelquefois : "Mais où est la poésie ? Où sont les poètes ?" Je réponds. "Partout". Tout participe maintenant de la poésie. Sans renoncer à ses bienfaits, nous quittons les plans de l'abstraction : Nous ne disons plus : La Science et l'Art ; la Pensée et l'Image ; le Concept et le Sentiment ; nous ne redisons même plus : l'Esprit et le Monde ; le Moi et le Non-Moi ; l'Individu et la Foule. Nous disons : la Vie ou le Rêve. La Poésie se situe aux lieux où s'effacent les antinomies.

De cette poésie nombreuse et suave, vaste et étroite, humble et hautaine, humaine et panique, je le répète Saint-Pol-Roux est le parangon. Vous le savez et vous m'en voudriez d'étayer ce dire de trop de preuves.

J'aime de ce poète la divine emphase puisque :
Plus vaste que la mer est le mot qui la nomme !...
Le lyrisme qui a débordé, en 1885, sur la planète, fut une ivresse verbale. Le Romantisme de Victor Hugo était riche en mots, pauvres en tours ; or, en poésie, les unités sont syntaxiques. Les tropes du Symbolisme naissant ont refait l'enfance divine - c'est le mot - en la langue. Quelle autorité sur les âmes confère cette autorité sur le verbe ! Le rire innombrable des flots ou des feuilles de la forêt océane est une approximation de cette emphase, et j'applique à Saint-Pol-Roux l'hyperbole même dont il a couronné Verlaine :
Il n'a pas su, Paris, tes pages apparues,
Que l'Enfer et le Ciel y avaient mis la main,
Et que lorsque passait Verlaine dans ses rues
Passait une forêt sous un costume humain.
Mais j'aime aussi de Saint-Pol-Roux la suavité et l'humilité. S'il est éloquent comme l'enfant, il est tendre comme le peuple il est caressant.

La Dame à la Faulx a posé sur nos trente ans des baisers qui sacrent : nous avons tous été Magnus. Qui est-ce qui pourrait d'ailleurs contester ce chef-d'oeuvre ? Son drame est comme le lion que l'on voit de son manoir : il regarde passer les âges !

Les Reposoirs de la Procession c'est de la poésie à trois dimensions. Elle contient l'infini dans ses parthénogénèses. Elle est la fleur qui chante dans les contes : on l'entend de partout on ne l'aperçoit nulle part. L'Humanité et la Nature s'y incantent mutuellement. Ne contiennent-ils pas, ces Reposoirs, La Rose et les Epines du Chemin, c'est-à-dire les deux visages du bonheur. Ils nous conduisent de La Colombe au Corbeau par le Paon, ce qui est une façon de noyer l'amour et la mort dans l'immensité stellaire. Enfin ils nous tendent des Féeries Intérieures et ce sont celles de chacun de nous. Mais où va la Procession, quand elle a dépassé les Reposoirs ?... Et qu'est-ce que c'est que La Dame à la Faulx ? Si vous voulez le savoir, lisez non plus l'oeuvre écrite, mais la vie de Saint-Pol-Roux. Elle est comme celle de Mallarmé le poème par excellence !
JEAN ROYERE

dimanche 18 avril 2010

Un nouvel addendum au BASPR4 : Une lettre de Jules Renard à Paul Fort

Mon ami Kensaku vient de rappeler à mon oublieuse mémoire qu'on trouvait mention du nom de Saint-Pol-Roux dans les Lettres retrouvées (1884-1910) de Jules Renard, publiées par le cherche midi éditeur en 1997. C'est dans une lettre à Paul Fort, datée du 27 janvier 1909. La voici :


44, RUE DU ROCHER-PARIS VIIIe
27 janvier 1909
Mon cher ami Paul Fort,
Je ne dîne jamais en ville, sauf à l'Académie Goncourt, (il faut bien. !) Si je te promettais d'assister au dîner de Saint-Pol-Roux, ce serait avec l'arrière-pensée de t'adresser un télégramme d'excuses.
Je ne crois pas que le nom soit agréable à Saint-Pol-Roux, sans la présence. Il va de soi que si tu tiens tout de même au nom, je te le confie avec plaisir, persuadé que tu me le rendras intact dès que j'en aurai besoin.
A toi et aux tiens,
Jules Renard
J'ai aperçu Me Paul Fort dernièrement. Elle m'a paru bien jeune !! la poésie vous conserve. La prose nous vieillit.
On aura deviné que le "dîner Saint-Pol-Roux" dont il est question désigne le banquet de La Dame à la Faulx qui aura lieu le 6 février suivant. Jules Renard n'y participera pas mais, cédant à la demande de Paul Fort, son nom figurera tout de même au comité organisateur de la manifestation, aux côtés des noms de Rachilde, Paul Adam, Edouard Ducoté, André Fontainas, Paul Fort, Charles-Henry Hirsch, Gustave Kahn, Legrand-Chabrier, Camille Mauclair, Stuart Merrill, Francis de Miomandre, Albert Mockel, Jean Moréas, Charles Morice, Alexandre Natanson, Julien Ochsé, Edmond Pilon, Henri de Régnier, Jules Romains, Jean Royère, André Salmon, Alfred Vallette, Emile Verhaeren, Francis Vielé-Griffin, Tancrède de Visan : une sacrément belle cohorte.

