Beaucoup des billets qui paraîtront sur ce blog seront consacrés au poète Saint-Pol-Roux, à son oeuvre, à ses contemporains et à leur actualité vivante. Leur seul objet - donc - la poésie.
vendredi 13 août 2010
Saint-Pol-Roux, un banquet, une photo : jouons un peu en attendant la rentrée...
samedi 7 août 2010
Le Tombeau de Jean Cras
LE TOMBEAU DE JEAN CRAS
Autrefois couronné des diamants de l'OndeEmanant de la terre ainsi que de la mer,Désormais je m'inspire au rythme épars du mondeEchangé par les globes jonglés parmi l'air.Musique universelle, ô majesté profondeAux symboles d'esprit dont le son est la chair,Dans l'océan du temps j'infinise la sondeEt surgit le trésor qui n'a plus rien d'amer.La lyre et le navire eurent un même phareA guider l'imprévu de leur élan jumeau,Le pilote et l'aède enfin rois du rameau.Voici la gloire en l'or humain de sa fanfareOù chantent les étoiles de nos deux exploits,Mais les orgues de Dieu s'éveillent sous nos doigts.
Nota : Si quelque visiteur voulait nous mettre sur la piste de la correspondance échangée entre Jean Cras et Saint-Pol-Roux, nous lui en serions fort reconnaissant.
jeudi 5 août 2010
Retour sur l'hommage de Camaret-sur-Mer à Saint-Pol-Roux
A dix heures, eut lieu l’opportune assemblée générale de la « Société des Amis de Saint-Pol-Roux ». Le Café de la Marine, l’ex-Hôtel de la Marine, de Rosalie Dorso, hospitalière aux artistes et écrivains en villégiature, initialement choisi pour accueillir la réunion, étant fermé, les quatre membres, qui avaient fait le déplacement, optèrent pour le bistrot voisin. On pouvait donc voir, autour d’un café et discutant de l’avenir de l’association, MM. Jean-Louis Debauve, Alistair Whyte, Marcel Burel & Mikaël Lugan. Le temps viendra plus tard, pour les adhérents, du compte rendu de cette restreinte mais conviviale AG. Aussi, éloignons-nous du quai Gustave Toudouze et engageons-nous sur la place Saint Thomas qui accueillit, à 14h30, la première des conférences programmées. Marie-Françoise Bonneau, guide et historienne, retraça la vie de Saint-Pol-Roux devant un public nombreux, relativement, et curieux. L’échange, qui suivit, fut nourri et intéressant. Le Club des Poètes donna ensuite un récital de poèmes de contemporains du Magnifique : Mallarmé, Verlaine, Max Jacob, Apollinaire, etc. C’est le Club des Poètes – dont on sait qu’il prend traditionnellement ses quartiers d’été sur la presqu’île de Crozon – qui devait clore cette première journée, avec un bel & émouvant spectacle poétique, hommage couplé à Jean-Pierre Rosnay, décédé en décembre dernier, et à Saint-Pol-Roux. Le lieu de cette manifestation ne pouvait être plus approprié puisque la scène naturelle et nocturne en était le Manoir ruiné de Cœcilian, formidablement illuminé pour l’occasion.
vendredi 11 juin 2010
lundi 24 mai 2010
Saint-Pol-Roux, auteur d'opéras-comiques
Il faut l'avouer : les premières années parisiennes de Saint-Pol-Roux demeurent assez obscures. Il y a, bien sûr, les aventures connues, celles-là même que l'histoire du Symbolisme a retenues : la fondation de la première Pléiade, puis la collaboration à quelques-unes des petites revues, Le Moderniste d'Aurier, la seconde Pléiade de Louis Pilate de Brinn'Gaubast, d'où allait naître le Mercure de France d'Alfred Vallette. Mais c'est bien peu de choses. Il m'a été possible de recueillir, on s'en doute, au cours de mes recherches sur le poète, certains des petits cailloux semés par lui entre octobre 1882 et 1890, mais insuffisamment encore pour prétendre retracer avec précision son itinéraire biographique dans la Babylone moderne. Voici l'un de ces cailloux."Figaro ne peut qu'applaudir Figarella, délurée commère qui est sa digne fille, bien qu'elle ait trois pères : MM. Grandmougin, Méry et Clérice. Nous laissons Beaumarchais dans l'ombre.
Par son adresse, Figarella décidé un père à marier sa fille au galant qu'elle aime, après avoir fait évincer les soupirants qui déplaisent.
Gentille petite pièce, amusante, et musique bien venue." (5 juin 1889, p.6)
dimanche 23 mai 2010
Iconographie : Amélie Saint-Pol-Roux
A peine descendu du train qui m’amenait de Paris, je m’engageai dans la rue de Siam, ce ruisseau pavé de Brest, humide, gris, saumâtre et laid. J’allais d’un pas machinal vers le port où attendait le vapeur qui traversait trois fois la semaine la rade pour déverser ses cargaisons de touristes sur la côte de Camaret. Au détour d’une rue, la vue subite d’une silhouette féminine me figea sur place. Un visage ardent que mangeaient deux vastes yeux noirs, croisa son regard avec le mien. Le novice que j’étais aux trois quarts sentit ses joues devenir de pourpre. Redressant la tête, je continuai résolument mon chemin. Quelques mètres plus loin, je ne pus dompter mon caprice. Je me retournai. L’aimable visage, mû par un mouvement identique, me regardait lui aussi. Je crus le voir me sourire. [...]
[...] Le déjeuner prêt, la voix magique appela la maisonnée. Deux garçonnets râblés firent irruption dans la pièce : Lorédan et Cécilian, les fils. Puis une fillette de cinq ans : Divine. Enfin, la dame de ces lieux.
Stupéfait plus que de tout ce qui venait de précéder son entrée, j’hésitai à me persuader… La dame qui me souriait de l’éclat de ses larges yeux noirs était, en chair et en os, la Dame de la rue de Siam et de la lande…
Edouard Schneider.
samedi 22 mai 2010
mardi 27 avril 2010
Saint-Pol-Roux, grand ordonnateur des fêtes camarétoises
Il n'est peut-être pas mauvais, alors que Camaret prépare d'estivales festivités en son honneur, de rappeler combien Saint-Pol-Roux participa hyperactivement à l'animation sociale, culturelle, patrimoniale de ce petit port du bout-du-monde, qui l'adopta dès 1905. J'en veux donner aujourd'hui un seul exemple, mais particulièrement emblématique.La fête de la Victoire à Camaret
Brest, le 11 août. - On sait que la baie de Camaret fut, en 1694, le théâtre du débarquement de la flotte anglo-hollandaise, alors en guerre contre notre pays. La célèbre chapelle de Rocamadour, dont une partie fut récemment détruite par un incendie et qui fut aussitôt restaurée grâce à l'initiative du poète Saint-Pol Roux, eut sa flèche abattue par les canons ennemis. Ce furent à peu près les seuls dégâts que put commettre la flotte anglo-hollandaise, car le marquis de Vauban veillait. Prévoyant qu'une tentative de débarquement s'opèrerait à Camaret, il fit établir des batteries.Le 18 juin, à la faveur du brouillard, sept frégates ennemies viennent s'embosser à portée des batteries françaises. La canonnade commença.L'ennemi effectue sa descente, mais nos troupes, aidées des paysans et des pêcheurs camarétois, le met incontinent en déroute et le rejette à la mer.Une frégate hollandaise, s'étant échouée sur le "Sillon" de Camaret, fut obligée d'amener pavillon. Un transport anglais fut coulé par les Français.Après cette défaite, les bâtiments des alliés levèrent l'ancre et regagnèrent leurs ports d'attache.Pour immortaliser cette victoire, Louis XIV fit frapper une médaille à son effigie, dont le revers représente, au premier plan, Minerve appuyée sur un bouclier auprès d'un trophée naval ; la mer couverte de vaisseaux forme le fond du tableau.Le poète Saint-Pol Roux, qui passe tous ses étés à Camaret [les quatre saisons en vérité], a décidé d'illustrer les régates camarétoises, dont il a été nommé président, et qui ont lieu aujourd'hui dimanche, en commémorant cet important événement historique.Il a imaginé, pour réaliser son idée, un éblouissant programme de fêtes, qui n'a pas manqué d'obtenir un très grand succès.Cette "Victoire de Camaret" était personnifiée par une belle jeune fille camarétoise, Mlle Lisette Duédal, âgée de dix-neuf ans.Portant les armes de France, elle était entourée par deux compagnes d'honneur portant l'une les couleurs d'Angleterre, l'autre les couleurs de Hollande.Le fond décoratif sur lequel évoluait cette gracieuse trinité était constitué par des régates fleuries dans le port, celles-ci faisant face au corso fleuri du quai.Ce qui donnait à cette fête sa véritable signification, c'est qu'elle avait été conçue dans un sens pacifique.S.M. George V, roi d'Angleterre, a fait écrire par son ambassadeur à M. Saint-Pol Roux, pour lui témoigner sa joie personnelle de voir commémorer la journée historique du 18 juin 1694. - (De notre correspondant.)