Etrangement, on ne retrouve pas l'ami Renard parmi les principaux signataires de la Requête à Jules Claretie que cite Saint-Pol-Roux dans une lettre à Victor Segalen. Bien qu' il fût absent du banquet, on imagine mal le Magnifique ne pas lui adresser, dans les jours qui suivirent, un courrier le priant de joindre sa signature à la pétition, comme il ne manqua de le faire pour d'autres importantes personnalités : Rostand, Rodin ou Schwabe, par exemple.

Jules Renard, après tout, était une vieille connaissance, rencontrée dans les bureaux du vagissant Mercure de France. Puis au comité de lecture du Théâtre d'Art de l'ami Paul Fort. Saint-Pol-Roux le jugeait alors un "tempérament curieux", appréciant "parmi toutes ces épines, [...] d'originales roses de visions on ne peut plus charmantes". Un goût certain pour l'image inattendue les réunissait. Jules Renard, prosateur, était un magnifique à sa manière, ce qui n'échappa, bien entendu, pas au poète :
14 décembre [1893].
Saint-Pol-Roux me dit :

- Si, Renard ! Vous êtes magnifique. Nous sommes tous magnifiques. Jules Renard et Saint-Pol-Roux, au fond, c'est la même chose. Vous faites en comique ce que je fais au tragique. Il y a dix ans, j'ai écrit les Pompiers du village, que vous pourriez signer aujourd'hui, les mêmes curiosités de phrases, la lutte du concret et de l'abstrait. Nous partons d'un point commun pour nous diriger dans deux sens absolument opposés. N'est-ce pas votre avis ? N'avez-vous pas vous-même remarqué ça ?

in Journal de Jules Renard, Bibliothèque de la Pléiade, nrf Gallimard, Paris,
1960, p. 191
L'auteur de L'écornifleur, malheureusement, ne transcrit pas sa réponse, s'il en fit une. Il serait amusant, à défaut, et peut-être instructif, de comparer certains textes des Histoires naturelles avec les poèmes "animaliers" des Reposoirs de la procession. On y trouverait une nature commune : "Cette jolie idée de Saint-Pol-Roux que les arbres échangent des oiseaux comme des paroles" (Ibid., 7 mai 1894, p. 221). Mais, puisque nous feuilletons l'admirable Journal, ne nous arrêtons pas en si bon chemin, et piquons sur ce billet les dernières apparitions du Magnifique en icelui : elles seront d'autant plus pertinentes qu'elles s'ombrent de la silhouette damalafalcique.

Le 4 avril 1897, Renard est chez Jules Lemaître :
Il change de conversation en me montrant un manuscrit de Saint-Pol-Roux, une pièce injouable, mais qui l'amuse. Roux lui a écrit deux lettres "magnifiques". Lemaître lit quelques belles images, dont aucune ne porterait. On n'entendrait même pas les mots.
- Quelqu'un viendra, dis-je, qui lira Roux et adaptera tout cela au goût français.
Lemaître dit d'ailleurs que tout se trouve déjà dans Hugo. Il ignore Claudel. (p. 401)
Le poète, fraîchement revenu des Ardennes, cherchait alors à trouver un théâtre hospitalier à sa Dame. Est-ce lui qui donna à lire son manuscrit au critique dramatique du Journal des débats politiques et littéraires ou ce dernier le reçut-il d'un directeur ou d'une directrice de théâtre - Sarah B. pour ne point la citer - qui souhaitait quelque avis ? Il est impossible de conclure, mais remarquons tout de même que la critique de Renard rejoint celle que fera Sarah B. au Magnifique : le drame n'était pas réalisable, tel quel, en France. Mais n'était-ce pas plutôt à la France de s'adapter ?

Décidément, le manuscrit voyagea puisqu'on le retrouve le 7 mai 1898 chez Edmond Rostand :
Saint-Pol-Roux lui adresse un manuscrit, la Dame à la faulx, où la plus douce folie est parsemée de talent.
Personnellement, je ne saurais dire si cette dernière phrase était, pour Renard ou pour Rostand - sait-on seulement duquel elle émane ? - une critique ou un compliment...

C'est là sans doute ce qui définit le mieux l'amitié littéraire vécue par les deux hommes, le narratif et le lyrique : une certaine distance ironique.