La fête de la Victoire à Camaret, organisée dans un cadre grandiose, fut un beau succès d'entente cordiale.Après la lettre de satisfaction du roi George, ce fut le maire de Plymouth qui adressa une splendide écharpe de soie blanche destinée à Lisette Duédal, personnifiant la Victoire. Les vapeurs brestois, pavoisés de drapeaux français, anglais hollandais, décorés de verdure, amenèrent des milliers de spectateurs.Le ministre de la guerre avait autorisé une section d'artillerie du fort de Lagatjar à venir avec de petits canons de campagne qui tirèrent de multiples salves pendant les divers épisodes de la fête, et la musique du 19e d'infanterie prêtait son concours. A une heure, la Victoire accompagnée de deux demoiselles d'honneur portant les couleurs anglaises et hollandaises, arrive dans un superbe char à la Tour dorée de Vauban, classée comme monument historique. Le corps de garde de la tour est occupé par des soldats de Vauban. Au sommet se tiennent le Roi Soleil, Vauban, Jean Bart entourés de seigneurs, de mousquetaires, gardes françaises, corsaires.Après avoir reçu leurs hommages la Victoire prend la tête d'un cortège historique ; puis, sur les quais, pendant que se courent les régates à la voile, se déroule corso fleuri avec bataille de fleurs.A quatre heures commencent les régates fleuries, auxquelles prennent part des multitudes de barques toutes fleuries et pavoisées aux drapeaux des trois nations.La fête se termine par un épisode de mer réglé par le poète Saint-Pol Roux qui déclame un poème d'hommage à la Valeur et célèbre la Fraternité.La poètesse Perdriel-Vaissière, habillée en paysanne bretonne, déclame également un poème. La fête devait se continuer le soir par des bals en plein vent et des fêtes vénitiennes, mais à partir de six heures la pluie est tombée diluvienne. - (De notre correspondant.)
Ces poèmes furent recueillis dans une plaquette, éditée par l'Imprimerie de la Dépêche de Brest. On y peut lire l'Hymne à la Victoire de Saint-Pol-Roux, La Combattante (Notre-Dame de Rocamadour en Camaret) de Jeanne Perdriel-Vaissière, et, plus inattendu, un poème de Coecilian, le fils aîné du Magnifique, alors âgé de 20 ans. Il s'intitule Camaret-la-Victoire :CAMARET-LA-VICTOIRE
Au légendaire temps des bâtiments à voilesAlors que les marins n'avaient que les étoiles,Tu vis, ô Camaret, sur tes flots assagisBondir dans le soleil les lourds boulets rougis.Aujourd'hui ce soleil qui dora ta victoireA mis dans ses rayons des hymnes pour ta gloireEt demandé des fleurs aux moindres arbrisseauxAfin de mieux gréer les mâts de tes vaisseaux.De la Pointe du Gouin à la Pointe Espagnole,Les parfums et les chants te font une auréole,Et même tes menhirs semblent ragaillardisSous l'obstiné lichen dont ils se sont verdis.Partout le rire clair et la franche allégresse,Partout le geste ancien qu'amende une caresse,Chacun sent naître en soi comme un nouvel étéOù ces fleurs en s'ouvrant montrent de la beauté.O fleurs qui remplacez les boulets et les piques !O fils mâles et bons des ancêtres tragiques !Spectacle noble et pur de trois coeurs différentsUnis dans un exploit de plus de trois cents ans !O petit port entré pour toujours dans l'histoire,Tu portes bien ton nom : Camaret-la-Victoire !Reste digne des vieux qui l'inscrivirent haut,Dis-toi que c'est par eux que ce nom dure et vaut !
COECILIAN.
mardi 20 avril 2010
Au banquet du 2 juillet 1925 : le discours de Jean Royère
Saint-Pol-Roux par Jean ROYERE
Discours prononcé au banquet historique offert à Saint-Pol-Roux à la closerie des Lilas.
Si je commençais mon salut par un doctoral : Qu'est-ce que le Symbolisme, vous me prendriez justement pour un cuistre en Sorbonne ! On ne définit pas ce qui est vivant et depuis vingt-cinq ans, nous avons enterré beaucoup d'embryons d'écoles dans les cendres de ce phénix !Saint-Pol-Roux est à la fois une des personnifications et le symbole du Symbolisme ! Pour juger de sa vitalité, vous n'avez qu'à lever les yeux vers ce "jeune Nestor" (je prends une hypotypose à Paul Fort !).Le Symbolisme, c'est la poésie ! Depuis quarante ans, elle triomphe. On dit quelquefois : "Mais où est la poésie ? Où sont les poètes ?" Je réponds. "Partout". Tout participe maintenant de la poésie. Sans renoncer à ses bienfaits, nous quittons les plans de l'abstraction : Nous ne disons plus : La Science et l'Art ; la Pensée et l'Image ; le Concept et le Sentiment ; nous ne redisons même plus : l'Esprit et le Monde ; le Moi et le Non-Moi ; l'Individu et la Foule. Nous disons : la Vie ou le Rêve. La Poésie se situe aux lieux où s'effacent les antinomies.De cette poésie nombreuse et suave, vaste et étroite, humble et hautaine, humaine et panique, je le répète Saint-Pol-Roux est le parangon. Vous le savez et vous m'en voudriez d'étayer ce dire de trop de preuves.J'aime de ce poète la divine emphase puisque :
Plus vaste que la mer est le mot qui la nomme !...
Le lyrisme qui a débordé, en 1885, sur la planète, fut une ivresse verbale. Le Romantisme de Victor Hugo était riche en mots, pauvres en tours ; or, en poésie, les unités sont syntaxiques. Les tropes du Symbolisme naissant ont refait l'enfance divine - c'est le mot - en la langue. Quelle autorité sur les âmes confère cette autorité sur le verbe ! Le rire innombrable des flots ou des feuilles de la forêt océane est une approximation de cette emphase, et j'applique à Saint-Pol-Roux l'hyperbole même dont il a couronné Verlaine :Il n'a pas su, Paris, tes pages apparues,Que l'Enfer et le Ciel y avaient mis la main,Et que lorsque passait Verlaine dans ses ruesPassait une forêt sous un costume humain.Mais j'aime aussi de Saint-Pol-Roux la suavité et l'humilité. S'il est éloquent comme l'enfant, il est tendre comme le peuple il est caressant.La Dame à la Faulx a posé sur nos trente ans des baisers qui sacrent : nous avons tous été Magnus. Qui est-ce qui pourrait d'ailleurs contester ce chef-d'oeuvre ? Son drame est comme le lion que l'on voit de son manoir : il regarde passer les âges !Les Reposoirs de la Procession c'est de la poésie à trois dimensions. Elle contient l'infini dans ses parthénogénèses. Elle est la fleur qui chante dans les contes : on l'entend de partout on ne l'aperçoit nulle part. L'Humanité et la Nature s'y incantent mutuellement. Ne contiennent-ils pas, ces Reposoirs, La Rose et les Epines du Chemin, c'est-à-dire les deux visages du bonheur. Ils nous conduisent de La Colombe au Corbeau par le Paon, ce qui est une façon de noyer l'amour et la mort dans l'immensité stellaire. Enfin ils nous tendent des Féeries Intérieures et ce sont celles de chacun de nous. Mais où va la Procession, quand elle a dépassé les Reposoirs ?... Et qu'est-ce que c'est que La Dame à la Faulx ? Si vous voulez le savoir, lisez non plus l'oeuvre écrite, mais la vie de Saint-Pol-Roux. Elle est comme celle de Mallarmé le poème par excellence !
JEAN ROYERE
dimanche 18 avril 2010
Un nouvel addendum au BASPR4 : Une lettre de Jules Renard à Paul Fort

44, RUE DU ROCHER-PARIS VIIIe
27 janvier 1909
Mon cher ami Paul Fort,
Je ne dîne jamais en ville, sauf à l'Académie Goncourt, (il faut bien. !) Si je te promettais d'assister au dîner de Saint-Pol-Roux, ce serait avec l'arrière-pensée de t'adresser un télégramme d'excuses.
Je ne crois pas que le nom soit agréable à Saint-Pol-Roux, sans la présence. Il va de soi que si tu tiens tout de même au nom, je te le confie avec plaisir, persuadé que tu me le rendras intact dès que j'en aurai besoin.
A toi et aux tiens,
Jules Renard
J'ai aperçu Me Paul Fort dernièrement. Elle m'a paru bien jeune !! la poésie vous conserve. La prose nous vieillit.
14 décembre [1893].
Saint-Pol-Roux me dit :
- Si, Renard ! Vous êtes magnifique. Nous sommes tous magnifiques. Jules Renard et Saint-Pol-Roux, au fond, c'est la même chose. Vous faites en comique ce que je fais au tragique. Il y a dix ans, j'ai écrit les Pompiers du village, que vous pourriez signer aujourd'hui, les mêmes curiosités de phrases, la lutte du concret et de l'abstrait. Nous partons d'un point commun pour nous diriger dans deux sens absolument opposés. N'est-ce pas votre avis ? N'avez-vous pas vous-même remarqué ça ?
in Journal de Jules Renard, Bibliothèque de la Pléiade, nrf Gallimard, Paris,
1960, p. 191
Il change de conversation en me montrant un manuscrit de Saint-Pol-Roux, une pièce injouable, mais qui l'amuse. Roux lui a écrit deux lettres "magnifiques". Lemaître lit quelques belles images, dont aucune ne porterait. On n'entendrait même pas les mots.
- Quelqu'un viendra, dis-je, qui lira Roux et adaptera tout cela au goût français.
Lemaître dit d'ailleurs que tout se trouve déjà dans Hugo. Il ignore Claudel. (p. 401)
Saint-Pol-Roux lui adresse un manuscrit, la Dame à la faulx, où la plus douce folie est parsemée de talent.
